La Banque d'Angleterre agit jusqu'en… Australie

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Les baisses de taux des grandes banques centrales poussent à investir dans des pays offrant des taux d’intérêt plus élevés. Ce qui a des effets sur leurs obligations mais aussi sur leurs devises.

Avec leurs politiques monétaires très souples, les principales banques centrales de la planète provoquent des réactions sur des marchés hors de leurs juridictions respectives, une tendance que l’on a encore observée cette semaine après la décision de la Banque d’Angleterre. Jeudi, cette dernière a réduit son principal taux directeur à 0,25%, un plancher historique et a aussi prévu des achats d’actifs.

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Ces mesures, avant tout destinées à soutenir l’économie britannique en faisant pression sur ses taux d’intérêt, ont toutefois largement débordé les frontières du Royaume-Uni. Les taux d’intérêt des obligations gouvernementales des Etats-Unis ont battu en retraite: alors que le taux des Treasuries à dix ans se situait encore à 1,54% mercredi soir, il s’est retrouvé à 1,49% vendredi.

On a aussi noté des effets parmi les obligations de la zone euro. Ainsi, le taux des obligations à dix ans de l’État italien est tombé à 1,14% vendredi, contre 1,22% mercredi, et celui de l’Espagne à 1,02%, contre 1,09%.

25%
La baisse des taux dans plusieurs pays occidentaux a conduit les investisseurs à investir dans des titres brésiliens, plus rémunérateurs. Ce "carry trade" a rapporté plus de 25% en 2016…

Le réal rémunérateur

Plus étonnant: les taux d’intérêt australiens ont également diminué, passant de 1,95% à 1,87% vendredi. Ces mouvements ont une explication très simple: sachant que la Banque d’Angleterre fait baisser les taux au Royaume-Uni, les investisseurs se tournent vers les obligations d’autres pays, qui offrent des rendements plus élevés. Mais cette hausse de la demande pour ces obligations étrangères fait grimper leurs cours et, par ricochet, baisser leurs taux. Ces flux financiers provoquent aussi des variations sur le marché des changes. Vendredi, le dollar australien a grimpé à son plus haut niveau face à la livre sterling depuis novembre 2013. La recherche de rendement conduit aussi les investisseurs au Brésil, où le réal est en forme olympique: il a atteint 3,16 pour un dollar vendredi, ce qui n’était plus arrivé depuis plus d’un an.

"Quelle preuve supplémentaire faut-il pour conclure que l’assouplissement quantitatif des banques centrales fait baisser les taux obligataires mondiaux partout de São Paulo à Canberra?", interroge Frank Vranken, chef stratégiste chez Puilaetco Dewaay.

C’est ce qu’on appelle le "carry trade": les investisseurs empruntent dans une devise où les taux sont bas pour investir dans une autre monnaie où les taux sont plus élevés (ou plutôt, moins bas…). D’après l’agence Bloomberg, ce petit jeu a rapporté beaucoup aux investisseurs qui ont misé en début d’année sur le réal brésilien (+ de 25% de gains) ou encore le rouble russe (+ 19%). Ils peuvent remercier les banques centrales…

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