Solvay, Ablynx et EVS, trois actions belges "Brexit proof"

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16 équipes d’analystes nous ont livré leurs listes d’actions préférées pour le second semestre. Ces listes sont "Brexit proof". Solvay, Ablynx et EVS forment le trio des actions belges préférées.

Comme c’est désormais la tradition, L’Echo a demandé à 16 équipes d’analystes de sélectionner leurs cinq actions belges et leurs cinq actions étrangères préférées pour les six prochains mois. Candriam et ING ont souhaité ne pas participer. Nous avons demandé aux experts d’établir la liste de leurs actions préférées résistant au Brexit.

Marges bénéficiaires confortables, maintien de la politique de dividende, poursuite de la diversification… Solvay est l’action belge préférée.

Certains analystes étaient tellement convaincus de la victoire du "Bremain" qu’ils ont exploité le thème dans leur sélection d’actions. Avant de changer leur liste vendredi.

La plupart des analystes soulignent que leur sélection d’actions, visant à performer à long terme, est encore plus intéressante grâce à la forte chute des cours de vendredi. "Nos recommandations ont un horizon de 5 à 10 ans, explique Patrick Millecam de Value Square. En principe, nous estimons que les cours actuels plus bas sont plus intéressants que lors des jours précédents, dans une perspective à long terme."

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1. Solvay [[urn:issue:60011725]]

Marges bénéficiaires confortables, politique de dividende apparemment maintenue, et poursuite de la diversification des activités: ce sont les ingrédients qui font du groupe chimique le numéro un absolu pour la seconde partie de l’année. Malgré tout, le choix de Solvay n’est pas évident, car le groupe vient de vivre plusieurs mois de turbulences. L’an dernier, le cours a sensiblement reculé suite à l’émission de nouvelles actions destinées à financer l’acquisition de la société américaine Cytec (entre autres fournisseur du secteur aéronautique).

chouchous de 2016

Si vous aviez choisi une des dix actions préférées pour 2016, après six mois, vous faites un peu mieux que la moyenne de la Bourse au cours de la même période. Néanmoins, la perte moyenne de 10% ne réjouit personne. Le référendum sur le "Brexit" a joué un rôle important. Parmi les actions belges préférées, il est frappant de constater que ce sont les deux premières actions de la liste – Ablynx et Euronav – qui ont le plus souffert, avec des pertes avoisinant les 33%. Umicore (+ 18%) et Sofina (+ 15%) ont surperformé. Au niveau des actions étrangères, la lauréate du classement, Royal Dutch, s’en sort magistralement avec un bond de 8%. Le top 10 ne comprenait qu’une seule action britannique –Vodafone – qui, malgré le Brexit, n’a pas démérité par rapport à la moyenne.

"Depuis le plus bas de février, la reprise du cours a été spectaculaire. Mais la récente baisse provoquée par la crainte du Brexit constitue une opportunité d’achat", estiment les analystes de la lettre de placement L’Investisseur. Au cours du premier trimestre, Solvay a affiché des marges record, et la direction du groupe a réitéré son ambition d’augmenter la trésorerie de près de 10%. "Cette croissance sera surtout sensible au cours du second semestre, car au cours des six premiers mois, la croissance est restée bloquée à 2%", estime Werner Wuyts de Dierickx Leys Private Banking.

Depuis que Solvay a cédé certaines divisions et récemment acquis Cytec, le groupe chimique est devenu moins cyclique aux yeux des analystes, qui guettent le niveau de synergies que Solvay sera en mesure de tirer de la reprise de Cytec. "Nous ne serions pas surpris si, au cours des prochains trimestres, Solvay annonçait des nouvelles positives, déclare Test-Achats Invest. Nous considérons que l’arrêt de l’activité PVC et le potentiel dans le domaine de l’aviation offrent de belles perspectives."

2. Ablynx [[urn:issue:60202281]]

À la fin de l’an dernier, l’action du groupe gantois de biotechnologie avait été nommée action préférée pour 2016. Mais pour l’instant, Ablynx n’a pas répondu aux attentes. Le cours de l’action a perdu 30% depuis le 1er janvier. Dans ce cas, pourquoi cette deuxième place? Essentiellement parce qu’Ablynx communiquera plus tard dans l’année des résultats de tests importants. Avec neuf projets de médicaments et 35 autres produits dans le pipeline, Ablynx détient plusieurs déclencheurs potentiels de hausse du cours.

"Ces dix dernières années, la technologie unique de Nanobody® d’Ablynx a convaincu de grands groupes pharmaceutiques comme AbbVie, Merck et Novartis de conclure des accords de coopération dans divers domaines tels que le cancer, l’immunologie, les maladies osseuses et la neurologie", estime Danny Reweghs, du magazine L’Initié de la Bourse.

Degroof Petercam Asset Management ne voit pas les sources de financement des recherches se tarir. "Ablynx dispose d’un portefeuille de produits diversifiés et d’une position de trésorerie solide – qui vient d’être renforcée – et qui suffira à couvrir les besoins en trésorerie pour les quatre prochaines années."

3. EVS [[urn:issue:60115781]]

Avec un été placé sous le signe du sport – la Coupe d’Europe de football et les Jeux Olympiques de Rio –, le groupe spécialisé en traitement des images dispose de l’exposition nécessaire à sa réussite. "En dix ans, l’entreprise est devenue incontournable dans la livraison de serveurs pour véhicules satellites", explique Leo Stevens & Cie. Le gestionnaire de patrimoine voit le carnet de commandes d’EVS se remplir encore davantage grâce à "l’utilisation des nouvelles technologies, la hausse du nombre d’émissions sportives et de programmes de télévision en direct."

Banque Nagelmackers voit les conditions défavorables du marché s’éloigner progressivement. "Auparavant, les clients tardaient à passer commande, mais nous constatons aujourd’hui une nette amélioration. EVS dispose de suffisamment de produits pour profiter de l’émergence des nouvelles technologies." La banque souligne également une valorisation "attrayante", grâce à laquelle l’entreprise a réussi à générer 7 euros de trésorerie libre par 100 euros de valeur boursière. Nagelmackers souligne également que l’augmentation des charges d’exploitation reste sous contrôle.

L’investisseur Patrick Millecam de Value Square évalue la valeur intrinsèque d’EVS à 40 euros par action, ce qui représente 33% de plus que le cours actuel. Il souligne également l’absence de dette.

4. Euronav [[urn:issue:60188239]]

Les tankers d’Euronav n’ont pas démarré l’année sous les meilleurs auspices. La chute des prix du pétrole a aussi pesé sur les taux de fret.

"Avec un faible cours de Bourse, l’armateur offre un rendement du dividende de plus de 10%, du moins sur base du dividende de l’an dernier. Un bilan conservateur permet d’appliquer une politique de dividende généreuse, avec la redistribution de 80% des bénéfices aux actionnaires, explique KBC Securities. Euronav se négocie avec une décote importante par rapport à la valeur des actifs nets." En d’autres termes, il est possible d’acquérir aujourd’hui l’action Euronav à des conditions attrayantes.

Degroof Petercam croit à une reprise de la demande de pétrole. "Les estimations de l’Agence internationale de l’énergie pour le second semestre ont été récemment revues à la hausse", justifie la banque privée.

5. Ageas [[urn:issue:60011766]]

Malgré les taux bas et les exigences de plus en plus strictes en matière de fonds propres, l’assureur affiche d’excellents résultats. Ageas a définitivement clôturé le passif historique lié à la chute de Fortis. Au début de l’année, le groupe a conclu un accord impressionnant avec les anciens actionnaires de Fortis, lésés suite à la débâcle du groupe en 2008.

"Même si le coût de cet arrangement est de 1,2 milliard d’euros supérieur aux estimations, il reste malgré tout acceptable", estime Luc Van der Elst, de Banque Delen.

Danny van Quaethem, de Société Générale Private Banking, est depuis longtemps fan de "cet assureur bien géré, avec une position très solide en Belgique et une présence sans cesse croissante sur les marchés émergents asiatiques." Pour Danny Van Quaethem, c’est le moment d’acheter l’action. "À 10 fois le bénéfice annuel, et avec un rendement du dividende estimé à 5,4% brut, l’action est sous-évaluée."

6. CFE [[urn:issue:60115770]]

Les résultats du groupe de construction ne supportent pas la comparaison avec l’année record 2015. Cette différence est due essentiellement aux difficultés rencontrées par sa filiale Deme, mais Patrick Millecam, de Value Square, estime que les probabilités d’amélioration sont réelles. "Deme reste bien positionnée pour apporter des réponses à des problèmes globaux urgents, comme le besoin d’assainissement de terres polluées et la demande en énergies propres." La chute des prix du pétrole pèse sur les résultats, heureusement compensée par de nouveaux contrats dans l’éolien offshore.

Le pôle construction de CFE a lui aussi connu des temps meilleurs, même si le carnet de commandes reste relativement bien rempli. "La reprise se fait attendre, mais les investisseurs patients peuvent espérer une solution durable", estime Luc van Der Elst, de Banque Delen. Dierickx Leys Private Banking estime encore que "le marché a réagi exagérément au recul du chiffre d’affaires de 25,4%."

7. Ackermans & van Haaren [[urn:issue:60115758]]

"La qualité se paie. C’est encore le cas malgré les turbulences liées au Brexit", estiment les experts de L’Investisseur, qui permettent à l’actionnaire principal de CFE de faire son entrée dans le top 10, grâce à une première place dans sa sélection. Le rédacteur en chef Gert Bakelants fait les louanges de "l’excellente équipe de direction" et "d’un bon bilan sur le plan de la création de valeur".

L’équipe d’analystes de BNP Paribas Fortis Private Banking souligne la valorisation exceptionnelle de l’action, qui se négocie aujourd’hui avec une décote par rapport à la valeur totale de toutes les participations du holding. Pourtant, il y a peu, la situation était bien différente: l’an dernier, Ackermans & van Haaren cotait encore avec une prime par rapport à la valeur de son portefeuille d’investissement. "Dans notre propre modèle d’évaluation, nous n’appliquons pas de décote pour le holding en raison de la qualité du groupe, explique le spécialiste en actions Rudy Degroodt. Nous estimons actuellement la valeur intrinsèque – c’est-à-dire la somme de la valeur de toutes les participations – à 140 euros par action." L’action se négocie aujourd’hui aux alentours de 115 euros.

8. Barco [[urn:issue:60115400]]

Le spécialiste en imagerie audio-visuelle est considéré comme "à la traîne de la Bourse de Bruxelles" par le magazine Initié de la Bourse. La société flamande est assise sur une montagne de cash de 265 millions d’euros depuis la cession de sa division "Defence & Aerospace". "Si elle ne trouve pas rapidement des cibles de rachat à prix raisonnable, Barco disposera de moyens suffisants pour accorder un généreux dividende et se lancer dans un programme de rachat d’actions propres."

L’innovation dans le segment traditionnel des projecteurs de cinéma et la focalisation sur les solutions audiovisuelles pour entreprises ont séduit les équipes de Nagelmackers. "Il est crucial que le groupe continue à investir, à cause de la concurrence féroce du marché. Ces investissements devraient limiter la rentabilité du groupe à court terme. Nous nous situons dans la dernière phase de la stratégie, qui devrait à l’avenir continuer à générer une croissance rentable."

9. Proximus [[urn:issue:60187045]]

L’action préférée de BNP Paribas Fortis est également plébiscitée par Leleux AB, grâce à sa politique généreuse en matière de dividende. "L’endettement de Proximus est très inférieur à celui de ses concurrents, et la consolidation en marche dans le secteur devrait pousser la valorisation de l’action à la hausse", estime Leleux. L’équipe de BNP Paribas Fortis parle même de spéculation sur des reprises comme facteur justifiant son choix.

Les spécialistes estiment que c’est une opportunité d’achat: "La récente correction, qui a fait passer le cours de son niveau record de 36 euros l’an dernier à moins de 28 euros aujourd’hui, constitue un niveau d’entrée attrayant pour cette valeur défensive. L’environnement concurrentiel devient un peu plus difficile, mais Proximus investit dans l’amélioration de son réseau avec des câbles en fibre de verre, et continue à réduire ses coûts."

10. Nyrstar [[urn:issue:60202209]]

C’est le joker du palmarès. KBC AM place Nyrstar en tête de son classement. Si le monde ne s’écroule pas, ce spécialiste en zinc pourrait faire un come-back remarqué. "Les fermetures de mines combinées à des baisses temporaires de production, entre autres par Glencore, ont sensiblement rétréci le marché. Conséquence: une réduction des stocks et une forte reprise du prix du zinc."

La récente hausse du cours du zinc permet à l’entreprise de vendre ses mines à un prix plus avantageux, même si la situation bilantaire – récemment renforcée – reste précaire d’après L’Investisseur. "Nous attendons pour cet été des informations relatives à la vente de la branche minière. Entre-temps, chaque hausse du cours du zinc de 100 dollars par tonne représente 48 millions d’euros de cash flow supplémentaire pour l’entreprise."

Presque dans le top 10

À la onzième place, nous trouvons le spécialiste en systèmes de protonthérapie IBA, placé en première position par Puilaetco, qui s’appuie sur les estimations optimistes communiquées par l’entreprise elle-même. En février, IBA a annoncé une hausse estimée du chiffre d’affaires de 20% en 2016. L’entreprise ambitionne également d’augmenter ses marges opérationnelles à 13 ou 15%, contre 11% actuellement.

"Malgré la forte hausse du cours d’IBA ces deux dernières années, nous croyons que l’entreprise peut battre le marché. La protonthérapie réalise une véritable percée, mais le taux de pénétration de cette technologie est encore très faible", commente l’analyste Anne-Catherine Delaye.

Ensuite, on trouve Telenet, une action qui a fortement reculé cette année à cause des retards dans l’intégration de l’opérateur mobile Base par rapport aux attentes. Degroof Petercam place l’opérateur télécom en première position, car "les fruits des investissements d’aujourd’hui seront récoltés plus tard. La hausse rapide du trafic de données mobiles, les synergies attendues avec Base et le renforcement de l’offre destinée aux entreprises devraient soutenir le cours."

Telenet fait aussi partie du portefeuille de nombreux fonds d’actions de Degroof Petercam.

Enfin, KBC mérite d’être citée, suite à ses deux nominations, directement et via son holding faîtier KBC Ancora: "Nous ne voyons pas d’impact à long terme du Brexit sur KBC", estime Dierickx Leys.

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