chronique

Le retour du controversé indice de la peur

Rédacteur en chef-adjoint

Tout était trop calme… L’indice de la peur, le Vix, a bondi en milieu de semaine. Cela grâce à Donald Trump qui est plus que jamais "l’homme qui fait bouger les marchés".

"When Vix is high, it’s time to buy. When Vix is low, it’s time to go." Eh oui, encore un dicton boursier très à la mode…

Certains observateurs se plaignaient amèrement que l’indice de la volatilité, le Vix (pour "volatility index"), également appelé l’indice de la peur, était désespérément bas ces dernières semaines. Cela témoignait, selon eux, de la trop grande complaisance des investisseurs vis-à-vis de la Bourse. Les investisseurs ne percevaient plus adéquatement les risques après des semaines de progression des marchés et des signes de surévaluation manifeste des indices, disait-on. Et cela devait forcément mal se terminer à la moindre mauvaise nouvelle.

Cette mauvaise nouvelle s’appelait Donald Trump. Les révélations sur ses différents problèmes (FBI, liens avec la Russie…) ont plongé les investisseurs dans le doute. Ira-t-il au bout de son mandat? Sera-t-il en mesure de mettre en place ses réformes économiques?

Le problème, c’est que le Vix n’est pas toujours un indicateur parfaitement fiable..

Mercredi, les grands indices américains ont décroché, avec des reculs de 1,8% pour le Dow Jones et le Standard&Poors’500 et de 2,6% pour le Nasdaq, soit les pires séances sous l’ère Trump.

Exit dès lors le "Trump rally". Place au "trump dump" (liquidation) ou "trump slump" (marasme). C’est clair, le Président américain est l’homme qui fait bouger les marchés.

Le fameux Vix a en tout cas repris de la hauteur. Cet indicateur de la volatilité est calculé par le marché des options de Chicago, sur la base des options d’achat (call) et options de vente (put) sur l’indice Standard&Poor’s 500. Mercredi, en l’espace d’une seule journée, le Vix est passé de 10,65 à 15,50, soit une progression de 45%!

Récemment, ce même Vix était tombé sous les 10, considéré comme un niveau d’alerte. "Quand l’indice Vix est trop bas, c’est le moment de vendre…", dit l’adage.

Le problème, c’est que le Vix n’est pas toujours un indicateur parfaitement fiable pour prévoir les mouvements boursiers. Loin de là.

Une volatilité très basse avait déjà été constatée fin 2006-début 2007. Comme chacun sait, cela s’est très mal passé ensuite. Mais la crise de 2007-2008 n’était nullement liée à une quelconque surévaluation boursière, mais bien liée aux subprimes qui ont gangrené le bilan des banques.

Historiquement, les chiffres les plus élevés pour le Vix – des niveaux de 40 à 60, voire même 80 – ont été constatés au moment des grandes crises: 1998 (crise russe et déroute du fonds LTCM), 2001 (les attentats du 11 septembre), 2002 (scandale Enron & Cie), 2008 (chute de Lehman et crise des subprimes).

En 1987, l’année du krach boursier, sur la base de chiffres qui ont été recalculés, le Vix serait même monté à 150!

Avec des pincettes

Une étude de la Deutsche Bank citée par le journal Les Echos nous invite à prendre le Vix avec des pincettes en tant qu’indicateur prévisionnel de la Bourse. Le stratégiste Jim Reid montre ainsi que les meilleures performances boursières de l’indice S&P 500 sont intervenues à la suite d’épisodes de très faible ou au contraire de très forte volatilité.

Historiquement, la performance du S&P 500 est la meilleure quand le Vix affiche un chiffre supérieur à 29. Dans ce cas de figure, l’indice S&P 500 a enregistré, sur un an, une hausse moyenne de 15 à 20%.

Mais lorsque la volatilité est très basse, précisément comme aujourd’hui, la performance est également favorable. Ainsi lorsque le Vix se situe entre 11 et 16, la performance moyenne atteint 10 à 15% sur un an. En réalité, les performances les moins bonnes sont réalisées lorsque la volatilité est comprise entre 18 et 26.

Vendredi, en cours de journée, le Vix était revenu à un niveau de 12. "Trop bas et dangereux", affirmeront les uns. "Un niveau qui reste favorable à la Bourse", souligneront les autres sur la base des chiffres de la Deutsche Bank.

En un mot comme en cent, méfions-nous de ce Vix comme indicateur.

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