Les marchés des matières premières capitulent

©BLOOMBERG NEWS

2014 est bien parti pour être un cru décevant pour les prix des matières premières. Malgré cela, les cours des actions d’entreprises liées à ces produits essentiels ont plutôt limité la casse sur les marchés boursiers.

"Il y a comme une sorte de capitulation parmi les investisseurs dans les matières premières", affirme Jon Bergtheil, analyste auprès de Citigroup. Les commentaires de ce genre vont bon train depuis quelque temps: ils dépeignent tous une ambiance franchement morose sur les marchés des matières essentielles dans le monde.

De fait, les cours de la plupart des produits restent inlassablement orientés à la baisse. Que ce soient du côté des métaux ou des denrées alimentaires. Une évolution qui surprend pour le moins. Et cela, alors que la croissance de l’économie mondiale devrait être plus élevée cette année qu’en 2013, et que certains indices boursiers, comme à Wall Street, caracolent à des sommets.

Les denrées à la peine

L’indice Bloomberg des matières premières accuse un repli de 7,5% depuis le début de cette année. Il évoluait hier aux alentours de 119 points (voir infographie).

Au premier abord, cette pauvre performance n’a au premier coup d’œil rien de dramatique. Il est bon tout de même de préciser quelle s’ajoute aux pertes des années précédentes. Depuis son sommet d’avril 2011, cet indice a perdu un tiers de sa valeur. En outre, ce pourcentage fait de l’ombre à d’importants dérapages pour les prix de certaines matières, comme ceux du blé (-25%), du maïs (-27%), du soja (-17%), de l’huile de palme (-20%) et, dans une moindre mesure, du baril de pétrole (-10%).

Rares sont les matières à afficher des prix plutôt en hausse depuis janvier 2014. Il n’y a pour ainsi dire que ceux du zinc (+ 7%), de l’aluminium (+ 15%) et du nickel (+ 25%), à progresser. De même que ceux de l’once d’or (+ 2%) du palladium (+ 13%) et du cacao (+ 25%) en proie au risque de la propagation du virus Ebola en Afrique.

Dollar en hausse

Pour Franck Vranken, Chief Strategist auprès de Puilaetco Dewaay Private Bankers, qui estime que la corrélation est loin d’être stable entre l’évolution des Bourses et des cours des matières premières, "on assiste en réalité aujourd’hui à l’effet inverse de ce que nous avons connu en 2011. Alors que le Dollar Index était au plus bas en 2011, beaucoup d’investisseurs ont cherché à se protéger en achetant des actifs réels. Aujourd’hui, la situation est inverse. On réduit ses positions sur ces actifs, et l’on privilégie plutôt le billet vert qui progresse depuis plusieurs mois face aux principales devises".

Le Dollar Index est un indice qui suit l’évolution du billet vert face à un panier d’une dizaine de principales devises dans le monde. En avril 2011, soit quelques jours avant que l’indice Bloomberg des matières premières n’avait atteint son plus haut, le dollar s’échangeait à 0,677 euro. Aujourd’hui, cette parité est montée à 0,777 euro.

L’évolution des prix des matières est aussi liée à un autre facteur. "Celui de la croissance mondiale, en particulier celle de la Chine, un important consommateur, de matières premières, pour laquelle on a pour le moment quelques doutes", précise Frank Vranken. Le stratégiste ose croire que pour certains produits, on est toutefois proche de la fin de la correction baissière des cours. Du côté des denrées agricoles notamment, dont les cours avaient été affectés par des craintes d’aléas climatiques au printemps dernier qui ne sont finalement pas survenus.

En Bourse

Sur les marchés boursiers, les actions de sociétés liées aux matières premières ont plutôt tenu bon face à la déprime de leurs cours. A Bruxelles, profitant de la résistance des cours du platine (-2,5%) et de l’or, Umicore enregistre un gain de 5,6% depuis le début de cette année, tandis que Sipef, fort actif dans l’huile de palme, limite ses pertes à 5,6%.

Sur les autres marchés, Freeport-McRoran (cuivre) recule de 12% à Wall Street, mais le spécialiste de l’aluminium Alcoa s’est envolé de 49%. A Londres, les actions des groupes diversifiés australo-britanniques BHP Billiton et Rio Tinto perdent entre 8 et 9%.

Pour l’heure, Frank Vranken estime qu’il est un peu tôt encore pour se ruer sur ces secteurs des cotes. Il recommande en tous les cas de donner la priorité "à des sociétés diversifiées, ou d’autres qui sont, ce qu’on appelle des oligopoles, à l’image par exemple d’Umicore".

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