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Grande rechute des prix pétroliers: où va-t-on?

©Bloomberg

Après leur dégringolade du 2e semestre 2014, les cours du brut s’étaient redressés jusqu’en mai 2015. Depuis, ils ont reperdu 25%, notamment à cause des craintes pour la demande venant de Chine. Résultat: le carburant est moins cher mais le risque de déflation est de retour. Quid des prochains mois?

En moins de trois mois, les prix pétroliers ont dégringolé de 25% . On assiste donc à une rechute des cours du brut, eux qui avaient déjà lourdement trébuché au second semestre 2014, le baril de Brent étant passé à l’époque de 115 à 60 dollars en six mois.

©Mediafin

  • L'or noir a terminé la semaine en baisse pour la sixième semaine consécutive à New York et Londres.
  • Le cours du WTI a cédé 79 cents à 43,87 dollars sur le New York Mercantile Exchange (Nymex) vendredi, enregistrant une baisse de plus de trois dollars sur l'ensemble de la semaine.
  • A Londres, le Brent a reculé de 91 cents à 48,61 dollars pour le contrat de septembre sur l'Intercontinental Exchange (ICE).
  • Lundi dernier, le prix du baril de Brent est repassé sous la barre de 50 dollars le baril, un niveau inédit depuis la fin janvier. Mercredi, c’était au tour du baril de brut américain de tomber à moins de 45 dollars, pour la première fois depuis mars.
-18%
En juillet, le cours du baril de Brent a chuté de 18%, accentuant son recul entamé à la mi-mai. Le mois d’août a aussi mal commencé pour le prix du brut.

L’actuelle rechute des prix de l’or noir a surpris tout le monde. En effet, après la forte correction de 2014, le marché s’était rapidement adapté, surtout aux états-Unis. Beaucoup de sociétés actives dans le pétrole de schiste avaient réduit, voire arrêté, leur production. Cette contraction de l’offre avait contribué à une remontée des prix du brut à partir de la mi-janvier 2015. Les signes d’une reprise économique en Europe avaient aussi contribué à ce rebond.

Mais depuis son sommet de cette année, atteint le 6 mai à 67,77 dollars le baril, le prix du Brent a subi une inexorable tendance baissière. Celle-ci s’est même fortement accélérée en juillet. Le mois dernier, le Brent a chuté de 18%. Comme en novembre et en décembre de l’année dernière. Comme en novembre 2008 aussi, lors de la grande récession.

 

Les causes

Cette rechute est due, d’une part, à une surproduction et, d’autre part, à des craintes concernant la demande énergétique. Côté offre pétrolière, l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) semble plus divisée que jamais et la production réelle dépasse quasiment en permanence ses objectifs théoriques. L’accord conclu avec l’Iran sur son programme nucléaire civil implique la levée progressive des restrictions à l’égard de ses exportations pétrolières. La remontée des prix pétroliers du début de l’année pourrait aussi inciter des producteurs de pétrole de schiste basés aux états-Unis à revenir dans la course à la production.

Cette abondance de pétrole en amont risque de coïncider avec des débouchés de plus en plus restreints en aval. En Europe, la faible croissance économique ne se développe pas autant qu’espéré. Mais c’est surtout la Chine qui retient l’attention. Sa croissance économique ne cesse de décélérer. Les indicateurs conjoncturels en provenance de la deuxième économie de la planète traduisent tous une contraction de l’activité. La Chine étant le premier importateur de pétrole de la planète, les investisseurs anticipent une forte baisse de la demande d’or noir.

Les conséquences

La nouvelle dégringolade des prix pétroliers a changé la donne dans bien des domaines. Les consommateurs européens – y compris nous, les Belges – ont vu les prix des carburants et combustibles de chauffage diminuer à nouveau. Mercredi dernier, dans notre pays, le prix maximum du litre de diesel est revenu en dessous de 1,20 euro. On était encore à plus de 1,28 euro voici à peine un mois. Sur un plein de 50 litres de diesel, le consommateur belge vient donc de gagner 4 euros. Ce n’est pas rien.

Et la différence est encore plus grande si on prend l’évolution sur un an.

  • En août 2014, le prix du diesel dépassait 1,40 euro. Sur le plein de 50 litres, l’automobiliste bénéficie ainsi d’une ristourne de 10 euros par rapport au tarif de l’an dernier. Cette semaine, le prix du gasoil de chauffage a également diminué, de plus de 2 centimes.

La baisse des coûts énergétiques est aussi au bénéfice des entreprises. Le problème est que, jusqu’à présent, on n’a pas encore vraiment vu d’effet très positif dans la consommation des ménages ou la production industrielle. Les indicateurs conjoncturels restent faiblards. C’est peut-être dû à l’impact de la baisse des cours pétroliers sur les prix en général, ce qui empêcherait les entreprises de faire de meilleures affaires et conduirait les consommateurs à se montrer attentistes.

Et c’est là qu’on reparle du risque de déflation. Une telle spirale baissière des prix à la consommation pourrait-elle résulter de la rechute du baril? La Banque centrale européenne (BCE) exclut ce scénario. Elle s’attend toujours à une remontée de l’inflation en fin d’année, grâce à un "effet de base", c’est-à-dire qu’à ce moment-là, les prix seront comparés à ceux de la fin 2014, quand les cours pétroliers avaient déjà fort diminué, ce qui devrait montrer une inflation plus soutenue. Mais en attendant, force est de constater que la maigre reprise de l’inflation constatée en début d’année marque le pas. En juillet, l’inflation de la zone euro a stagné à 0,2%, après avoir diminué en juin après 0,3% en mai.

Si les cours de l’or noir préoccupent les banquiers centraux, ils affectent bien davantage les patrons et actionnaires d’entreprises énergétiques. L’agence d’informations Bloomberg a calculé cette semaine que depuis la mi-2014, la capitalisation boursière des sociétés du secteur de l’énergie avait diminué de 1.300 milliards de dollars (1.200 milliards d’euros) à l’échelle mondiale. Les résultats trimestriels des grands groupes pétroliers ont déçu les analystes. Exxon Mobil a publié son pire bénéfice depuis 2009. Chevron a enregistré son plus faible résultat depuis 2003.

Les perspectives

Les analystes ne s’attendent pas à voir les prix pétroliers retrouver leurs niveaux du début de l’an dernier. Ils prévoient tout au plus un rebond jusqu’à 65 dollars le baril en fin d’année, selon la prévision médiane des analystes. Le plus gros producteur de l’Opep, l’Arabie saoudite, est en train d’augmenter ses capacités de raffinage, ce qui implique l’arrivée de davantage de carburants sur les marchés. En Irak, les exportations des raffineries du sud du pays ont atteint un record en juillet. Aux états-Unis, les producteurs de pétrole de schiste ont rationalisé leurs coûts, ce qui leur permet d’abaisser le seuil de rentabilité vers 60 dollars le baril ou moins. La production US devrait donc rester soutenue. Conclusion: l’abondante offre de pétrole va continuer à comprimer les cours.

Les groupes pétroliers annoncent clairement la couleur. BP  estime que les prix du brut resteront bas longtemps. Royal Dutch Shell  se prépare à une poursuite du ralentissement. Ces deux géants du pétrole joignent la parole aux actes puisqu’ils ont annoncé des réductions d’effectifs pour faire face à la baisse attendue de leurs ventes, tout comme les groupes Chevron, Halliburton ou encore Schlumberger. D’après Graves & Co, une société de consultance américaine, 150.000 postes de travail ont été supprimés dans le secteur pétrolier depuis la mi-2014.

Certains analystes s’attendent toutefois à un rebond des cours en 2016. La banque Barclays  se dit optimiste pour le baril. Elle s’attend à une baisse de la production de l’Arabie saoudite, à la constitution de réserves stratégiques plus élevées en Chine, à des risques sur la production en Irak à cause du groupe État islamique, ainsi qu’à un retard dans l’augmentation des exportations de l’Iran. Résultat: Barclays voit le Brent remonter à 73 dollars à la fin de l’année prochaine. La banque suisse UBS pense même que le baril pourrait atteindre à nouveau les 100 dollars dans les trois ans grâce à la reprise économique. En attendant, les prix du brut viennent de passer un très mauvais début de second semestre. Un peu comme l’an dernier.

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