Les actions dollars dépriment à Bruxelles

©Vincent Dubois

Les actions de sociétés comme UCB, Ahold Delhaize, et AB InBev, qui font des affaires dans la devise américaine, ont la vie dure depuis 2 mois. Depuis que la baisse du dollar s’est accélérée.

Beaucoup de stratégistes voyaient à la fin de l’année passée la monnaie européenne tomber sous 1 dollar. Cela était perçu comme une bonne nouvelle pour les résultats des sociétés européennes actives à l’international. Le seuil de 0,90 USD, voire de 0,85 dollar, était avancé. Mais il faut bien s’y résoudre: ces prévisions ne se sont pas concrétisées. Au contraire. L’euro a renoué avec un trend haussier que certains entrevoient désormais durable.

Au passage, signalons qu’il n’y a pas que contre le dollar que l’euro progresse. La monnaie européenne monte aussi contre les autres principales devises au monde. Parallèlement, le dollar a tendance de son côté à céder du terrain devant une majorité de ces devises.

Les dirigeants d’entreprise moins heureux

Sans avoir eu recours à des mesures particulières, Donald Trump, qui était fort en colère à l’automne dernier contre la cherté de son billet vert, obtient ce qu’il veut, finalement: un dollar meilleur marché. Ici toutefois n’est pas le propos.

Le Bel 20 a commencé à faire marche arrière lorsque la hausse de l’euro contre le dollar s’est vivement accélérée. Soit après le 10 mai.

Si nous nous penchons sur les variations des taux de changes, en particulier celui du dollar par rapport à l’euro, c’est parce que celles-ci commencent à prendre de l’ampleur. Et il n’est pas certain que cela fasse le bonheur des dirigeants d’entreprises de la zone euro. Ce que les investisseurs redoutent. Il ne nous a d’ailleurs pas échappé que c’est au moment où l’euro a commencé à accélérer sa hausse, soit le 10 mai, que des indices comme le Stoxx 600 paneuropéen (396,45 points) ou le Bel 20 de la Bourse de Bruxelles (4.041,03 points) avaient atteint leur plus haut point de cette année. Depuis lors, ces indices ont reviré à la baisse, sans avoir été en mesure de revenir à ces niveaux.

©Mediafin

On peut imaginer que les marchés d’actions s’étaient faits à l’idée dans les premiers mois de cette année que l’euro pouvait reprendre – modérément cela s’entend – de la hauteur. Mais certainement moins à celle de l’accélération de son ascension depuis le 10 mai. Entre ce moment et la fin juin, l’euro avait filé de 1,08 dollar à 1,1445 dollar. Il avait démarré 2007 à 1,057 dollar.

Pour les investisseurs en actions, l’évolution de l’euro devient de toute évidence un sujet délicat. Si la monnaie européenne devait poursuivre sa remontée, il va leur falloir revoir à la baisse les performances de certaines sociétés au niveau de leurs affaires, tempérer leur appréciation sur leurs actions et in fine adapter la composition de leur portefeuille d’actions. Ce que bon nombre semblent avoir déjà commencé à faire, à suivre le comportement des cours de certaines actions en Bourse ces deux derniers mois. Une flopée d’actions de sociétés cotées à Bruxelles n’en finissent pas en effet de dégringoler, se catégorisant souvent parmi celles qui ont le plus reculé depuis le 10 mai.

De quelles sociétés s’agit-il? Principalement de celles qui commercent dans la devise américaine. Du fait de la baisse du dollar, les bénéfices qu’elles réalisent dans cette monnaie seront à coup sûr pénalisés au moment de leur conversion en euros. Prenons un exemple: pour chaque tranche de 100 dollars de profits convertie à la fin de l’année dernière, Ahold Delhaize pouvait espérer recevoir 95,08 euros en raison du taux de change en vigueur à ce moment-là. Aujourd’hui, alors que dollar est passé de 0,95084 euro à la fin de 2016 à 0,87619 euro aujourd’hui, ce montant ne serait plus que de 87,6 euros.

Le reflux de la devise de l’Oncle Sam intervenu depuis janvier grèverait donc de 7,9% à ce jour les profits réalisés aux Etats-Unis par Ahold Delhaize. Les ventes réalisées par ce distributeur représentent près de 50%, selon des données fournies par Bloomberg, de celles de l’ensemble du groupe. Il n’y a du coup pas de quoi être vraiment surpris par le plongeon de 16,6% de son action à la Bourse de Bruxelles depuis le 10 mai.

D’autres noms de la cote belge se retrouvent dans ce cas de figure. Il y a UCB , qui réalise aussi près de la moitié de ses ventes aux Etats-Unis. Sur le 1,85 milliard de dollars (1,76 milliard d’euros) de d’affaires enregistré en 2017, le cours du dollar actuel ferait que ce montant converti en euros serait diminué de 138 millions. Résultat des courses: son action a perdu 1/5 de sa valeur en deux mois.

Il y a encore IBA, qui a effacé 1/4 de sa valeur en Bourse et pour qui les Etats-Unis comptent pour 35% dans ses ventes totales. Précisons tout de même qu’UCB et IBA ont fait part récemment de nouvelles sur l’évolution de leurs affaires qui ont déçu. Et ont de toute évidence contribué à déprimer leurs actions.

Toujours dans le registre des sociétés actives en dollars et qui sont malmenées en Bourse, citons pêle-mêle EVS (33% de ses ventes aux Etats-Unis), Balta (17,5%), Fagron (18%) et Aperam (26%). Solvay , Barco et Agfa-Gevaert sont par contre quelques noms à avoir réussi à tirer leur épingle du jeu. Elles limitent à moins de 5% leur recul en Bourse. Le recours éventuel de ces sociétés à un programme de couverture de changes, afin de se prémunir des variations des cours des devises, peut expliquer leur résistance en Bourse.

AB InBev: action multidevises

Le recul de 11,3% de l’action AB InBev trahit le sentiment des investisseurs selon lequel la valse des taux de changes dans le monde risque plus d’affecter ses résultats que l’inverse. Il est vrai que coté en euros à Bruxelles, le brasseur actif sur tous les continents établit son bilan financier en dollars, comme Aperam d’ailleurs. La baisse du dollar allégera ses "chiffres" ramenés en euros. Comme on peut aussi imaginer – et c’est une nouvelle positive – qu’elle "allège" le montant de sa dette en grande partie libellée en dollars.

AB InBev pourrait bénéficier de la hausse des diverses devises mondiales, tels que le yuan chinois et le yen japonais, face au dollar. Mais les investisseurs semblent craindre que cela ne suffise pas à compenser le poids du marché américain dans ses ventes (environ 30%), auquel il faut ajouter le récent accès de faiblesse du réal brésilien. Le Brésil intervient pour quelque 20% dans ses affaires.

Autre société fortement diversifiée au niveau des changes, Melexis, dont la zone euro ne compte que pour 17,5% de son chiffre d’affaires, ne profite pas davantage des variations des taux de changes. La hausse de l’euro face au baht thaïlandais, au won coréen, au franc suisse et à la livre sterling, en plus du yen, du yuan et du dollar, toutes des devises dans lesquelles s’active Melexis, mettront sous pression ses résultats établis en euros. Son action accuse une perte de 9%.

Jusqu’où ira l’euro?

La question à présent est celle de savoir si la monnaie européenne ira plus haut encore. Pas sûr, affirment certains, qui craignent que cela ne risque de contrarier les objectifs d’inflation et de relance des économies de la BCE. Dans ce cas, il est possible d’entrevoir la fin de la descente aux enfers pour les actions dites "dollars".

D’autres prévisionnistes voient pour leur part l’euro monter davantage. Comme chez Deutsche Bank, qui table sur 1,16 dollar. Ou chez Morgan Stanley , qui vise 1,18 dollar d’ici la fin de cette année. Dans les coulisses des marchés, certains stratégistes disent même ne pas écarter un niveau de 1,20, voire de 1,25 dollar dans les prochains mois.

Pour ceux que cette dernière perspective effraie, il conviendrait alors de se concentrer pour le moment sur les valeurs de sociétés actives essentiellement dans la zone euro. Nombre d’entre elles sont parvenues à conserver des gains, et en tous les cas à limiter les pertes, malgré le revirement à la baisse des principaux indices boursiers depuis le 10 mai. Floridienne, Miko, Vranken-Pommery, Proximus , Orange Belgium, Colruyt, Ter Beke, ING , KBC (qui bénéficie de la hausse de la couronne tchèque contre l’euro), Ageas (70% de ses ventes en Belgique et 12% en Grande-Bretagne) et la plupart des SIR (ex-sicafi), pour ne citer que ces exemples, sont de ce registre.

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