Les achats de la BCE sont imminents

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La Banque centrale européenne doit mettre en œuvre son programme d’achats d’actifs dans les jours qui viennent.

Comment va-t-elle s’y prendre et quelles seront les conséquences de cette opération sans précédent? Décryptage de cette mesure non conventionnelle de politique monétaire.

En quoi consiste ce programme?

Officiellement appelée "Expanded asset purchase programme" (EAPP), soit programme étendu d’achats d’actifs, cette mesure de politique monétaire est inédite dans la zone euro. Par contre, elle est bien connue aux Etats-Unis où, sous l’appellation "quantitative easing" (QE), elle a été utilisée depuis le début de la crise financière pour prendre fin en octobre dernier.

L’EAPP consiste, pour la Banque centrale européenne (BCE), à acheter des obligations gouvernementales des États de la zone euro, à concurrence de plusieurs centaines de milliards d’euros, de mars 2015 à septembre 2016. Selon Credit Suisse, les achats débuteraient le 6 ou le 9 mars.

Quel est l’objectif?

En achetant des obligations étatiques, la BCE compte faire progresser le cours de celles-ci sur les marchés. Or, la hausse du prix d’une obligation provoque, de façon mécanique, une baisse de son taux de rendement: le coupon payé sur une obligation devient proportionnellement moins grand si la valeur du titre augmente.

Cette baisse de taux induite par les achats de la BCE est censée orienter l’argent des investisseurs vers d’autres actifs plus rémunérateurs, comme les actions. Cet afflux de liquidités vers le capital à risque est censé stimuler l’activité économique. En effet, plus les taux sont bas, plus les investissements et la consommation sont favorisés. Le tout devrait soutenir l’inflation, objectif ultime de la BCE. L’EAPP se justifie principalement par la lutte contre le risque de déflation.

1.140 milliards €
La BCE compte acquérir des actifs financiers à hauteur de 60 milliards d’euros par mois, de mars 2015 à septembre 2016, soit 1.140 milliards d’euros en tout.

Comment procédera la BCE?

La BCE a prévu d’acquérir des actifs financiers à hauteur de 60 milliards d’euros par mois pendant 19 mois. Mais ces 1.140 milliards d’euros ne seront pas intégralement consacrés aux achats d’obligations gouvernementales. Les achats — déjà en cours — de créances titrisées et d’obligations sécurisées feront partie de l’EAPP.

D’après les analystes de Royal Bank of Scotland, ces achats d’ABS (asset backed securities) et de "covered bonds" devraient s’élever à 10 milliards d’euros par mois. Selon eux, environ 6 milliards d’euros seront en outre consacrés à des achats d’obligations d’institutions européennes, comme le Fonds européen de stabilité financière (FESF), qui émet des obligations avec la garantie des pays de la zone euro afin de financer les programmes d’aide des pays en difficulté budgétaire.

Il resterait donc 44 milliards d’euros par mois à consacrer à des achats d’obligations gouvernementales des États membres de la zone euro. "La BCE doit donc acheter pour environ 800 milliards d’euros sur un marché d’obligations, dont les maturités vont de 2017 à 2046, qui représentent en tout 4.655 milliards d’euros", résume Alexandre De Groote, administrateur délégué de Petercam Institutional Bonds.

Quelle est la probabilité de réussite?

La BCE est confrontée à un marché relativement étroit. Si bien que les économistes se demandent s’il y aura suffisamment de vendeurs pour que l’institut monétaire atteigne les montants d’achats prévus. Ces derniers seront répartis entre les obligations des différents pays, en proportion de leur participation dans le capital de la BCE. En Belgique, la Banque nationale, qui agira pour le compte de la BCE, va donc devoir acquérir des OLO (obligations linéaires), c’est-à-dire des titres de dette de l’État belge, à concurrence de 30 milliards d’euros.

"Ça représente 1,6 milliard d’euros par mois, soit environ 75 millions d’euros par jour ouvrable", note Alexandre De Groote. "À titre de comparaison, vendredi dernier, le volume d’OLO traitées sur le marché a atteint 2,3 milliards d’euros."

Quelles conséquences pour votre portefeuille?

Certains économistes estiment que le marché a anticipé les achats de la BCE et s’attendent à des prises de bénéfices qui feraient remonter les taux d’intérêt. D’autres pensent que les achats de la BCE feront de toute façon baisser les taux. Dans les deux cas, cela devrait influencer les taux d’intérêt des produits bancaires, des prêts hypothécaires aux comptes d’épargne. Enfin, les économistes, à une large majorité, s’attendent à une poursuite de la baisse de l’euro.

Voici comment fonctionne le bazooka de la BCE, article disponible ici

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