chronique

Dommage, ces sorties de la Bourse. Trois fois dommage.

Rédacteur en chef-adjoint

Si l’on comprend bien Eric Domb et Marc du Bois, la Bourse ne serait plus que le temple du court terme. Les investisseurs seraient incapables d’exprimer des vues à plus long terme. Or, il doit quand même rester en Belgique des "bons pères de famille" qui désirent investir dans des sociétés dont ils cernent parfaitement l’activité.

Marc du Bois qui veut avaler la totalité de Spadel, Marc Coucke qui s’offre un beau ticket dans le Pairi Daiza d’Eric Domb et Marc Saverys qui fait offre sur "sa" CMB. Et autant de sociétés qui vont sortir de la Bourse de Bruxelles… Dommage, trois fois dommage.

Alors oui, ce sont des cas bien particuliers, des sociétés familiales où un actionnaire principal détient déjà une grosse partie des actions. Et où parfois la liquidité laisse à désirer.

Mais ces décisions interpellent. Prenons Spadel et Pairi Daiza, deux fleurons francophones. Deux sociétés qui "parlent" aux investisseurs, car dotées d’un produit phare aisé à comprendre: de l’eau dans un cas, un parc animalier dans l’autre. Quoi de plus simple à cerner. "Investissez toujours dans une société dont vous comprenez l’activité" vous diront les plus fins stratèges boursiers. Et ils ont amplement raison.

Ce sont de trop petites sociétés? Et alors? Toutes les sociétés ne peuvent pas s’appeler AB InBev et se lancer à l’assaut d’un SAB Miller dans une incroyable course à la taille.

Et surtout, il y a les raisons avancées tant chez Spadel que chez Pairi Daiza, avec un étonnant air… de famille.

Eric Domb et Marc du Bois: des produits et services compréhensibles pour le petit investisseur. ©Tim Dirven

Chez Spadel, l’actionnaire familial (Finances & Industries) estime que le maintien de la cotation de la société "ne se justifie plus au regard de sa situation actuelle". En cause, un nouveau plan d’affaires à cinq ans qui repose en grande partie sur l’innovation. Avec des investissements industriels et commerciaux de très grande ampleur qui pèseront sur la rentabilité, au moins à court terme. D’où un profil de risque, dit-on, "difficilement compatible avec le statut de société cotée".

Chez Pairi Daiza, on parle d’investir davantage dans des projets à but non lucratif, tels que la conservation des espèces menacées ou le développement d’activités culturelles. Là aussi, on souligne qu’en raison de la nature de ces investissements ainsi que des risques élevés associés à ces projets, "les intérêts des actionnaires pourraient ne plus être entièrement en ligne avec la stratégie de la société à long terme".

En d’autres mots, si l’on comprend bien Eric Domb et Marc du Bois, la Bourse ne serait plus que le temple du court terme. Et les investisseurs seraient incapables d’exprimer des vues à plus long terme.

Or, la Bourse, pour un investisseur "bon père de famille" (il doit quand même en rester en Belgique, même si leur horizon boursier s’est un peu raccourci), c’est forcément du long terme.

Et ces perspectives de long terme passent obligatoirement par des investissements effectués aujourd’hui. Ce que vont précisément faire Spadel et Pairi Daiza!

Respect et rêves

Que l’on ne se méprenne pas. Nous avons un respect énorme pour ces deux patrons emblématiques. Quand Eric Domb affirme qu’il ne veut pas tromper ou décevoir ses actionnaires, on le croit entièrement.

On le croit également quand il avoue que son vœu le plus cher est de protéger Pairi Daiza, de conserver à très long terme une entreprise 100% belge à caractère familial et "dont l’avenir serait assuré par des propriétaires profondément amoureux du projet", en l’occurrence Marc Coucke et lui-même.

On ne remet pas davantage en question les conditions des offres publiques d’achat (c’est moins le cas pour CMB).

Pour Pairi Daiza, avec un prix d’offre de 73 euros par action, il s’agissait d’offrir une prime de 22% sur le cours de Bourse précédant l’annonce. Pour Spadel, au prix de 95 euros par action, cela correspondait à une prime de 17%. Des conditions jugées honnêtes par les analystes. Depuis lors, les cours de Bourse se sont évidemment ajustés en fonction des prix offerts.

Le petit investisseur ne pourra plus participer aux rêves de ces entrepreneurs. C’est regrettable.

Le profond regret dans cette histoire, en cas de sortie boursière effective, c’est que le petit investisseur ne pourra plus participer aux rêves de ces entrepreneurs.

Celui qui a fait confiance à Eric Domb depuis l’entrée en Bourse de Pairi Daiza en 1999 a plus que triplé sa mise, décrochant une performance supérieure à celle de la Bourse belge.

Évidemment, d’aucuns mettront en avant les lourdeurs et coûts associés à une cotation pour de petites sociétés. Mais on peut rappeler que les sociétés ne sont plus obligées de publier des résultats trimestriels, ce qui compliquait assurément leur tâche. Par ailleurs, un segment boursier comme Alternext (où est d’ailleurs coté Pairi Daiza) propose pas mal de facilités réglementaires.

Qui sait, un jour, Spadel et Pairi Daiza frapperont-elles à nouveau à la porte de la Bourse? Par exemple, lorsque les taux d’intérêt seront nettement plus élevés qu’aujourd’hui et qu’elles auront besoin de capitaux frais pour financer de nouveaux investissements.

Elles ne seraient pas les premières à sortir ainsi de la Bourse, pour mieux y revenir par la suite. On peut toujours espérer, non?

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