analyse

Le marché des IPO reste ouvert... mais gare aux valorisations

©Mathieu Paternoster

Plusieurs reports d'introduction en Bourse ou des entrées "ratées" ont marqué l'actualité des bourses européennes ces dernières semaines alors que le nombre d'IPO est sensiblement moins élevé que l'an dernier. Revenons-nous à une période de fermeture du marché des IPO?

Bien que plus difficile et plus sélectif, le marché des introductions en Bourse reste ouvert en dépit du report de la mise sur le marché d'EDF Luminus ou, chez nos voisins français, de l’échec de Deezer. Autre exemple négatif, à la Bourse de Paris, le titre Showroomprivé.com a chuté pour ses premiers pas en Bourse. A l'inverse, l'entrée de KKO à Bruxelles et Paris s'est réalisée avec brio. L'action du producteur de fèves de cacao a pris 16,6% pour sa première séance.

©REUTERS

Face à ces exemples et contre-exemples, les spécialistes des marchés de capitaux ne redoutent pas une fermeture brutale des IPO comme cela fut le cas au quatrième trimestre de l'an dernier. L'absence de tensions et de volatilité excessives sur les marchés d'actions maintient, selon eux, un environnement toujours favorable aux introductions en Bourse.

A charge pour les candidats aux IPO d'être plus raisonnables sur les niveaux de valorisation attendus. "Le fait que Showroomprivé.com sorte montre clairement que les marchés ne sont pas fermés", souligne Philippe Kubisa, associé chez PricewaterhouseCoopers (PwC) et spécialiste des marchés de capitaux. "Les conditions de marché permettent des introductions en Bourse. Il n'y a ni volatilité ni tensions excessives sur les marchés. Il faut par contre faire des efforts et être plus raisonnable sur les valorisations pour permettre aux opérations de sortir dans de bonnes conditions", poursuit-il.

"Il ne faut pas regarder que les performances immédiates d'une introduction en Bourse, il faut prendre davantage de recul et juger les performances boursières après quelques semaines."
Cyril Revenu
HSBC

Prendre du recul

©Mathieu Paternoster

La Belgique et la France ne sont pas les seuls pays européens à connaître des IPO plus difficiles. Les dernières introductions en Bourse en Allemagne ont aussi été plus poussives. Des groupes allemands comme le transporteur maritime Hapag-Lloyd ou le fabricant de plastique Covestro, ont aussi dû revoir à la baisse leurs ambitions lors de leur IPO pour séduire des investisseurs devenus plus sélectifs.

En France, Showroomprivé, qui avait déjà fixé le prix de son action dans le bas de la fourchette initialement prévue, a lâché vendredi près de 10% lors de sa première journée de cotation. "Il ne faut pas regarder que les performances immédiates d'une introduction en Bourse, il faut prendre davantage de recul et juger les performances boursières après quelques semaines", explique Cyril Revenu, responsable des marchés primaires actions chez HSBC France.

670 IPO
En 2000, l'année de l'éclatement de la bulle internet, 670 IPO ont été recensées sur l'ensemble de l'année, dont 581 IPO entre janvier et octobre 2000 et 670. Actuellement, on est encore loin de l'euphorie qui prévalait avant l'éclatement de la bulle internet. En Europe, 166 IPO ont été recensées depuis janvier 2015 contre 203 un an plus tôt.

"Pas la fin du monde"

L'offre publique de vente de Japan Post ainsi que de ses filiales de banque et d'assurances a été sursouscrite plus de cinq fois dans le cadre de qui sera la plus importante introduction en Bourse au Japon en 30 ans.

Japan Post ainsi que Japan Post Insurance et Japan Post Bank feront leurs premiers pas en Bourse ce mercredi, des transactions qui permettront à l'Etat japonais de lever 1.400 milliards de yens (10,5 milliards d'euros). Au total, les ordres pour les titres des trois entités représentent 8.600 milliards de yens, soit plus de 7.000 milliards de plus que ce qui est mis en vente.

Dans l'espoir que les petits épargnants recommencent à investir en Bourse à la faveur de la mise sur le marché de l'un des noms les plus rassurants du pays, l'Etat a réservé 80% des titres mis en vente aux investisseurs locaux.

"Le 'pricing' est très important", insiste Philippe Kubisa. "Depuis un ou deux ans, ce qu'on observe de manière générale, c'est qu'on est sur des bas de fourchette." Le premier semestre n'a d'ailleurs pas échappé à la règle. Après avoir reporté son IPO fin 2014, Elis s'est introduit dans le bas de la fourchette de prix, tout comme Europcar. Spie a en revanche retenté sa chance en retenant un prix dans la moitié haute de la fourchette proposée aux investisseurs.

Avec l'échec de Deezer et d'EDF Luminus, le lancement de l'IPO d'Oberthur , le spécialiste français des cartes à puces, aura valeur de test pour mesurer l'appétit des investisseurs pour les valeurs technologiques. "Echouer ou reporter une IPO n'est pas la fin du monde", relativise l'associé de PwC. "C'est toujours navrant parce que cela peut cristalliser des difficultés à coter en Bourse des entreprises technologiques."

En Europe, 166 IPO ont été recensées depuis janvier contre 203 un an plus tôt. On est encore loin de l'euphorie qui prévalait avant l'éclatement de la bulle internet avec les 581 IPO entre janvier et octobre 2000 et 670 sur l'ensemble de l'année.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés