L'or baisse (de peu) pour la deuxième année consécutive

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Il y a comme un petit goût de pétrole dans l’or cette année. Et l’an prochain, ce sera un soupçon de taux américains. Sous pression, le métal jaune a terminé l’année sur un recul de près de 2%.

Un placement en or a-t-il rapporté en 2014? Après une longue série de hausses sans interruption durant des années, puis une très mauvaise année 2013 (-28%), le métal jaune affiche un bilan légèrement négatif malgré les mouvements de yo-yo imposés notamment par la chute des produits pétroliers.

à devise constante, c’est-à-dire dans sa monnaie d’achat qui est le dollar, l’once d’or a reculé de 1,74% entre le 1er janvier 2014 et le 31 décembre 2014, passant de 1.205 dollars à 1.184 dollars.

Certes, le métal précieux a perdu de son éclat, lorsqu’il était le roi des valeurs refuge en plein tourments boursiers et obligataires. Mais l’investisseur qui aurait acheté un lingot il y a dix ans reste largement bénéficiaire, puisqu’il pourrait le revendre à trois fois son prix d’achat (l’once valait 412,70 dollars fin 2004), soit une plus-value de 189%.

Jouer sur le change

ça, c’est en dollars. Car si notre investisseur a acheté son lingot en euros (319 euros l’once en 2004), sa plus-value sur dix ans grimpe alors à 208%. Et grâce en particulier à la hausse du dollar cette année (+ 12% par rapport à la monnaie européenne), son placement en or sur la seule année 2014 lui aura rapporté 12%, une progression digne d’un très honorable parcours boursier.

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Le pétrole s’en mêle

En perdant contre toute attente près la moitié de sa valeur ces derniers mois, le pétrole a entraîné la culbute les autres matières premières, dont font partie l’or, l’argent (-22% en 2014, à un plus bas de plus de 5 ans) ou encore le platine (-15%) et le palladium (+ 11%).

Le pétrole a en effet un poids important dans les indices de matières premières. Il pourrait toutefois jouer un rôle positif pour l’or ces prochains mois, du fait d’une demande accrue dans des pays friands d’or comme la Chine ou l’Inde (voir ci-dessus).

La Grèce aussi

Grâce à la hausse du dollar, un acheteur d’or en euros aura gagné plus de 10% en 2014. Et pas moins de 208% en dix ans.

Si l’or a limité les dégâts en 2014, c’est aussi grâce à la baisse des indices boursiers en fin d’année, un phénomène qui a aussi favorisé les obligations d’État jugées sûres, comme le Bund allemand. Cette aversion accrue au risque s’est surtout matérialisée lorsqu’il est apparu que la Grèce présentait à nouveau un risque important de cessation de paiement, suite à l’annonce d’élections anticipées.

"Un dollar moins fort, de l’incertitude en Grèce et des actions qui redescendent sont autant de supports au prix de l’or", résume Phil Streible, stratégiste chez RJO Futures à Chicago.

L’or avait connu des sommets historiques lorsque les marchés se sont inquiétés d’un risque de réaction en chaîne dans la zone euro, les difficultés de la Grèce pouvant entraîner la chute des autres pays dits de l’Union monétaire, comme l’Italie, l’Espagne et le Portugal.

Les taux de référence de ces pays dits "périphériques" s’étaient alors envolés. Le Bund et l’or avaient joué les refuges.

Après avoir été plombé par la chute du pétrole et fini l’année 2014 sur une maigre hausse, le métal jaune devrait continuer à être tiré vers le bas par le spectre d’une probable hausse des taux directeurs de la Réserve fédérale américaine (Fed).

À la fin du mois de décembre, "la Réserve fédérale américaine a rassuré les investisseurs en laissant entendre qu’elle commencerait à augmenter les taux d’intérêt l’année prochaine, ce qui va encourager le dollar et confirmer le sentiment baissier pour le métal", explique Jameel Ahmad, analyste chez FXTM.

Toute bonne nouvelle concernant la première économie mondiale tend à éloigner les investisseurs en or, considéré comme une valeur refuge.

Quant au rôle du pétrole, il est plus difficile à analyser: "la chute du pétrole pourrait réduire la demande de matières premières en général, et particulièrement l’or, (…) car le pétrole a un gros poids dans les indices de matières premières, ce qui va globalement affaiblir l’intérêt des investisseurs pour cette classe d’actifs", notent les analystes de Capital Economics.

Capital Economics souligne cependant que la baisse des prix du pétrole pourrait avoir un effet bénéfique sur l’activité économique, notamment en Chine et en Inde, "les deux plus gros marchés pour l’or".

"À la fin de l’année 2015, le prix de l’or pourrait grimper à 1.250 dollars l’once, soutenu par une demande ravivée en Chine", notent aussi les experts de Commerzbank.

L’argent devrait logiquement suivre la même tendance que l’or. "La force du dollar, les tendances désinflationnistes, les prix faibles des matières premières en général, et notamment du pétrole, se reflètent dans la demande stagnante d’argent", soulignent les analystes d’HSBC.

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