L'inflation est de retour! Comment investir en conséquence

©vince

Une accélération de la hausse des prix profiterait aux valeurs des pays émergents, aux obligations à haut rendement, aux actions cycliques et du secteur de la distribution. Si les taux restent bas, l’or et l’immobilier figurent également parmi les bénéficiaires.

Coucou, la revoilà! L’inflation est de retour, et avec elle, les interrogations des investisseurs sur la manière d’adapter leur portefeuille pour y faire face. En Belgique, l’inflation a atteint 0,56% en mai, soit son niveau le plus élevé depuis plus d’un an, a annoncé jeudi le service public fédéral de l’Économie. Cette accélération de l’inflation belge illustre le retour d’anticipations inflationnistes pour l’ensemble de la zone euro.

"Les attentes inflationnistes pour l’Europe sont toutes supérieures à 1%; on a clôturé le chapitre de la déflation", estime Frank Vranken, chef stratégiste chez Puilaetco Dewaay. "Dans le marché, le scénario déflationniste n’est plus du tout ‘pricé’ (NDLR : intégré dans les valorisations des actifs cotés en Bourse)", ajoute Philippe Gijsels, économiste chez BNP Paribas Fortis .

"On peut opter pour des obligations qui comportent un coussin permettant d’amortir l’inflation, comme les obligations US pour miser sur le dollar."
Nicolas Forest
Candriam

"Aujourd’hui, beaucoup d’investisseurs jouent le thème de la reflation", précise Nicolas Forest, responsable de la gestion obligataire chez Candriam. Ce dernier avertit aussitôt: "Attention, on n’y est pas encore! Certes, on n’est plus dans le thème de la déflation. Mais y a-t-il pour autant un risque inflationniste? Pour moi, non. Il n’y a pas de pression inflationniste aux Etats-Unis. Et en ce qui concerne l’Europe, il ne faut pas être amnésique: il y a six mois, tout le monde jouait le thème de la déflation. Aujourd’hui, ce risque a diminué mais on est très loin d’une forte reprise." Selon lui, "si des vents contraires surviennent, comme la concrétisation d’un risque politique en zone euro ou encore un retour de la baisse des prix des matières premières, les marchés recommenceraient à tenir compte d’un risque de déflation." Prudence, donc.

Émergents

Mais le scénario qui tient la corde dans les rangs des économistes est bel et bien celui d’un retour progressif de l’inflation. Le retour de la hausse des prix aura des effets sur les portefeuilles d’investissement. Autant s’y préparer…

Philippe Gijsels (BNP Paribas Fortis)

"Si l’inflation remonte et que les banques centrales maintiennent les taux très bas pendant un certain temps, ce sera le moment de prendre de l’or."

Jean-Marie Caucheteux (Degroof)

"Si on est en présence d’une ‘bonne’ inflation, qui n’est pas uniquement guidée par les prix énergétiques, c’est positif pour les valeurs retail."

Au point de vue de l’allocation régionale des actifs, les marchés émergents pourraient sortir gagnants. "Quand l’inflation augmente, la croissance progresse aussi, en principe, souligne Philippe Gijsels. Dans ce contexte, les pays émergents seraient un peu plus intéressants, alors qu’actuellement, nous privilégions plutôt les pays développés."

Entre les différentes classes d’actifs, il y aura aussi des choix à opérer. "Si l’inflation revient, ce sera plutôt au bénéfice des actions que des obligations car elle est souvent accompagnée d’une hausse des taux d’intérêt", rappelle Jean-Marie Caucheteux, responsable de la recherche en actions chez Degroof.

Miser sur l’or?

"Ce contexte est aussi favorable aux matières premières, dont les prix risquent de reprendre le chemin de la hausse", ajoute Frank Vranken. Quid de l’or, souvent présenté comme un barrage contre l’inflation? Si l’inflation s’accompagne d’une hausse des taux d’intérêt, le métal jaune ne sera pas un bon choix car "le coût d’opportunité serait plus élevé", explique Frank Vranken. Il ne sera donc pas opportun d’investir dans l’or, qui ne produit aucun rendement, car ce qu’on gagnera à ne pas subir la dévaluation de la monnaie due à l’inflation ne sera pas plus élevé que ce qu’on perdra en ne plaçant pas ses sous dans un produit financier générant des intérêts.

0,56 %
L’inflation a atteint 0,56% en mai en Belgique, contre 0,29% en avril. Le Bureau du Plan tablait sur 0,42% ce mois-ci. Ceci illustre la remontée des prix attendue dans toute la zone euro

Mais "les banques centrales ont l’intention de faire remonter l’inflation tout en maintenant les taux d’intérêt très bas, indique Philippe Gijsels. On pourrait donc avoir une situation avec de l’inflation accompagnée de taux très bas pendant un certain temps". Dans ce cas, "ce sera le moment de prendre de l’or, affirme-t-il. Pour le moment, nous sommes neutres sur ce métal mais comme il présente une corrélation négative avec les autres classes d’actifs, il permet de diminuer le risque global. Actuellement, nous en avons 2% en portefeuille mais nous pourrons augmenter cette position si nécessaire".

Immobilier

L’immobilier pourrait, quant à lui, d’abord souffrir d’une remontée de l’inflation, si celle-ci s’accompagne d’une hausse des taux rendant les prêts hypothécaires plus chers. "Les sicafi souffriraient un peu mais celles dont la croissance du portefeuille est élevée résisteraient mieux, estime Frank Vranken. Mais dans un deuxième temps, le secteur immobilier comporterait sans doute des opportunités grâce à l’indexation des loyers."

Sur le marché obligataire, l’inflation est vue d’un mauvais œil car elle appelle une hausse des taux, synonyme de baisse des cours obligataires. Si on veut rester investi en obligations, il faudra opérer des choix. "S’il y a une classe d’actifs où il ne faut pas être en cas d’inflation, c’est dans les obligations à long terme, souligne Frank Vranken. Mieux vaut se situer sur la partie très courte de la courbe des taux. On risque de prendre une fessée si on est dans des durations longues." Autrement dit, ne prenez pas des obligations arrivant à maturité dans dix ans…

Obligations "high yield"

L’investisseur peut trouver une bonne alternative dans les obligations "high yield" (titres de dette émis par des entreprises obligées de proposer des taux d’intérêt élevés pour attirer les investisseurs parce que leur qualité de crédit n’est pas terrible). "S’il y a de l’inflation, c’est en général parce que l’économie va mieux et qu’il y a davantage de croissance; dès lors, les obligations ‘high yield’ vont surperformer parce que le risque de crédit (NDLR : risque de défaut de paiement) sera plus faible", indique Frank Vranken.

"Certes, on n’est plus dans le thème de la déflation. Mais y a-t-il pour autant un risque d’inflation? Pour moi, non."
Nicolas Forest
Candriam

Mais évitez les obligations liées à l’inflation. "Leur valeur actuelle tient déjà compte d’une inflation de l’ordre de 1,5% à 1,7%, explique Philippe Gijsels. Il faudrait que l’inflation monte au-delà pour que l’investisseur soit gagnant. Il est donc peut-être un peu tôt pour miser sur l’inflation par ce biais-là."

Par contre, "on peut opter pour des obligations qui comportent un coussin permettant d’amortir l’inflation, signale Nicolas Forest. Par exemple, miser sur les obligations américaines permet de jouer le thème de la hausse du dollar. Idem pour les obligations émergentes, dans les pays où un rebond des prix des matières premières pourrait soutenir les devises."

Actions cycliques

Mais la classe d’actifs à privilégier en cas de reflation, ce sont les actions. Et là, il est encore possible de distinguer selon les secteurs. "Les valeurs qui bénéficieraient le plus de l’inflation sont celles qui sont plutôt liées à l’activité économique parce que l’inflation traduit souvent une activité économique en amélioration, explique Jean-Marie Caucheteux. Les valeurs cycliques seraient bien positionnées."

"Nous misons déjà sur ce thème à travers les banques, reconnaît Philippe Gijsels. Mais d’autres secteurs devraient bénéficier d’un retour de l’inflation, notamment l’acier ou encore le cuivre." Frank Vranken cite, lui aussi, le secteur de la construction.

Actions de la distribution

"Si on est en présence d’une ‘bonne’ inflation, c’est-à-dire une hausse de l’indice des prix qui n’est pas uniquement guidée par les prix énergétiques, c’est positif pour des valeurs du secteur retail, telles que Delhaize , poursuit Jean-Marie Caucheteux. Mais si l’inflation est surtout due à une progression des prix des matières premières et qu’elle ne s’accompagne pas d’une franche reprise économique, ce sont surtout les sociétés qui sont présentes sur les marchés internationaux qui en bénéficieraient."

"Mieux vaut se situer sur la partie très courte de la courbe des taux. On risque de prendre une fessée si on est dans des obligations de longues durations."
Frank Vranken
Puilaetco Dewaay

Par contre, l’inflation ne profiterait pas aux valeurs plus défensives. "Les valeurs insensibles aux cycles, comme les pharmaceutiques telles qu’UCB, n’en tireraient pas parti, précise Jean-Marie Caucheteux. Ça ne veut pas dire qu’elles souffriraient de l’inflation mais bien qu’elles n’en bénéficieraient pas plus que d’autres: leur comportement boursier ne présente pas une grande corrélation avec l’inflation." "Les secteurs où les cash flows (NDLR : flux de trésorerie) récurrents à long terme sont plus importants, seraient davantage pénalisés, ajoute Frank Vranken. C’est notamment le cas des valeurs de l’alimentation, comme AB InBev ou Nestlé. Ces valeurs ont bien performé quand on cherchait plus de sécurité."

Les investisseurs auront du travail pour rebalancer leurs portefeuilles si le retour de l’inflation se confirme.

[Suivez Philippe Galloy sur Twitter en cliquant ici]

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