L'Italie crée un fonds de soutien au secteur bancaire de 5 milliards

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L'Italie pourrait créer un fonds de soutien pour son secteur bancaire en crise.

Croulant sous le poids de créances douteuses – près de 200 milliards d’euros, selon la banque centrale d’Italie –, les banques italiennes avaient vu leurs actions perdre la moitié de leur valeur à la Bourse de Milan depuis le début de cette année. Voire davantage.

Banco Popolare SC , Monte dei Paschi di Siena et Unione di Banche Italiane ont compté parmi les plus chahutées. Elles avaient plongé de plus de 50%. Soit davantage que Deutsche Bank à Francfort ou Credit Suisse à Zurich, dont les pertes approchent les 40%. Unicredit, Banca Popolare dell’Emilia Romagna, Banca Popolare di Milano avaient perdu de leur côté le tiers de leur valeur.

Le énième rebond des actions bancaires opéré hier – entre 2 et 10% – à la Bourse de Milan sera-t-il cette fois le bon? Sans doute. Hier soir, le ministère italien de l’Economie et des Finances a annoncé la création d’un fonds d’un montant de cinq milliards d’euros, "qui garantira les recapitalisations des banques" du pays ainsi que "l’acquisition de créances douteuses", selon des informations de l’agence économique Radiocor.

Trop de dividendes

"Les banques ont tendance à trop privilégier la rémunération de leurs actionnaires", a déclaré Hyun Song Shin, un économiste de la Banque des règlements internationaux (BRI) lors d’un discours récemment prononcé à Zurich. "Elles feraient mieux de consacrer une partie plus importante de leurs profits à renforcer leurs fonds propres, a-t-il ajouté, et ainsi être mieux à même d’octroyer des crédits, y compris dans les phases de turbulences économiques".

Prenant en compte un panel de 90 banques, l’économiste de la BRI a calculé que 75% des 261 milliards d’euros de profits qu’elles ont accumulés entre 2007 et 2014 ont été voués aux versements des dividendes.

Pour l’économiste, cette observation "doit être un sujet de préoccupation pour les banques centrales". Il estime que ces dernières doivent pouvoir compter sur des banques bien capitalisées, et ainsi être capables d’augmenter leurs prêts quand elles ajustent leur politique monétaire pour stimuler le crédit.

L’une des premières actions de cette nouvelle structure sera d’intervenir dans la recapitalisation de la Banca Popolare di Vicenza en attendant celle de Veneto Banca, en juin, selon Radiocor.

La rumeur de la création de ce fonds circulait depuis dimanche. Le Trésor italien et la Banque d’Italie devaient en effet rencontrer hier les exécutifs des principales banques de la place italienne, telles qu’UniCredit et Intesa Sanpaolo, dans le cadre de discussions devant aboutir à la création de ce fonds de soutien financier.

Le gouvernement italien, qui voulait que ce fonds soit détenu en majorité par des investisseurs privés afin de se conformer aux règles européennes en matière d’aides publiques, se montrait pour sa part assez pressé d’apaiser les craintes concernant son système bancaire. Cela permettrait de redynamiser la confiance des investisseurs dans la troisième plus importante économie de la zone euro.

Maintien des dividendes

Le premier test de ce véhicule de sauvetage financier sera l’augmentation de capital de 1,76 milliard d’euros de Banca Popolare di Vicenza. Celle-ci, qui doit être bouclée d’ici au 10 mai, suscite pour l’instant une faible demande. UniCredit est la seule institution à ce jour à garantir cette opération. La banque avait déjà indiqué la semaine passée être disposée à investir dans ce véhicule de sauvetage, à condition qu’il soit mis en place pour soutenir l’ensemble du secteur et pas seulement quelques banques.

Enfin, cela peut paraître surprenant, mais en dépit des incertitudes qui courent sur le secteur bancaire italien, la plupart des banques s’apprêtent à rémunérer leurs actionnaires. Sur les 9 que compte l’indice Stoxx 600 de ce secteur, 8 ont pris cette décision. Seule Banca Monte dei Paschi di Siena , qui a augmenté son capital à 3 reprises depuis 2011, ne distribuera pas de dividende.

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