chronique

Les mois prochains s'annoncent chahutés

Rédacteur en chef-adjoint

Les neuf mois à venir seront plus chahutés. Et 2016 risque d’être pire encore. C’est William De Vijlder, le chef économiste de BNP Paribas, qui fait cette prévision. Petit voyage entre le buffet de Warren, le bar à liquidités de Mario et l’excellente moisson boursière au cours du premier trimestre en Europe…

Entre le bar de Mario et le buffet de Warren, les investisseurs ont le choix. Chez Warren Buffett, on mange plutôt grassement, ce qui ne fait pas nécessairement plaisir aux diététiciens, mais bien aux actionnaires. Demandez à ceux de Kraft Foods qui ont vu le cours de leur action bondir de plus de 35% cette semaine. Le célèbre investisseur américain s’est associé au fonds d’investissement 3G Capital pour fusionner la société Heinz (tombée dans leur escarcelle en 2013) et Kraft Foods afin de créer un nouveau géant de l’alimentaire. Pour Buffett, c’est un simple retour aux sources puisqu’il fut un important actionnaire de Kraft par le passé.

Alors, si on mélange — gare à l’estomac — les participations de 3G Capital et de Berkshire Hathaway, on peut déguster saucisses, hamburgers (Burger King est détenu par 3G), ketchup, fromages (le "Philadephia" de Kraft), le tout arrosé, bien entendu, de Coca-Cola.

En 2016, les taux devraient se tendre des deux côtés de l’Atlantique

À 84 ans, Buffett n’a donc perdu ni la main ni surtout l’appétit. Même s’il laisse désormais le sale boulot aux gestionnaires de 3G Capital, passés maîtres dans l’art de la réduction des coûts en tant que grands adeptes du "zero-based budgeting". Selon cette méthode, pour établir un budget, on ne prend pas comme point de départ les dépenses de l’année précédente. On repart tout simplement à zéro pour considérer si une dépense est justifiée ou non. Une méthode appliquée à la lettre chez Heinz par les stratèges de 3G.

Cette nouvelle incursion de Buffett dans l’alimentaire a en tout cas relancé les spéculations sur d’autres fusions et acquisitions, d’autant que le principal intéressé a dit qu’il "regardait tout". Cette nouvelle vague de fusions est-elle le signal que le pic du cycle boursier est proche aux Etats-Unis? On ne doit pas l’écarter, d’autant que Wall Street fait du surplace depuis le début janvier.

Pendant ce temps, en Europe, Mario Draghi laisse grand ouvert son bar à liquidités. Tout le monde peut s’y abreuver jusqu’à plus soif. Tout le monde, sauf les banques grecques, à qui l’institution de Francfort demande d’arrêter l’achat de titres du Trésor grec. La BCE s’inquiète d’un cycle infernal: elle prête aux banques grecques qui ensuite reprêtent les fonds au Trésor grec, qui peut ainsi rembourser à son tour ses dettes.

En tant que nouveau superviseur du monde bancaire, la BCE s’inquiète surtout du risque de voir le bilan des banques grecques plombé par des actifs de (très) mauvaise qualité. Pour certains, c’est clair: la BCE veut tout simplement étrangler la Grèce. Pour d’autres, elle respecte simplement ses propres règles. C’est ce qu’affirme Mario Draghi, qui a d’ailleurs raison de rappeler qu’il a déjà beaucoup fait pour ce pays. L’exposition de la BCE sur Athènes dépasse désormais les 100 milliards d’euros! Et puis, cet avertissement aux banques grecques est aussi un moyen de faire pression sur le gouvernement d’Alexis Tsipras afin qu’il adopte au plus vite les indispensables réformes pour aboutir à un accord avec ses partenaires européens.

La Grèce reste bien évidemment une inconnue voire une menace pour les marchés financiers. Mais cela n’a nullement empêché les Bourses européennes de briller au premier trimestre, avec des gains compris entre 15 et 20%. Tout était-il trop facile sur les marchés européens?

William De Vijlder, le "chief economist" de BNP Paribas, explique que 2015 offre finalement un haut degré de visibilité. La BCE vient à peine d’entamer son programme de rachat d’obligations d’État (QE). Et si la Federal Reserve américaine va remonter ses taux directeurs cette année, cela ne sera que très progressif. Ceci dit, ajoute-t-il, nous entrons dans une période de volatilité plus grande. Plus on va se rapprocher du moment fatidique sur les taux US, plus la nervosité grandira. On a déjà pu s’en rendre compte récemment avec les très forts remous sur la parité euro/dollar.

Mais les vrais défis se situent plutôt en 2016. Le pétrole et l’euro devraient alors s’être stabilisés. L’an prochain, la Fed pourrait surtout être tentée de durcir bien plus fort sa politique monétaire. Et c’est en septembre 2016 que se terminera le "QE" de la BCE. On aura alors une "resynchronisation" Etats-Unis/Europe. Un terme barbare pour signifier que les taux devraient se redresser en même temps des deux côtés de l’Atlantique. Un cocktail que les marchés ne pourraient apprécier que très modérément.

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