La Suède entre en taux négatifs

Stefan Ingves (à droite), gouverneur de la Riksbank, après l’annonce de la baisse de taux. ©EPA

La banque centrale suédoise rejoint la Suisse et la BCE dans le club des taux de dépôt négatifs. Elle tente de contenir l’évolution de sa devise alors que la BCE s’apprête à inonder le marché d’euros.

La Riksbank, la banque centrale suédoise, a abaissé ce jeudi à -0,10% son taux de dépôt. Elle a également annoncé se lancer dans un programme de rachat d’obligations de 1 à 5 ans pour dix milliards de couronnes suédoises (1 milliard d’euros). Elle rejoint ainsi le club des banques centrales à avoir porté en négatif leur taux de dépôt. La Banque Nationale Suisse a abaissé à -0,75% son taux de dépôt. La banque centrale danoise a diminué à -0,5% son taux de dépôt. Celui de la Banque centrale européenne a été porté à -0,2%. "On se doutait déjà, le 15 janvier, lorsque la BNS a annoncé la baisse de ses taux d’intérêt, que d’autres pays suivraient, à commencer par le Danemark, mais aussi la Suède", souligne Alexandre De Groote, administrateur délégué de Petercam Institutional Bonds. "Avec le quantitative easing de la Banque centrale européenne qui s’annonce en mars, une masse énorme d’euros va se déverser sur les marchés, et cela risque de peser sur ces devises. Pour se prémunir, les banques centrales suisse, danoise et suédoise ont porté en négatif leur taux de dépôt", ajoute-t-il.

1.200 milliards €
Le montant des obligations d’État de la zone euro en taux négatif a atteint 25% du marché obligataire depuis le début de l’année.

La Riksbank se bat contre la déflation en Suède. Elle tente par tous les moyens de relancer son inflation vers les 2%, à l’image de ce qu’entreprend la BCE pour éviter à la zone euro de tomber en déflation. Seule la Banque d’Angleterre ne se lance pas sur le même terrain. Mais comme le note Alexandre De Groote, "la Grande-Bretagne, tout comme les Etats-Unis, se trouve dans une phase expansionniste de son économie. La Banque d’Angleterre a d’ailleurs annoncé que ses taux d’intérêt vont remonter"(lire ci-dessous).

Ricochet sur les obligations

©mediafin

Cette politique de taux de dépôt négatif pousse les investisseurs à ne plus détenir de cash et à réinvestir. Mais elle pousse aussi à une baisse des taux obligataires, car les investisseurs continuent de se réfugier dans les emprunts d’État, parfois parce qu’ils n’ont pas le choix pour des exigences de régulation. Résultat, près de 25% des obligations d’État dans la zone euro ont désormais des taux négatifs, soit 1.200 milliards d’euros, selon les calculs de Bank of America/Merrill Lynch. "Les investisseurs achètent des obligations à taux négatifs parce qu’ils cherchent la sécurité. Et dans un environnement unique où le taux de dépôt de la BCE est négatif, l’argent déposé auprès de celle-ci coûte de l’argent, plus que ce que coûtent les emprunts d’État", souligne David Zahn, responsable des obligations européennes chez Franklin Templeton. La pression monte sur les taux obligataires européens. Alexandre De Groote, tout comme David Zahn, voit une compression des écarts de rendement entre le Bund allemand et les obligations des pays périphériques. Mais Alexandre De Groote ne voit pas le Bund allemand à dix ans tomber en négatif. "Cela signifierait que la croissance de la zone euro n’est pas là. Et ça, je n’y crois pas", indique-t-il.

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