La Banque d'Angleterre risque de provoquer de la panique

©Bloomberg

La Banque d’Angleterre s’apprête à publier ce jeudi le compte rendu de sa réunion de politique monétaire, quelques minutes après son communiqué. Une première pour une banque centrale, qui risque de mal passer.

La Banque d’Angleterre va inonder les marchés d’un flux d’informations. Ce jeudi, au terme de sa réunion de politique monétaire, elle publiera ses minutes, quelques instants après que Mark Carney, le gouverneur de la BoE, a terminé sa conférence de presse. Aucune autre banque centrale ne procède de la sorte. Généralement, elles publient un communiqué à l’issue de leur réunion de politique monétaire. Les minutes, qui désignent le compte rendu de cette réunion, ne sont dévoilées que quelques semaines après.

"Cette instantanéité peut provoquer une grande volatilité des marchés."
Ross Walker
Économiste, RBS

Les analystes s’attendent à ce que ce "Super Thursday" soit synonyme de grande volatilité sur les marchés. "Mark Carney veut condenser les informations sur une journée pour réduire la spéculation entre la publication du communiqué et des minutes, mais cette instantanéité signifie que les investisseurs vont disposer de toutes les informations en main en quelques secondes. Cela pourrait conduire à des grandes fluctuations sur les marchés au moment de la publication des minutes, mais moins de volatilité à plus long terme" souligne Philip Rush, économiste chez Nomura International à Londres.

Toutefois, la BoE laissera 45 minutes aux intervenants sur les marchés entre son communiqué de presse et ses minutes. Un laps de temps bien accueilli par les économistes. "Cela va donner du temps pour digérer le contenu, et même bénéficier au gouverneur indique Ross Walker, économiste chez Royal Bank of Scotland. Mark Carney va disposer de temps après le communiqué de presse pour pouvoir observer la réaction du marché. Si quelque chose ne va pas, ou si la réaction du marché est excessive, la BoE pourra ajuster le tir."

Hausse des taux?

Le moment choisi par la BoE pour ces informations condensées est délicat. Car elle envisage de relever ses taux d’intérêt, actuellement fixés à 0,50% depuis six ans. Mark Carney a déclaré que l’ère des taux d’intérêt au plancher touche à sa fin. De plus, la BoE devrait réduire le nombre de réunions de politique monétaire de 12 à 8 à partir de l’année prochaine, sous réserve de l’approbation du Parlement. De l’avis de certains économistes, cette réduction pourrait compliquer le marché des contrats financiers liés aux réunions de politique monétaires. "Ce n’est pas le moment idéal, car la BoE ne veut pas donner de calendrier pour un relèvement de ses taux d’intérêt" constate Ross Walker.

Les économistes ne s’attendent pas à une remontée des taux d’intérêt, de 0,25%, de la BoE avant mai 2016.

Ils prédisent que des neuf membres du comité de politique monétaire, deux demanderont à relever les taux d’intérêt. Lors de la précédente réunion de la BoE, les neuf membres ont voté unanimement pour un statu quo.

La délicate question de la livre sterling

"Mark Carney a intérêt à se montrer toujours ultra-accommodant, parce que sinon, cela pourrait se retourner contre la BoE, estime John Wraith, spécialiste taux chez UBS. Les chances de la BoE de relever les taux d’intérêt pourraient s’améliorer si elle peut suggérer cela délicatement aux marchés. Si elle se montre trop brusque, en déclarant qu’elle relèvera ses taux d’intérêt d’ici la fin de l’année, la livre sterling pourrait encore monter de 5% face aux autres devises, ce qui rendrait leur tâche compliquée."

La devise britannique est la seule monnaie principale à s’être appréciée face au dollar, alors que le billet vert s’est lui-même renforcé, sur les trois derniers mois. Le dollar est lui-même sous pression alors que le marché anticipe une remontée des taux d’intérêt, la première depuis 2008, de la Réserve fédérale américaine en septembre.

Face à l’euro, la livre sterling s’est appréciée de plus de 2% en trois mois, à 1,41 euro.

Comme pour l’économie américaine, la Grande-Bretagne peut souffrir de sa devise forte. Les récents chiffres de l’activité manufacturière publiés au début de cette semaine montrent l’impact de la livre sterling. Les entreprises britanniques ont vu leurs exportations diminuer pour le quatrième mois consécutif en juillet, selon les données de Markit Economics, alors que la livre sterling a atteint son plus haut niveau depuis sept ans face à un panier de devises de référence.

Selon Robin Marshall, directeur taux chez Smith & Williamson Investment Management, une firme de gestion basée à Londres, la clé repose sur la communication de la BoE. "Elle devrait indiquer qu’elle ne veut pas augmenter les taux d’intérêt sur le long terme, ou qu’elle va disperser le timing des remontées de taux", estime-t-il. Le "Super Thursday" s’annonce donc périlleux pour la livre sterling.

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