Déroute des marchés boursiers chinois

©CHINAFOTOPRESS/MAXPPP

Les marchés chinois ont accéléré leur baisse, mercredi. Les interventions des autorités ne rassurent pas. Les ventes ont même touché les places financières voisines, telles Tokyo et Hong Kong.

La chute boursière chinoise se mue en dégringolade. Mercredi, les places boursières de Shanghai et Shenzhen ont à nouveau subi un sérieux revers, portant leur baisse depuis leur sommet du mois dernier à plus de 30%. Les investisseurs ont paniqué après les mesures prises par les autorités chinoises pour enrayer la baisse des cours.

En clôture, mercredi matin, l’indice composite de la Bourse de Shanghai a reculé de 5,9%. L’indice CSI 300, représentatif des plus grandes capitalisations de Shanghai et Shenzhen, a quant à lui cédé 6,75%. Depuis leurs sommets atteints il y a un mois, ces indices ont perdu 32,11% et 31,58% respectivement.

"Nous sommes plutôt prudents. À court terme, la logique négative devrait continuer"
Serge Ivlef
Investment Specialist Strategy ING Belgique

Ce qu’il faut désormais qualifier de déroute boursière a plusieurs explications. Depuis le début de l’année, la spéculation avait provoqué une hausse de plus de 50% des indices chinois. L’envolée boursière s’élevait même à plus de 150% en partant de début 2014. Les investisseurs avaient tablé sur des mesures des autorités chinoises pour enrayer le ralentissement de la croissance économique du pays. Après cette spéculation effrénée, il devenait tentant de prendre ses bénéfices. D’autant que plus de 80% des actionnaires actifs sur les marchés chinois sont des particuliers tentés par les profits faciles. Le Chinois est joueur, dit-on dans les salles de marché.

Le gros problème est que cette spéculation a bénéficié d’effets de levier importants. "Beaucoup d’investisseurs ont eu recours aux achats sur marge", explique Serge Ivlef, investment specialist strategy chez ING Belgique. "Certains ont même financé leurs investissements en Bourse par le biais du shadow banking", ajoute-t-il, c’est-à-dire en empruntant via des canaux qui n’apparaissent pas dans le système bancaire officiel, ce qui empêche de déterminer la part de capitaux investis qui reposent sur des prêts à effet de levier.

Mercredi, la Bourse de Shanghai a chuté de 5,9%. L’indice des plus grandes capitalisations chinoises a dégringolé de 6,75%.

En un mois, les marchés chinois ont plongé de plus de 30%, après une spéculation effrénée qui leur avait fait gagner plus de 150%.

Des particuliers avaient spéculé avec des effets de levier permettant de miser cinq fois l’apport réel.

L’intervention des autorités pour limiter les baisses a eu l’effet inverse et a accentué la panique.

Mercredi, la correction s’est même étendue aux autres places boursières asiatiques.

En pratique, en détenant 10.000 dollars, un boursicoteur chinois a pu se procurer des actions pour une valeur de 50.000 dollars. Dans ce cas de figure, il suffit que son portefeuille de titres perde 10% pour que son investissement de départ soit amputé de moitié. Il doit alors répondre à un appel de marge, c’est-à-dire une demande de mise supplémentaire destinée à couvrir les pertes. Pour ce faire, il va devoir vendre des actions, ce qui va accentuer la chute boursière. D’où un effet boule de neige sur les marchés.

Les autorités chinoises ont tenté d’enrayer cet emballement de la chute boursière. Elles ont suspendu les introductions en Bourse, limité les possibilités de parier sur une baisse via des contrats à terme, incité les institutions financières à acheter des actions et enjoint les entreprises publiques à maintenir leurs participations. En vain: les indices boursiers ont continué à reculer.

©MEDIAFIN

Quid à l’avenir?

Alors, pour faire face à cette débandade, les plateformes boursières chinoises ont permis la suspension de cotation de plus de 1.300 sociétés cotées, sur les 2.800 que comptent Shanghai et Shenzhen.

Loin de calmer le courant vendeur, cette mesure a accentué la panique. Faute de pouvoir vendre les titres de petites capitalisations jugées surévaluées, les investisseurs ont reporté leurs ordres de vente sur de plus grandes capitalisations encore disponibles à la cote, afin de pouvoir se procurer des liquidités pour répondre aux appels de marge.

La pire déroute boursière observée en Chine depuis 1992 ne douche pas l’optimisme de Goldman Sachs. La banque d’affaires américaine mise sur un rally de 27% de l’indice CSI 300 des grandes capitalisations sur les douze prochains mois, grâce aux mesures prises par le gouvernement pour stimuler la confiance des investisseurs et à l’assouplissement de la politique monétaire pour soutenir la croissance.

"Il n’y a pas encore de bulle", estime Kinger Lau, le stratégiste de Goldman Sachs à Hong Kong. Il concède l’existence de poches de surévaluation, particulièrement dans les petites capitalisations mais se montre plus optimiste envers les grandes capitalisations.

Pire: la correction boursière chinoise, qui était vue comme un phénomène à part jusqu’à récemment, a fini par affecter des places financières voisines. Mercredi, Hong Kong a chuté de 5,84% et la Bourse de Tokyo a reculé de 3,14%.

À quoi s’attendre à l’avenir? "Sur la Bourse de Chine continentale, nous sommes plutôt prudents, répond Serge Ivlef. À court terme, la logique négative devrait continuer. Certes, la baisse récente a provoqué une diminution des valorisations mais beaucoup de ces dernières restent très élevées. Les autorités chinoises devraient à nouveau tenter de stabiliser les marchés mais ce ne sera pas facile avec autant d’épargnants chinois parmi les détenteurs d’actions: on est dans la psychologie."

Après une chute boursière de 30% en un mois, il est vrai que le moral de ces investisseurs aura sans doute du mal à se redresser.

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