Après un quart de siècle d'existence, le BEL 20 est-il toujours pertinent?

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Au fil de ses 25 ans d’existence, l’indice Bel 20 est devenu une icône et le symbole par excellence de la Bourse de Bruxelles. Mais reste-t-il pertinent?

Certains se souviendront peut-être des sous-verre en carton de la marque Hoegaarden que l’on trouvait dans les cafés et sur lesquels figurait en néerlandais le jeu de mots "Geldzorgen? Geen nood. Bel 20!" (Souci d’argent? Pas de problème. Bel 20!) Cela remonte à 1998, l’une des meilleures années qu’ait connue la Bourse de Bruxelles.

"Le Bel 20 n’a plus grand-chose à voir avec l’économie belge."
dirk thiels
Gestionnaire de fonds kbc asset management

C’était l’époque des mégas fusions: KBC, Almanij et Cera, la Générale de Banque et Fortis, Petrofina et Total… Cette année-là, l’indice s’est envolé de 45%, déchaînant l’enthousiasme populaire. Mais la gueule de bois ne s’est pas fait attendre.

Avec l’introduction de l’euro, le Bel 20 a perdu de son attrait aux yeux de nombreux investisseurs professionnels. Ont suivi l’éclatement de la bulle technologique en 2000 et la crise financière de 2008. Ce fut la pire année de l’histoire de la Bourse de Bruxelles: le Bel 20 s’effondra alors de 54%.

Malgré les hauts et les bas, l’épargnant qui a investi dans le Bel 20 dès son lancement en 1991, peut se targuer d’un return annuel de 8,67%, dividendes distribués compris. Compte tenu de la seule appréciation des cours, le return se monte à 5,2% par an. Soit une progression de 252% en 25 ans. Si l’on fait une comparaison historique, on constate qu’actuellement le Bel 20 n’est pas cher, mais pas franchement bon marché pour autant. L’indice fait 14,6 fois le bénéfice 2015 et 13,3 fois le bénéfice estimé pour 2016. C’est à peine plus que la moyenne sur 25 ans.

Comparé au vaste indice Stoxx 600, qui se traite à 14,4 fois le bénéfice pour 2016, notre indice phare national est un peu moins cher. Face à l’EuroStoxx 50, en revanche, le Bel 20 est un tantinet plus onéreux (voir tableau).

Au vu d’autres paramètres également, le Bel 20 est valorisé correctement. À 1,49 fois la valeur comptable, c’est-à-dire le contenu "tangible" d’une entreprise, vous n’achetez pas un chat dans un sac en investissant dans le baromètre de la Bourse de Bruxelles. Le rendement sur fonds propres, de près de 7,5% est par ailleurs satisfaisant, même si légèrement inférieur à la moyenne européenne. Cela signifie que les entreprises de l’indice engrangent un bénéfice annuel de 7,5 euros pour 100 euros investis.

D’un point de vue sectoriel, le Bel 20 est plus équilibré aujourd’hui qu’il y a dix ans. Auparavant, l’indice c’était essentiellement un baromètre financier, dans lequel plusieurs banques pesaient très lourd. À l’heure actuelle, seul le secteur des matières premières est fortement sous-représenté.

©Mediafin

À l’époque, des dizaines de fonds de placement suivaient fidèlement le Bel 20. Leur nombre s’est sensiblement réduit depuis. Il existe encore un "tracker" ou "Exchange Traded Fund" sur le Bel 20, qui permet d’investir dans l’ensemble de l’indice même lorsqu’on ne dispose que d’un tout petit budget.

Populaire

Les actions belges restent populaires auprès des investisseurs, y compris à l’étranger, constate le gestionnaire de fonds Dirk Thiels, de KBC Asset Management.

"Nos fonds d’actions belges attirent encore de nombreux investisseurs. Nous proposons un fonds passif ancré sur le Bel 20, qui tente de copier au mieux l’indice, ainsi qu’un fonds actif d’actions belges. Le problème, c’est qu’en vertu des normes UCITS internationales, on n’arrive jamais à imiter parfaitement le Bel 20. Le poids dans l’indice des quatre plus grandes capitalisations (AB InBev, Engie, KBC et UCB) dépasse en effet les 10%, ce qui est trop pour un fonds réparti de manière équilibrée. C’est pourquoi, pour les fonds que nous proposons aux particuliers, nous ne limitons pas le marché belge au Bel 20. Beaucoup d’entreprises intéressantes n’en font pas partie".

"Le Bel 20 n’a pas non plus grand-chose à voir avec l’économie belge, estime Dirk Thiels. Hormis quelques sociétés comme KBC et Colruyt, qui réalisent encore une bonne part de leur chiffre d’affaires à l’intérieur de nos frontières, il s’agit de multinationales actives dans le monde entier. La situation de l’économie européenne et mondiale importe donc davantage que ce qui se passe chez nous."

Histoire de reprises

Si le Bel 20 a réussi à se hisser en 2015 parmi les meilleures Bourses du monde, avec un return de 15,7% (dividendes compris), c’est purement lié à des entreprises, juge Dirk Thiels. "La hausse s’explique essentiellement par l’enthousiasme suscité par la reprise de SAB Miller par AB InBev et par la fusion de Delhaize avec Ahold. Il y a peu de chances que des opérations spécifiques de ce genre se répètent en 2016 pour de grandes entreprises du Bel 20."

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Dirk Thiels s’attend dès lors à ce que les performances futures du Bel 20 soient en ligne avec celles des autres indices européens:

"Les perspectives ne sont pas mauvaises pour les actions européennes. Elles sont en tout cas meilleures que celles pour Wall Street. La faiblesse de l’euro ne se traduit pas encore entièrement dans les résultats. Les bénéfices en Europe sont en outre toujours inférieurs de 10 à 15% à leur niveau d’avant la crise financière, alors ceux des entreprises américaines sont 30 à 40% supérieurs. Le potentiel de croissance bénéficiaire est donc plus important en Europe."

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