La Fed va modifier sa politique monétaire, qui va en profiter?

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La Fed devrait relever son taux directeur ce mercredi. Fait rare, investisseurs et économistes s’accordent sur ce point.

La pire des choses qui pourrait survenir ce mercredi pour les marchés financiers, c’est que la Banque centrale américaine (Fed) décide finalement de ne pas modifier sa politique monétaire. Le dollar et Wall Street risquent de piquer du nez, et les taux obligataires US de refluer.

"Nous ne sommes pas dans une situation de surchauffe économique."
Sylviane Delcuve
Senior economist chez BNP Paribas Fortis

On ne rencontre aujourd’hui personne sur les marchés qui appréhende un tel scénario. Le fait est rare pour être souligné: les investisseurs et les économistes sondés par Bloomberg s’accordent en effet sur l’idée d’un tour de vis monétaire ce soir à New York. Réunis depuis hier pour deux jours, les membres du Comité de politique monétaire de la Fed pourraient conclure leur rencontre en décidant d’une hausse de la fourchette du taux d’intervention de 0,25% à 0,75%-1%. Conséquence de cette harmonie existant entre les investisseurs et les économistes, l’indice VIX, celui qui mesure les inquiétudes du marché, évolue dans des marges étroites, et à des niveaux planchers.

Par étapes

Que se passerait-il maintenant en cas de hausse des taux? Doit-on s’attendre à tout le contraire? À un envol du dollar et de Wall Street? À une montée des rendements obligataires? Cela, d’autant que la Fed confirmera presqu’à coup sûr envisager deux hausses supplémentaires de taux d’ici la fin de 2017.

Sur ce scénario, les prévisionnistes font preuve de moins d’unanimité. Tout dépendra, estiment certains, de l’analyse que la Fed fera de l’état de l’économie américaine. Si elle apparaît trop enthousiaste, cela donnerait à penser qu’elle risque d’être amenée à accélérer la cadence des hausses de taux. Ce qui effrayera les marchés.

Ce risque est cependant peu élevé. Car, comme le souligne Sylviane Delcuve, senior economist auprès de BNP Paribas Fortis, en réaction aux statistiques économiques encourageantes publiées outre-Atlantique la semaine passée, "la situation est moins rose qu’il n’y paraît à première vue", ajoutant notamment que "nous ne sommes pas dans une situation de surchauffe économique, comme ce fut parfois le cas dans le passé. La Fed procédera par étapes dans son changement de politique monétaire".

Ce que la Fed dira

Un processus que partage Charlie Dreifus, directeur de la gestion de portefeuille chez Royce & Associates. Dreifus ajoute que la Fed indiquera néanmoins observer "une nouvelle amélioration de l’économie et qu’elle estime que cette tendance peut se poursuivre. L’un des rares développements qui pourraient stimuler le cours des actions est une poursuite de la croissance américaine qui ferait augmenter les revenus".

Une hausse des taux semble donc plutôt constituer un signal positif cette fois pour les investisseurs en actions. Du côté des bons du Trésor américain, les spécialistes se montrent aussi plutôt confiants. "Le marché de la dette émise par les Etats-Unis a largement anticipé une remontée des taux de la Fed", soutient Han Thant, gérant chez Standish. "L’évolution des rendements des bons du Trésor devrait rester contenue", dit-il. Le rendement de celui à deux ans, qui tournait autour de 0,50% à l’été 2016, se situe actuellement à 1,38%. Dans le même temps, celui à 10 ans est passé de 1,5% à 2,61%.

Et le dollar? On a coutume de dire que le billet vert ne profite pas nécessairement d’une hausse des taux directeurs. Ou inversement il n’est pas affecté par une baisse des taux. Au cours des 30 dernières années, on observe qu’il a tendance à suivre – avec retard dans le temps toutefois – les décisions prises par la Fed. "Pour l’heure c’est vrai, il existe une série d’obstacles qui rendent difficile une poursuite du rally du dollar. Mais je ne suis pas convaincu qu’il y a suffisamment de motifs pour le voir baisser sensiblement", avoue Jeremy Cook, chief economist auprès de World First UK, cité par Bloomberg. "La croissance aux USA, la hausse de taux d’intérêt et les mesures de relance économique que s’apprêtent à décider Trump doperont la plus grande économie mondiale par rapport aux autres, tandis que les risques politiques ailleurs dans le monde favoriseront l’attrait des actifs américains."

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