Trop de fonds faussement actifs commercialisés en Europe

©REUTERS

Selon Better Finance, 165 fonds sur un échantillon de 2.332 fonds commercialisés en Europe sont suspects d’être des fonds indiciels déguisés.

Better Finance, une association européenne de défense des investisseurs, s’est penchée sur les fonds de placement. Comme l’explique Guillaume Prache, directeur général de l’association, son enquête est partie d’une étude menée en 2015 par l’Esma, l’autorité européenne des marchés financiers, sur les fonds indiciels déguisés, à la demande de Better Finance.

"L’Esma avait rendu son rapport en février 2016, mais elle n’avait communiqué aucun nom de fonds", indique Guillaume Prache. Better Finance a utilisé la même méthode d’étude que l’Esma. "Nous avons consulté un expert qui a utilisé la base de données de Morningstar employée par l’Esma", précise Guillaume Prache. Sur un échantillon de 2.332 fonds, Better Finance a découvert que 165 peuvent appartenir à la catégorie des fonds indiciels déguisés.

©rv doc

Better Finance a également constaté que 94% des fonds donnent un indice de référence "alors que des gérants de fonds disent ne pas suivre un indice de référence", souligne Guillaume Prache. "C’est une bonne chose, car une performance absolue ne veut rien dire. Par exemple, si le fonds dégage une performance de 3% alors que l’inflation est à 10%, ou si le fonds génère 1% de performance alors que les marchés d’actions ont pris 8%. Un indice de référence est toujours plus facile à suivre, surtout si un graphique compare la performance du fonds par rapport à cet indice", indique Guillaume Prache.

Manque de transparence

Les 6% de fonds restants ne donnent aucun indice de référence. "Cela peut s’expliquer par le choix du gérant, qui vise une performance absolue", note Guillaume Prache. Better Finance suspecte 50% de ces fonds d’être potentiellement passifs. Mais l’association s’étonne aussi que parmi les fonds qui donnent un indice de référence, 50% n’indiquent pas s’ils collent à l’indice de référence. "Plus du tiers de ces fonds ne donnent pas l’évolution de leur indice de référence dans le KIID (document d’informations clé pour les investisseurs)", relève Guillaume Prache. Or, d’après la législation, le KIID doit comporter ce genre d’informations. "Si un fonds suit un indice de référence, il doit mentionner un graphique d’évolution comparée avec cet indice", ajoute-t-il.

"Un fonds faussement actif n’a pas de raison de charger 3% de frais."
guillaume prache
directeur de better finance

Guillaume Prache souligne qu’en Norvège, le régulateur des marchés financiers a sanctionné un émetteur de fonds qui proposait des fonds passifs déguisés. "Le régulateur a imposé soit que la gestion du fonds soit active, soit que les frais du fonds diminuent", indique-t-il.

Selon lui, le cas norvégien est unique en Europe. Better Finance demande que les régulateurs européens suivent l’exemple norvégien. "Un fonds faussement actif n’a pas de raison de charger 3% de frais alors qu’un ETF (fonds qui suit la performance d’un indice) présente des frais compris entre 0,05% et 0,3%. Il faut que le gestionnaire de fonds justifie sa gestion ou alors diminue ses frais", insiste Guillaume Prache.

L’enquête de Better Finance ne pointe aucun émetteur de fonds en particulier, car parmi les fonds faussement actifs que l’association a relevés, presque tous les émetteurs connus en Europe s’y retrouvent.

Lire également

Contenu sponsorisé

Partner content