"À la fin, c'est toujours l'Allemagne qui gagne"

Le secteur techno américain est en forme.Apple pèse plus lourd que le PIB de l’Arabie Saoudite! ©EPA

Gary Lineker parlait de football. Mais en Bourse, c’est la même chose. Selon des chiffres qui remontent à 1926, les actions allemandes font mieux que les actions américaines. Une tendance qui se confirme en ce début 2015.

Et si tout était dit en quelques chiffres… La firme Bank of America Merrill Lynch a publié cette semaine un rapport de 130 pages, une sorte de guide des marchés financiers depuis 1800, truffé de chiffres et de graphiques. Des chiffres souvent bruts, mais qui en disent long sur l’état actuel de nos marchés. Et qui si on les décortique bien peuvent nous aider à prendre les bonnes décisions d’investissement.

Première constatation surprenante. Depuis la chute de Lehman Brothers en septembre 2008, les grandes banques centrales de la planète ont baissé leurs taux d’intérêt directeurs à 550 reprises. Oui, vous avez bien lu: 550 baisses de taux. Ceci correspond en moyenne à une diminution des taux tous les trois jours ouvrables!

Ceci prouve, si besoin était, que la guerre contre la déflation est désormais totale. Autre preuve, avec les achats d’obligations orchestrés par les banques centrales, les fameux "QE" dont la Banque centrale européenne s’apprête à inaugurer sa propre version dès ce mois de mars, à raison de 60 milliards d’euros par mois. De quoi hypertrophier un peu davantage les bilans des grandes banques centrales. Leurs actifs dépassent les 22.500 milliards de dollars. C’est davantage que les produits intérieurs bruts (PIB) annuels des USA et du Japon réunis!

Résultat de ces opérations massives: un affaissement des taux d’intérêt. Plus de 50% de toutes les obligations gouvernementales affichent désormais un taux de rendement de 1% ou moins. Et on dénombre même plus de 4.000 milliards de dette publique qui affichent des rendements négatifs (soit 0% ou moins). Du jamais vu dans l’histoire…

Ruée vers les actions

La capitalisation boursière du secteur technologique américain a dépassé celle de la zone euro dans son ensemble.

Face à ces taux zéro, les investisseurs se sont rués vers les actions. C’est 83% de la capitalisation mondiale en actions qui est désormais "soutenue" par l’action des banques centrales. Mais, attention, car tout pourrait changer cette année. Janet Yellen, la présidente de la Réserve fédérale américaine, prépare le terrain à une première hausse des taux en cette année 2015. Mais tout en douceur. Histoire de ne pas déstabiliser les marchés.

À Wall Street, depuis les plus bas du marché atteint en mars 2009, la capitalisation boursière globale a enregistré une hausse de 122%. Un sérieux contraste avec la hausse assez médiocre de 18% du PIB nominal des Etats-Unis sur la même période.

Quant à l’indice Standard and Poor’s 500, il a gagné un peu plus de 200% depuis 2009. Impressionnant. Mais on reste encore très loin du "plus grand bull market de l’histoire", de 1982 à 1999, soit 1.650% de return! Ce sera sans doute difficile de faire mieux…

Au moment où le marché Nasdaq des valeurs technologiques flirte avec les records, il faut savoir que la capitalisation du secteur techno américain a dépassé celle de la zone euro dans son ensemble! Rien qu’Apple , cette redoutable machine à cash, pèse aujourd’hui plus lourd que le PIB de l’Arabie Saoudite.

Mais, rassurez-vous, le secteur technologique au niveau mondial n’est pas aussi surévalué qu’en 2000. À cette époque, il représentait 24% de la capitalisation boursière totale et constituait le compartiment le plus important dans le monde.

Après l’éclatement de la bulle Internet en 2000, ce poids est retombé à 11%, pour remonter récemment à 14%. Ce qui place désormais le secteur techno juste en-dessous… du secteur financier (21%). C’est comme si, malgré les crises, la finance ne mourrait jamais…

Quant aux returns affichés depuis 1926, ils sont très instructifs. Si on prend le marché boursier américain, le plus grand marché de la planète, ce sont les petites capitalisations (small caps) qui mènent la danse avec un return annuel moyen de 16,9%. Les grandes capitalisations suivent à distance, avec 12%. Une performance toutefois plus qu’appréciable, qui représente le double de celle des obligations (6%).

Doit-on redouter une surévaluation du marché américain après les différents records engrangés par l’indice Standard and Poor’s 500?

Regardons une nouvelle fois froidement les chiffres de Merrill Lynch. Depuis 1900, le rapport cours/bénéfice (price earnings ratio ou P/E) moyen est de 14,6. Avec un P/E ratio qui se situe actuellement à 18, on se situe 22% plus haut que cette moyenne historique.

Mais tout est relatif. En juin 1999, un pic de 29,7 en matière de rapport cours/bénéfice avait été touché. Alors, non, nous ne sommes pas encore dans des zones de danger extrême d’un point de vue historique.

De Keynes à Lineker…

Avec 12% de return moyen depuis 1926, on pourrait penser que le marché américain est le plus rémunérateur de la planète. Détrompez-vous! Les actions qui affichent le meilleur return sont… les actions allemandes, avec un return moyen de 13,8%.

L’économiste John Maynard Keynes a dit un jour qu’"à long terme, nous sommes tous morts". On pourrait ajouter qu’à long terme, ce sont toujours les actions qui tirent leur épingle du jeu. Et comme le disait le joueur de football et chroniqueur anglais Gary Lineker, "à la fin, c’est toujours l’Allemagne qui gagne."

D’ailleurs, quelle est la Bourse qui se distingue particulièrement en ce début 2015? Mais la Bourse allemande pardi, avec un return qui dépasse déjà les 15%.

Gary Lineker devrait peut-être devenir commentateur boursier…

[Suivez Marc Lambrechts sur Twitter en cliquant ici]

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