Hamon, ça passe ou ça casse

©Thierry du Bois

Le groupe d’ingénierie wallon est à la croisée des chemins. L’augmentation de capital de 70 millions d’euros qu’il vient de lancer s’apparente à l’opération de la dernière chance.

Ce n’est pas parce qu’on multiplie les innovations dans son créneau que l’on attire automatiquement les clients. C’est l’expérience douloureuse que vit depuis plusieurs mois le groupe Hamon , placé aujourd’hui devant l’obligation de renflouer ses caisses.

Six ans après avoir décroché le prix de l’Entreprise de l’Année, Hamon se rapproche dangereusement du gouffre. Certes, le groupe, basé à Mont-Saint-Guibert, n’est pas le premier lauréat à connaître des lendemains difficiles. Des sociétés comme FIB, Belourthe ou Stûv, ont elles aussi connu des mauvaises passes dans la foulée du prix. Et on ne parlera pas du sort funeste de Moorkens Projects, lauréat en 1997 et tombé en faillite en 2012.

53 millions €
Le titre Hamon a une nouvelle fois bu la tasse hier, lâchant 10 % à 2,34 euros. Le groupe n’est donc plus capitalisé qu’à hauteur de 53 millions d’euros.

Hamon n’en est pas là, mais il est moins cinq. Sans être à proprement parler une opération de la dernière chance, l’augmentation de capital de 70 millions d’euros, lancée mercredi soir, n’en est pas moins vitale au vu de la détérioration de la structure de bilan de la société, dont le carnet de commandes reste, de surcroît, désespérément plat.

Il y a bientôt un an, Francis Lambilliotte, alors CEO de Hamon — il a été remplacé depuis lors par Bernard Goblet -, se vantait dans ces colonnes du fait que 50 % des produits vendus par Hamon n’existaient pas cinq ans auparavant. Fort bien. Encore faut-il convaincre le chaland. Difficile quand les conditions de marché ne le poussent pas à investir.

Gros contrats

Hamon est en quelque sorte victime de la taille de ses clients. Le groupe wallon, spécialisé dans les systèmes de refroidissement, les échangeurs de chaleur ou les systèmes de dépollution de l’air à destination des centrales électriques et de l’industrie lourde, subit de plein fouet la morosité des producteurs d’énergies fossiles, pétrole et charbon en tête.

→ Le problème, c’est que les commandes reportées ou annulées portent sur de gros contrats et sont donc d’autant plus difficiles à amortir.

"L’effondrement des prix du pétrole a poussé les grands groupes pétroliers à sabrer dans leurs investissements pour préserver les dividendes versés à leurs actionnaires. Et malgré une remontée des prix, ces investissements n’ont pas repris", explique Michel Ernst, conseiller en actions chez CBC Banque.

Contrairement à ses gros concurrents – Alstom, Doosan, Mitsubishi –, le groupe Hamon n’est actif que dans des créneaux très spécifiques et n’a pas plusieurs fers au feu.

Les chiffres du troisième trimestre témoignent de la gravité du mal. Les prises de commandes ont plafonné à 233 millions d’euros, soit 150 millions de moins qu’un 3e trimestre 2016, déjà pas terrible.

Qui plus est, Hamon se trouve face à un endettement proprement abyssal à son échelle: plus de 140 millions d’euros.

Du beurre dans les épinards

Sous la houlette de Bernard Goblet, qui a repris les rênes de Hamon en début d’année, le groupe wallon a, dès lors, adopté un plan de réorganisation et de réduction des coûts qui doit donner sa pleine mesure l’an prochain. D’autres mesures sont également envisagées.

Injoignable hier, Bernard Goblet faisait part au printemps dernier de son intention de favoriser davantage les petits projets industriels, plus faciles à financer, ainsi que les contrats de maintenance, porteurs de cash flow (voir L’Echo du 26 avril). Une évolution qui pourrait à moyen terme mettre un peu de beurre dans les épinards.

"C’est exactement le scénario qu’a choisi IBA. Elle a réussi à développer des chambres de protonthérapie de plus petite taille, nettement moins chères et donc plus faciles à vendre. Sans compter que la perte d’un plus petit contrat est aussi plus facile à amortir", souligne Michel Ernst.

Que fera l’actionnaire familial?

Le 22 décembre, une assemblée générale extraordinaire des actionnaires devra statuer sur la proposition du conseil d’administration d’augmenter le capital de 70 millions d’euros. L’opération est assortie d’un droit de préférence. Autrement dit, elle est ouverte à l’ensemble de l’actionnariat.

La Sogepa, bras financier de la Région wallonne, premier actionnaire de l’entreprise depuis l’augmentation de capital de 37,7 millions d’euros réalisée au printemps, souscrira d’office. Avec IBA et EVS, Hamon est une des rares entreprises wallonnes cotées.

Reste à voir quelle position adoptera la famille Lambilliotte, ancien actionnaire majoritaire, qui détient aujourd’hui 38,5 % des parts au travers de la société Sopal.

À ce stade, c’est la bouteille à encre. "Je n’ai pas encore vu d’avis indiquant si la famille Lambilliotte souscrirait dans la proportion de sa participation ou se laisserait diluer. Or, c’est le genre de détail qui peut contribuer à rassurer ou à inquiéter le marché", dit l’expert de CBC Banque.

Les investisseurs ont visiblement besoin d’être rassérénés. Le titre a une nouvelle fois bu la tasse hier, lâchant 10 % à 2,34 euros. Un cours qui le rapproche de son plancher historique du 30 juin 2004. Ce jour-là, l’action Hamon ne valait plus que 2,17 euros.

Hamon n’est donc plus capitalisé qu’à hauteur de 53 millions d’euros. Un chiffre qui frappe les imaginations quand on se rappelle qu’en mars 1999, le titre de la société wallonne avait atteint l’équivalent de… 57,84 euros.

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