Fusion en eaux troubles entre Deutsche Börse et le LSE

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Le London Stock Exchange a refusé d’accepter la proposition de la Commission européenne de vendre ses parts dans MTS, compromettant sa fusion avec Deutsche Börse.

Jamais deux sans trois pour Deutsche Börse? L’opérateur de la Bourse de Francfort pourrait échouer une troisième fois, après deux tentatives en 2001 et 2004, à racheter le London Stock Exchange. Cette fois-ci, le London Stock Exchange pourrait compromettre la fusion car le groupe qui gère les Bourses de Londres et de Milan a refusé l’une des dernières propositions de la Commission européenne. Celle-ci a demandé il y a dix jours au LSE de vendre sa participation majoritaire dans MTS, sa plateforme électronique de transactions en obligations d’Etat européennes, mais le groupe a refusé. Cette demande survient après que le LSE a accepté de vendre la filiale française de sa chambre de compensation LCH.Clearnet à Euronext pour apaiser les craintes d’une position dominante de Deutsche Börse et du LSE sur cette activité de post-marché.

"La fusion (entre Deutsche Börse et le LSE) aurait constitué un pas en avant majeur dans l’intégration du système financier européen. Sans elle, les Bourses d’actions vont rester plus fragmentées."
Guntram Wolff
Directeur de l’Institut Bruegel

En refusant la demande de la Commission européenne, le LSE pourrait faire échouer son projet de fusion avec Deutsche Börse. Ce lundi, sur les marchés européens, la sanction a été sévère pour les deux titres. L’action de Deutsche Börse a lâché 2,35% à 79,71 euros à la Bourse de Francfort, et celle du LSE a perdu 1,12% à 3.090 pence à la Bourse de Londres. Elle a réduit ses pertes à la clôture des marchés.

Toutefois, les deux groupes n’ont pas encore admis leur défaite. Le conseil d’administration de LSE a indiqué qu’il voulait encore fusionner avec le groupe allemand, mais n’a pas précisé comment il comptait s’y prendre et a ajouté, dans un communiqué, qu’il avait confiance en sa vigueur "en tant qu’entreprise autonome" .

Du côté de Deutsche Börse, le groupe a confirmé le refus du LSE de se séparer de MTS et déclaré attendre désormais une décision "vers la fin mars" de la Commission européenne.

Beaucoup de perdants

Outre les titres LSE et Deutsche Börse, l’action Euronext souffre aussi. Elle a glissé de 2,16% à 39,99 euros à la Bourse de Paris. Car le groupe, qui rassemble les Bourses de Paris, Amsterdam, Bruxelles et Lisbonne, est aussi pénalisé par les risques d’un échec de la fusion entre Deutsche Börse et le LSE. Euronext a bénéficié jusqu’à présent de cette opération, car celle-ci lui a permis d’acquérir la filiale française de LCH.Clearnet. Le groupe aurait pu faire l’acquisition de MTS si le LSE avait voulu vendre sa participation.

Cependant, plusieurs observateurs ont souligné que la fusion entre le LSE et Deutsche Börse se trouvait déjà compromise depuis le vote du Brexit le 23 juin 2016. Car les deux groupes ont proposé, dès l’annonce de leur fusion en février de l’année dernière, la création d’un holding basé en Grande-Bretagne qui les chapeauterait, et la centralisation de leur quartier général en Allemagne. En pleine négociation autour du Brexit, certains analystes prévoient de nombreuses oppositions politiques à cette fusion. Car même en cas d’acceptation de cette opération par la Commission européen, les deux groupes doivent encore obtenir le feu vert du land de Hesse et de la Banque d’Angleterre.

Troisième échec

Pour Deutsche Börse, le refus éventuel de la Commission européenne pour sa fusion avec le LSE représenterait sa troisième tentative infructueuse. Car le groupe a déjà échoué dans ses projets de fusion, avec Euronext. Chaque fois, la Commission européenne s’est opposée au projet de rapprochement. En 2000 et 2004, l’ancienne direction du LSE avait refusé tout rapprochement avec Deutsche Börse.

Pendant ce temps-là, le Chicago Mercantile Exchange, principal marché de dérivés aux Etats-Unis, l’IntercontinentalExchange, principal marché de l’énergie, et la Bourse de Hong Kong ont renforcé leur position comme leaders mondiaux parmi les Bourses. La fusion entre Deutsche Börse et le LSE aurait permis la création d’un groupe capable de rivaliser avec ceux-ci.

"La fusion (entre Deutsche Börse et le LSE) aurait constitué un pas en avant majeur dans l’intégration du système financier européen. Sans elle, les Bourses d’actions vont rester plus fragmentées" en Europe, a expliqué à l’AFP Guntram Wolff, directeur de l’Institut Bruegel.

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