Neuf secteurs gardent des stigmates de la crise

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L’indice paneuropéen est sur le point de retrouver ses plus hauts niveaux de 2007. Et au passage son record de mars 2000. La crise financière n’est pas pour autant totalement effacée: 9 des 19 sous-groupes sectoriels du Stoxx 600 ne sont pas encore revenus à leur niveau d’il y a 8 ans.

L’indice Stoxx 600 paneuropéen est à un très léger souffle de ses meilleurs niveaux en huit ans. Les 600 valeurs européennes suivies par cet indice auront donc mis un beau paquet d’années pour effacer la crise financière qui a éclaté au grand jour en septembre 2008, avec la chute de la banque américaine Lehman Brothers. Une crise à laquelle sont venues se superposer celle de la dette souveraine de la zone euro, et surtout la menace de faillite de la Grèce.

En ayant effectué ce parcours pour atteindre 392,21 points à la veille de ce week-end, l’indice Stoxx 600 n’est plus aujourd’hui qu’à 2% de son meilleur niveau de l’année 2007 (400,31 points) et à moins de 3,4% de son record historique. Une performance qu’il avait accomplie une dernière fois – jusqu’à présent – le 6 mars 2000. Il avait clôturé ce jour-là à 405,5 points, avant d’être emporté par l’effondrement de la bulle internet.

Le retour au sommet de l’indice Stoxx 600 offre l’occasion de mieux cerner les contours de cet indice, dont la perception auprès des Boursiers reste encore trop souvent floue.

1. Un indice aux couleurs "British"

L’indice Stoxx 600 Europe est un sous-indice du Stoxx Global 1800. Composé de 600 actions d’entreprises, il intègre des petites, moyennes et grandes capitalisations de 18 pays d’Europe occidentale. Au 31 janvier dernier, les actions de ces 600 sociétés pouvant faire l’objet d’un échange sur les marchés boursiers (=capital flottant) affichaient une valeur boursière de 7.672 milliards d’euros.

La couverture de cet indice sur les actions européennes est donc assez large. On ne manque pas d’observer que 30% des 600 actions de cet indice sont cotées à la Bourse de Londres, 11,5% à Paris, et 8,5% à Francfort. Les valeurs cotées à la Bourse de Bruxelles sont, elles, au nombre de 14. Bpost a été la dernière à l’intégrer récemment.

Après une hausse de 145% en six ans, reste-t-il de la marge pour une poursuite de l’ascension de l’indice Stoxx 600 européen?

La prépondérance des valeurs britanniques explique en partie pourquoi le Stoxx 600 approche seulement maintenant de son niveau record, alors que le Dax 30 de Francfort y est collé depuis près de deux ans déjà. Curieuse coïncidence, c’est au moment où le Stoxx 600 s’apprête à retrouver ses sommets que l’indice FT 100 vient pour sa part de réaliser cette prouesse.

2. Les secteurs gagnants, et les autres depuis 2007

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Le retour au sommet de l’indice Stoxx 600 fait immanquablement de l’ombre à d’importantes disparités au sein de ses 19 sous-groupes sectoriels. Les meilleures performances sont le fait du Stoxx 600 qui suit les valeurs automobiles (+ 305%), suivi de celui de l’assurance (+ 275%). Dans le bas de l’échelle, on trouve l’indice dédié aux "utilities" (+ 26%) et celui des valeurs de l’énergie (+ 31%).

Par ailleurs, si depuis le creux touché en mars 2009, les 19 sous-indices sectoriels affichent tous une performance positive, ils ne sont en revanche que 10 – dont le super-champion est celui de l’agroalimentaire (+ 91%!) – à se situer à des niveaux supérieurs à ceux de 2007 (voir infographie).

En d’autres termes, les dégâts causés par les différentes crises qui ont émaillé les économies européennes depuis 2008 sont encore visibles pour les 9 autres sous-indices sectoriels, qui accusent toujours des pertes.

On trouve dans ce dernier registre les Stoxx 600 des actions des banques (-62%), des matières premières (-37,4%) et des utilities (-36,9%) entre autres. Citons encore ceux de l’énergie (-26%), de l’immobilier (-25,5%) et de la construction (-18,2%).

3. Stop ou encore?

La volonté affichée en juillet 2012 par le président de la BCE, Mario Draghi, de tout faire pour sauver l’euro a constitué un des principaux détonateurs de la remontée du Stoxx 600. Mais après une ascension de plus de 145% de l’indice depuis mars 2009, y a-t-il encore de la marge pour une éventuelle poursuite de la hausse des Bourses en Europe? Oui, diront certains, si l’on se réfère à la progression de l’indice S&P 500 à Wall Street. Cet indice affiche pour l’heure une hausse de 212% depuis 2009. Comparaison n’est toutefois pas raison. Est-il en effet vraiment sage de penser que le Stoxx 600 grimpera encore au simple motif que le S&P 500 bénéficie d’une substantielle avance?

Cela dit, et même s’il ne faut pas exclure des prises de bénéfice à court terme après une hausse de 14,5% en 2 mois, "il est possible que l’on aille plus loin dans la remontée des marchés en Europe", estime Vincent Juvyns, Executive Director Global Market Strategist chez JP Morgan AM. "Il faudrait cependant que les bénéfices, qui ont reculé de 6% au dernier trimestre de 2014, s’améliorent. Et l’on peut penser que cela se passera, alors que les charges de financement diminuent pour les entreprises et que celles-ci chercheront encore à réduire leurs coûts".

Pour le stratégiste de chez JP Morgan, c’est la condition sine qua non pour assister à la poursuite de la hausse des cours des actions. "À ce jour, l’effet de reprise est déjà pricé dans les cours, de même que l’action récemment décidée par la Banque centrale européenne. La hausse des marchés boursiers s’arrêtera s’il n’y a pas de croissance au niveau des bénéfices des entreprises", martèle encore Vincent Juvyns, qui se montre plutôt optimiste sur ce point.

4. Quid des profits pour le Stoxx 600 en 2015?

La volonté affichée en juillet 2012 par Mario Draghi, le président de la BCE, de tout faire pour sauvegarder l’euro a été un des principaux détonateurs de la remontée du Bourses en Europe. ©Bloomberg

Selon une compilation établie par Bloomberg sur la base de prévisions d’analystes que l’agence d’informations financières suit, les entreprises du Stoxx 600 sont en mesure d’enregistrer une croissance moyenne de 6,38% cette année. Une croissance qui pourrait monter jusqu’à 12,72% en 2016.

Les compagnies pétrolières risquent d’être les plus mal loties en 2015. Avant de connaître un rebond de 39,4% l’an prochain, leur profit devrait subir un reflux de 31,8%. Toujours au rayon des secteurs qui pourraient subir une croissance négative de leurs profits, ceux des services financiers (holdings et gestionnaires d’investissements) et des entreprises liées aux matières premières verraient leurs résultats finaux reculer de 18% en moyenne et de 7,8% en moyenne, respectivement.

Pour les autres secteurs, les prévisions sont plutôt bonnes. Épinglons ceux des loisirs et transports aériens (+ 46% en moyenne), des banques (+ 20,4%), de la construction (+ 13,7%), de l’automobile (+ 13,4%), de la chimie (+ 12,4%), de l’immobilier (+ 10,8%) et des télécoms (+ 7,7%).

5.Stoxx 600 versus S&P 500

Après des années de sous-performance par rapport à l’indice S&P 500 de la Bourse de New York, le Stoxx 600 pourrait cette année attirer à lui plus d’investisseurs que de coutume. Du fait en partie, que les sociétés européennes sont moins chères en général que leurs concurrentes américaines. Elles se traitent en ce moment à 16,4 fois en moyenne les bénéfices attendus (P/E ou rapport cours sur bénéfice) pour les 12 derniers mois selon des données fournies par Bloomberg. Contre 17,6 fois pour les sociétés du S&P 500.

Autre ratio plus favorable, les valeurs en Bourse des entreprises du Stoxx 600 représentent en moyenne 2 fois la valeur comptable. Elles apparaissent sur ce plan aussi moins chères que celles qui sont cotées à Wall Street et qui s’échangent à 2,9 fois leur valeur comptable.

Sur le plan du rendement des actions sur la base des dividendes distribuées, les actions cotées en Europe sont, là encore, plus attrayantes. Leur rendement (brut) s’élève à 3,14% à ce jour, contre 1,93% seulement pour les actions américaines. Notons que les actions américaines subissent aussi la concurrence du bon du Trésor américain, dont le rendement est récemment repassé au-dessus de 2%.

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