Un krach en vue pour le Dow Jones?

©Bloomberg News

Les marchés américains ont battu record sur record, après huit années de hausse ininterrompue. Les analystes sont divisés sur l’évolution du Dow Jones et du S&P 500 l’année prochaine. Certains prévoient une petite correction mais pas de krach.

Le Dow Jones Industrial Average a battu au moins 52 fois cette année son record historique. Il a franchi la barre des 23.000 points un jour avant le trentième anniversaire de son krach le plus spectaculaire. Depuis ce plongeon le 19 octobre 1987, l’indice a connu une progression cumulée de près de 1.000%, ce qui fait relativiser cet événement. Dans son histoire, le Dow Jones a connu des hauts et des bas, mais il affiche désormais une hausse ininterrompue depuis 2009. Le S&P 500 suit la même tendance. Il a gagné plus de 270% depuis le mois de mars 2009, où il était descendu à 677 points.

"Nous semblons vivre dans une des périodes les plus risquées, et les marchés dorment."
richard Thaler
Prix nobel d’Économie

Alors, certains observateurs se demandent si un krach n’est pas proche, alors que le mois d’octobre concentre deux des plus grands plongeons historiques des Bourses américaines. Toutefois, la progression des indices boursiers depuis 2009 ne s’est pas opérée sur fond d’euphorie boursière. "Beaucoup de personnes ont manqué le rally des marchés depuis 2009, car ils attendaient une correction", a pointé Susan Bao, gestionnaire de fonds chez JPMorgan Asset Management lors d’une conférence récente à Londres. "Le rally que l’on connaît depuis 2009 a été particulièrement moche avec en 2010 la crise de la dette souveraine et en 2013 le problème du plafond de la dette américaine", ajoute-t-elle. Elle reconnaît cependant que les marchés américains, en particulier le S&P 500, ne sont plus bon marché. "À 17,7 fois les bénéfices des sociétés de l’indice, le S&P 500 n’est plus vraiment bon marché par rapport à sa moyenne historique", admet-elle. Le ratio cours/bénéfices élaboré par le professeur d’économie de Yale Robert Shiller évolue lui à des niveaux proches de ceux observés avant l’éclatement de la bulle internet et le krach de Wall Street en 1929.

Correction attendue

"On s’attendait déjà à une correction au mois de septembre car il est inhabituel que la progression des marchés soit aussi longue, relève Philippe Gijsels, responsable de la stratégie chez BNP Paribas Fortis. Les risques comme la Corée, le Brexit,… sont nombreux, mais la liquidité reste abondante". "On ne rentre pas dans un marché baissier car on ne prévoit pas de récession dans les six à douze mois à venir. Les chiffres économiques restent forts. Les attentes de bénéfices des sociétés sont élevées. Elles ne sont plus revues à la baisse", nuance-t-il.

Susan Bao acquiesce. "Nous ne voyons pas de récession. De plus, les taux d’intérêt réels restent bas. Les rendements de dividende du S&P 500 s’élèvent à 5,7% alors que les rendements des obligations à haut risque s’élèvent à 5,6% et sont plafonnés. Les bénéfices des sociétés sont attendus en hausse car en 2015-2016, on a connu une mini récession de ceux-ci. Ils devraient connaître une croissance à deux chiffres en 2018".

Une étrange psychologie de marché

Néanmoins, Philippe Gijsels s’inquiète de la faible volatilité actuelle sur les marchés. Le VIX, qui mesure la volatilité des options sur le S&P 500, évolue actuellement autour de 10 points. Richard Thaler, le dernier prix Nobel d’Économie, avait récemment indiqué s’interroger sur la résilience des marchés d’actions. "Rien ne semble venir perturber les marchés, a-t-il constaté lors d’une interview à l’agence d’informations financières Bloomberg. Nous semblons vivre dans une des périodes les plus risquées, et les marchés dorment".

"Il y a cette mentalité ‘Fear of Missing Out’ sur les marchés, alors s’il y a une correction, elle ne s’élèvera qu’à quelques pour-cents", relève Philippe Gijsels. Georges Ugeux, CEO et Chairman de Galileo Global Advisors, a souligné récemment dans ces colonnes que les fortes baisses sont considérées par les investisseurs comme une opportunité d’achat sur les marchés. "Les gens ne font qu’acheter lorsque le marché baisse, et suivent quand le marché monte. Lorsque vous observez les marchés depuis 50 ans, et que vous notez des similitudes, vous savez que la dernière fois où vous avez vu une telle mentalité, l’issue n’a guère été favorable", a indiqué au Financial Times Art Cashin, directeur des opérations d’UBS Financial.

Pas de krach en 2018?

Beaucoup d’experts soulignent qu’il est difficile de prédire les krachs, déclenchés par des chocs externes ou une récession. Néanmoins, Goldman Sachs a mis au point un indicateur de risque basé sur l’indice de cours/bénéfices de Shiller, sur l’indice ISM manufacturier américain, la courbe des taux obligataires américains et l’inflation. Cet indice s’élève actuellement à 67%, ce qui signifie que les chances d’entrer dans un marché baissier sont plus élevées. L’indice prédit une probabilité de 88% qu’un marché baissier (de plus de 30%) survienne pour les actions d’ici deux ans, et de 62% d’ici un an. Peter Oppenheimer, responsable de la stratégie pour les actions chez Goldman Sachs, explique que les marchés baissiers sont déclenchés de trois manières différentes. "Les marchés baissiers cycliques sont déclenchés par une remontée des taux d’intérêt et par des récessions. Les marchés baissiers peuvent être aussi provoqués par des guerres et des crises sur les marchés émergents. Enfin, ils peuvent aussi être déclenchés par des bulles financières", indique-t-il dans une note. Mais selon lui, la faible inflation aux Etats-Unis devrait empêcher la Réserve fédérale américaine de remonter ses taux d’intérêt au -delà de leur niveau actuel, entre 1 et 1,25%. "Les prix des actifs sur les marchés continuent de refléter un faible risque que les taux d’intérêt remontent suffisamment pour déclencher une récession dans un futur proche", souligne-t-il.

Cependant, certains observateurs soulignent que la politique de taux d’intérêt bas des banques centrales a contribué à une inflation des prix des actifs tels que les actions, l’immobilier, et les titres des start-ups technologiques. Les investisseurs restent aussi inquiets de l’escalade de violence entre les Etats-Unis et la Corée du Nord, à la suite des menaces du président américain Donald Trump et du dirigeant nord-coréen Kim Jong-Un.

Ce jeudi, le gouverneur de la Banque populaire de Chine a également rappelé que l’empire du Milieu constitue un risque de choc externe important. Zhou Xiaochuan a prévenu des risques d’endettement des ménages et des entreprises, et a prédit un moment "Minsky", c’est-à-dire un recul brutal du prix des actifs provoqué par la fin d’une croissance basée sur le crédit. Les perspectives pour les marchés d’actions sont donc incertaines.

Bourse: Une réforme des impôts très attendue

Le secrétaire du Trésor américain, Steven Mnuchin, a prévenu qu’en cas de rejet de la réforme fiscale promise par Donald Trump, les marchés d’actions pourraient chuter. "Il n’y a pas de doute que la hausse du marché des actions s’explique aussi par les attentes d’adoption de réductions d’impôts et de la réforme fiscale", a-t-il déclaré mercredi dans une interview au site Politico. La réforme fiscale de l’administration Trump veut notamment réduire les taxes des entreprises pour les faire passer de 35% à 20% des bénéfices. Selon la Maison-Blanche, ces réductions d’impôts, en suscitant davantage de croissance se paieraient d’elles-mêmes, un principe contesté par l’opposition, qui affirme qu’elles vont enfler le déficit budgétaire et l’endettement du pays.

L’adoption de la réforme fiscale pourrait pousser les actions davantage à la hausse. Selon Goldman Sachs, les 50 valeurs de sociétés qui paient le plus de taxes ont sous-performé par rapport au S&P 500 depuis l’élection de Trump en novembre 2016. Elles présentent donc un potentiel de hausse. Le Sénat a adopté jeudi soir une résolution établissant les grandes lignes du budget 2018, dégageant la voie vers le vote d’un accord sur les impôts. Dans la foulée, Wall Street a atteint de nouveaux records vendredi.

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