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Moody's met les valeurs britanniques sous pression

©EPA

La Bourse de Londres a reculé après la décision de Moody’s de dégrader la note du Royaume-Uni. Les taux d’intérêt britanniques et la livre sterling sont devenus volatils.

Pour investir dans des valeurs britanniques, mieux vaut avoir les nerfs solides en ce moment. La Bourse de Londres, les taux du Royaume-Uni et la livre sterling ont subi des mouvements spéculatifs lundi, après la décision de Moody’s de dégrader la note de la deuxième économie européenne.

Vendredi soir, l’agence d’évaluation financière avait abaissé le score du Royaume-Uni en tant qu’État emprunteur à "Aa2", ce qui revient à une cote de 18/20, au lieu de "Aa1" (19/20) auparavant.

Sur le marché des changes, après avoir perdu 0,65% à 1,1297 euro vendredi soir, la livre sterling remontait face à la monnaie unique lundi. En Bourse de Londres, les cours des actions ont baissé. Les investisseurs ont cherché refuge dans les obligations, ce qui a provoqué une détente de leurs taux d’intérêt. Peu avant midi, le taux britannique à dix ans est tombé à moins de 1,33%, alors qu’il avait dépassé 1,39% jeudi dernier en séance.

Moody’s pense que le gouvernement britannique ne sera pas capable d’obtenir un traité de libre-échange avec l’Union européenne qui réduirait les effets négatifs du Brexit. Selon l’agence de notation, l’économie du Royaume-Uni ne parviendra pas à retrouver son rythme de croissance historique dans les années à venir. Les prévisions de Moody’s à cet égard sont même plus pessimistes que la moyenne des économistes. Dans ce contexte, l’agence estime que le gouvernement britannique n’arrivera pas à réduire son déficit budgétaire à moins de 1% dans les cinq ans, comme il l’espérait. Ce déficit devrait être compris entre 3 et 3,5% dans les années à venir, estime Moody’s.

©Bloomberg

Samedi, le gouvernement britannique a tenté de minimiser les inquiétudes soulevées par l’agence de notation, en faisant référence au discours que Theresa May avait prononcé vendredi à Florence. Selon l’exécutif britannique, l’analyse de Moody’s ne tenait pas compte des annonces de la Première ministre, notamment sur une période de transition de deux ans après la mise en œuvre du Brexit.

Mais dans une interview accordée à la BBC samedi, Alastair Wilson, le responsable des notations de Moody’s, a déclaré que le discours de May n’était pas de nature à modifier le regard que porte l’agence sur l’économie britannique.

Koen De Leus, chef économiste chez BNP Paribas Fortis, analyse les propos de la Première ministre britannique de la même manière. "La période de transition proposée évite qu’elle doive prendre aujourd’hui des mesures pour le cas (probable) où aucun nouvel accord commercial ne serait conclu d’ici mars 2019, dit-il. Mais compte tenu de l’obscurité totale relative à un nouvel accord, le ‘cliff edge’ (NDLR: littéralement, le "bord du gouffre", expression qui désigne l’arrivée à la date butoir du 29 mars 2019 sans accord sur le Brexit) tellement redouté reste d’actualité et est pour l’instant tout simplement reporté de deux ans."

"Pression accentuée"

Pour Bernard Keppenne, chef économiste chez CBC, "la pression sur Theresa May s’est encore accentuée d’un cran, et son discours à Florence n’a pas vraiment convaincu". Pour lui, la dégradation de la note du Royaume-Uni par Moody’s fragilise la Première ministre britannique. "Même si, ce faisant, Moody’s s’aligne sur les ratings des autres agences, cette décision n’en est pas moins un signal négatif qui vient encore un peu plus assombrir les perspectives", souligne-t-il.

Alexandre De Groote, responsable de l’activité obligataire chez Degroof Petercam, constate quant à lui que les marchés avaient anticipé cette décision de l’agence d’évaluation financière: "Compte tenu des incertitudes liées au Brexit, Moody’s avait déjà placé la note du Royaume-Uni en ‘negative watch’ (sous surveillance en vue d’une dégradation, NDLR), rappelle-t-il. En l’absence de nouvelles avancées, il était logique qu’elle passe à l’acte. Par conséquent, même s’il y a eu un peu de volatilité sur les marchés, essentiellement en début de séance, les différences par rapport à la clôture de vendredi dernier sont finalement ténues."

En effet, à la clôture des marchés européens, les fluctuations de la matinée étaient quasiment oubliées. Mais la nervosité des opérateurs de la Bourse de Londres prouve en tout cas que les investisseurs ont intérêt à faire preuve de prudence à l’égard des actifs britanniques.

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