Bazooka de la BCE: ce qu'il faut retenir

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Déterminée à contrer le risque de déflation et à stimuler l'économie de la zone euro, la Banque centrale européenne a annoncé des rachats massifs de dette, qui s'élèveront à plus de 1.100 milliards d'euros.

La Banque centrale européenne a officiellement annoncé ce jeudi le lancement du tant attendu "QE" ("quantitative easing" ou "assouplissement quantitatif" en français). L'objectif visé par la BCE est de contrecarrer les perspectives d'inflation sensiblement en baisse depuis plusieurs mois, ainsi que de relancer le crédit aux entreprises et par là remettre de l'huile dans le moteur de l'économie européenne. 

"Le niveau en vigueur d'accommodation monétaire était insuffisant pour répondre de manière adéquate aux risques accrus d'une période trop prolongée d'inflation trop basse."
Mario Draghi
président de la BCE

1. Le programme débutera en mars prochain et l'institut européen allouera 60 milliards d'euros par mois pour le rachat de dettes privées et publiques. Ceci jusqu'à la fin septembre 2016 ou "quoi qu'il en soit, jusqu'à ce que nous constations un ajustement durable de la trajectoire d'inflation conforme à notre objectif d'atteindre des taux d'inflation inférieurs mais proches de 2% à moyen terme", a expliqué Mario Draghi.

2. Au total, la calculette affiche 1.140 milliards d'euros pour ce "QE".

3. La Banque centrale européenne ne prendra cependant pas tous les risques. Ce sont les banques centrales nationales qui achèteront la grande majorité de ces actifs (80%), tandis que la BCE supportera le risque des 20% restants.

4. Par ailleurs, le Conseil des gouverneurs a décidé de poser deux limites. "La première est une limite sur les émetteurs, qui est (..) de 33%. Et une autre est une limité liée aux émissions, qui est de 25%. En d'autres termes, nous n'achèterons pas plus d'un quart de chaque émission et pas plus d'un tiers de la dette de chaque émetteur", a détaillé le président de la BCE.

5. En parallèle de ce programme d'assouplissement quantitatif, la BCE a à nouveau adressé un message aux différents gouvernements de la zone euro. "Il faut que les gouvernements et la Commission européenne agissent", a déclaré Mario Draghi. Celui-ci les empresse de mettre en place rapidement des réforrmes structurelles pour améliorer les conditions d'accès au crédit pour les entreprises.

"La politique monétaire peut créer les bases pour la croissance, mais pour que la croissance s'affermisse il faut de l'investissement", et c'est aux politiques d'en favoriser les conditions". La zone euro a besoin de réformes structurelles "mises en oeuvres avec rapidité. La rapidité est essentielle"
Mario Draghi
président de la BCE

 

©Nicolas Vadot

 

14:30 La conférence de presse de Mario Draghi, président de la BCE

Si vous souhaitez lire le communiqué de presse de la BCE (lu en première partie de la conférence de presse), c'est par ici

Et si vous préférez la vidéo au texte, c'est par ici

En voici les principaux extraits :

PROGRAMME D'ASSOUPLISSEMENT QUANTITATIF

"(Le Conseil des gouverneurs) a décidé de lancer un programme étendu d'achats d'actifs incluant les programmes existants d'achat de titres adossés à des actifs (ABS) et d'obligations sécurisées.

"Dans le cadre de ce programme étendu, les achats mensuels de titres du secteur public et privé se monteront à 60 milliards d'euros. Il est prévu qu'ils soient conduits jusqu'à la fin septembre 2016 et (..), quoi qu'il en soit, jusqu'à ce que nous constations un ajustement durable de la trajectoire d'inflation conforme à notre objectif d'atteindre des taux d'inflation inférieurs mais proches de 2% à moyen terme."

MOTIFS DE LA DÉCISION

"La décision de politique monétaire d'aujourd'hui sur des achats d'actifs additionnels a été prise pour contrecarrer deux développements défavorables. En premier lieu, les dynamiques d'inflation ont continué d'être plus faibles qu'attendu (..)

"En deuxième lieu, si les mesures de politique monétaire adoptées entre juin et septembre de l'année dernière se sont traduites par une amélioration sensible des prix sur les marchés financiers, il n'en a pas été de même en termes de résultats quantitatifs.

"En conséquence, le niveau en vigueur d'accommodation monétaire était insuffisant pour répondre de manière adéquate aux risques accrus d'une période trop prolongée d'inflation trop basse."

SUR L'INFLATION

"L'inflation annuelle IPCH restera sans doute très basse voire négative dans les mois qui viennent. Des taux d'inflation aussi bas sont inévitables à court terme compte tenu de la baisse très forte et récente des prix pétroliers et en prenant pour hypothèse qu'aucune correction d'ampleur n'aura lieu dans les quelques mois à venir".

"Avec le soutien de nos mesures de politiques monétaires nous attendons une reprise de la demande et (dans) l'hypothèse d'une augmentation graduelle des prix du pétrole dans la période qui s'ouvre, les taux d'inflation devraient augmenter de façon graduelle ultérieurement en 2015 et en 2016."

IMPACT DES PRIX DE PÉTROLE

"Les récentes baisses des prix du pétrole ont renforcé les bases d'un affermissement de la reprise économique. Des prix du pétrole plus bas devraient soutenir le revenu disponible réel des ménages et la rentabilité des entreprises."

MODALITÉS DES TLTRO

"Le Conseil des gouverneurs a décidé de modifier les conditions des six dernières opérations de refinancement à long terme ciblées (TLTRO). En conséquence, le taux d'intérêt applicable aux prochaines opérations de TLTRO sera égal au taux des opérations principales de refinancement (MRO) en vigueur au sein de l'Eurosystème au moment de chacune des opérations de TLTRO, supprimant ainsi la prime de 10 points de base par rapport aux MRO qui s'est appliquée lors des deux premières TLTRO."

SOUTIEN À LA DEMANDE ET CHÔMAGE

"La demande intérieure devrait être soutenue plus avant par nos mesures de politique monétaire, la poursuite de l'amélioration des conditions financières et les progrès réalisés dans la consolidation budgétaire et les réformes structurelles.

"De plus, la demande à l'export devrait bénéficier de la reprise mondiale. Toutefois, la reprise de la zone euro va vraisemblablement rester pénalisée par le niveau élevé du chômage, l'ampleur des capacités inutilisées et les nécessaires ajustements des bilans dans les secteurs public et privé."

PARTAGE DES PERTES

"En ce qui concerne le partage d'éventuelles pertes, le Conseil des gouverneurs a décidé que les achats de titres d'institutions européennes (qui représenteront 12% des achats d'actifs additionnels, et qui seront achetés par les banques centrales nationales), seront sujets au partage des pertes (..) Cela implique que 20% des achats d'actifs additionnels seront sujets à un régime de partage des risques."

LIMITES AUX ACHATS D'OBLIGATIONS

"Nous avons deux limites. La première est une limite sur les émetteurs, qui est (..) de 33%. Et une autre est une limité liée aux émissions, qui est de 25%. En d'autres termes, nous n'achèterons pas plus d'un quart de chaque émission et pas plus d'un tiers de la dette de chaque émetteur. La limite de 25%, au demeurant, est le fondement pour que nous puissions nous dire que nous serons traités sur le même pied (pari passu)" que les autres investisseurs."

LE CONSEIL DES GOUVERNEURS, SEUL DÉCISIONNAIRE

"Laissez-moi vous dire que j'ai été surpris que cette question du partage des risques soit devenue la plus importante en ce qui concerne nos décisions de politique monétaire de ce jour. En fait, il ne devrait pas en être ainsi (..)

"Pour la banque centrale, ce qui importe d'abord et avant tout c'est que la politique monétaire soit efficace et qu'elle prenne en compter ces implications mais sans préjudice pour l'efficacité de la politique monétaire (..)

"Ces modalités, les montants, les règles, les limites, sur lesquelles vous venez juste de m'interroger ont été décidées ici à Francfort. Donc le Conseil des gouverneurs est le seul décisionnaire et les décisions sont destinées à affecter les conditions monétaires et financières dans l'ensemble de la zone euro."

SUR LE PARTAGE DES RISQUES

"Cette fois, nous avons une situation où le programme est très important (..) et donc d'un côté nous voulions conserver le principe du partage des risques qui est en place, c'est pour cela que nous avons conservé une part de 20% (..)

"D'un autre côté, nous voulions prendre une décision qui atténue les inquiétudes que de nombreux pays participants au sein de la zone euro ont sur les conséquences imprévues sur le plan budgétaire de possibles développements à venir."

"Au demeurant, le programme d'achats de titres (OMT) est là et prêt à être activé pour répondre à de tels risques."

ABSENCE DE FINANCEMENT MONÉTAIRE

"Ce serait une grossière erreur si des pays en venaient à considérer que l'existence de ce programme pourrait être une incitation à l'expansion budgétaire (..) Donc il ne ne vise certainement pas au financement monétaire, pas du tout. En fait, il a été conçu pour éviter tout financement monétaire."

RÉSULTATS DE L'ASSOUPLISSEMENT QUANTITATIF

"Nous pensons que les mesures prises aujourd'hui seront efficaces, augmenteront l'inflation, l'inflation à moyen terme ou (auront) un effet de rééquilibrage, grâce auquel les liquidités se substitueront aux obligations et les banques auront à plus d'incitations à prêter au secteur privé, aux ménages et aux entreprises.

"Il y aura alors des effets de signal sur les anticipations d'inflation. C'est en effet un autre canal important" (de transmission de la politique monétaire).

UNE MAJORITE EN FAVEUR DE LANCEMENT DU QE MAINTENANT

"Il y a eu unanimité (au cours de la réunion) pour dire que le programme d'achat d'actifs est un véritable outil de politique monétaire au sens juridique. C'est important car cela établit le principe qu'il s'agit d'un instrument de politique monétaire qui doit être utilisé dans les situations qui le justifient mais qu'il fait partie de notre boîte à outils.

"Deuxièmememt, il y a eu une large majorité sur la nécessité de le mettre en oeuvre maintenant, et si large qu'il n'a pas été nécessaire de voter. Troisièmement, il y a eu une longue discussion, je dirais une majorité, sur la nécessité d'agir maintenant. Mais bien sûr, il y avait des opinions différentes sur la nécessité d'agir maintenant. Et finalement, il y a eu un consensus sur le partage des risques à 20% et 80% de non partage des risques."

RÔLE DES GOUVERNEMENTS

"Nous avons maintenant besoin d'actions de la part des gouvernements. Et nous avons aussi besoin de l'action de la Commission (européenne) à la fois dans son rôle de supervision des politiques budgétaires et dans celui de mise en oeuvre du plan d'investissement, qui a été lancé par le président de la Commission et que nous avons accueilli tout à fait favorablement à l'époque. Maintenant, il doit être mis en oeuvre rapidement. La rapidité est essentielle."

RISQUE DE BULLES

"Jusqu'à présent, nous ne voyons pas de bulles. Il peut y avoir des épisodes localisés sur certains marchés spécifiques où les prix montent rapidement mais pour qu'l y ait bulle (..), il faudrait une augmentation considérable de l'endettement et du crédit bancaire, et nous ne constatons pas cela actuellement.

"Nous sommes cependant attentifs et toute bulle de nature locale devrait être traitée par des instruments locaux, c'est à dire des instruments macro-prudentiels, plutôt que par la politique monétaire."

13:45  La BCE laisse ses taux inchangés

La Banque centrale européenne a sans surprise laissé ses taux directeurs inchangés. Le taux de refinancement reste ainsi à 0,05%, le taux de prêt marginal demeure à 0,30% et le taux de facilité de dépôt est maintenu en territoire négatif, à -0,20%.

La #BCE maintient ses taux inchangés mais indique que des "mesures vont être annoncées plus tard"— Alexandre Baradez (@ABaradez) January 22, 2015

"D'autres décisions de politique monétaire vont être annoncées par le président à la conférence de presse",  a indiqué un porte-parole de la BCE. Les observateurs attendent l'annonce d'un vaste programme de rachats de dette publique de la part du président de la BCE, Mario Draghi, qui tiendra une conférence de presse à 14h30.

"Ce serait l'un des plus grands chocs de l'histoire monétaire si la Banque centrale européenne n'annonce pas une forme d'assouplissement quantitatif". (...) Et "toute annonce inférieure à 500 milliards d'euros serait clairement décevante".
Jonathan Loynes
analyste chez Capital Economics

09:00 Des journalistes du monde entier convergent en ce moment vers Francfort. Certains sont déjà sur place. A proximité de l’entrée du site, une équipe de CNBC bat déjà le pavé. Les cameramen tentent de se réchauffer en se frictionnant les mains. La température n’est pas loin de zéro degré Celsius.

L’équipe de télévision américaine n’a pas trouvé l’équivalent du sigle de l’euro qui se dresse devant l’ancienne tour de la BCE. Qu’importe, ils ont gonflé sur place leur propre sigle en plastique, sorte d’euro-baudruche un peu ridicule mais qui fera l’affaire. La journaliste est prête pour sa première intervention en direct.

Un peu plus loin, une autre chaîne déploie son matériel. Il est encore largement temps pour les premiers journaux TV du jour. L’ambiance est décontractée.

On accède au bâtiment par un immense hall qui semble écraser le visiteur. Pas de fébrilité particulière à l’accueil : le personnel semble décontracté, on dirait que tout le monde ignore que la politique monétaire de la zone euro est en passe de connaître un moment historique.

Cinq étages plus haut, la zone réservée à la presse est encore déserte sur le coup de 10h30. Mais toutes les infrastructures nécessaires sont déjà prêtes.

©REUTERS

Dans la salle où Mario Draghi prendra la parole dans quatre heures, les chaises des journalistes attendent au garde-à-vous. La tribune où prendront place le président de la BCE et le vice-président Vítor Constâncio est archi-prête, immaculée, aseptisée. En début d’après-midi, ce lieu sera le centre d’attention de toute la planète financière.

Dans l’immense double-tour de verre qui s’élève à quelques pas de là, au 41ème étage, le Conseil des gouverneurs de la BCE est en réunion. On aimerait bien être une petite souris pour savoir ce qui s’y dit. Ou plutôt un moustique car tout ici est d’une propreté irréprochable et le personnel semble y veiller de près.

Les journalistes arrivent au compte-goutte. Pour tromper l’ennui, ils relisent les dernières informations distillées au cours de la journée d’hier. On parle d’achats d’actifs de 50 milliards d’euros par mois. Mais pendant combien de temps? Avec quelles modalités et quel degré de mutualisation du risque? Le suspense reste entier alors que tout se joue quelques étages plus haut. Mario Draghi et ses collègues sont sans doute en train d’adopter la plus importante décision de leur carrière.

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