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Pourquoi ce lundi noir sur les Bourses?

©EPA

L'année a mal commencé et promet d'être très délicate pour les marchés d'actions. Analyse du marché chinois en 5 questions.

Les Bourses chinoises de Shanghai et Shenzhen ont, pour la première fois de leur histoire, arrêté prématurément leurs échanges lundi, après un spectaculaire effondrement de 7%, en vertu d’un nouveau mécanisme anti-volatilité qui soulève des interrogations quant à son efficacité. Dans la foulée des Bourses chinoises, les places mondiales ont fortement reculé lundi.

1. Pourquoi les Bourses chinoises ont-elles stoppé leurs échanges?

Après la crise boursière de l’été, qui a vu les places chinoises s’effondrer en quelques heures, les autorités de régulation ont mis en place un système d’alerte permettant de suspendre les cours à la Bourse de Shanghai et à celle de Shenzhen. Le principe est simple: si l’indice CSI300, dont les poids lourds incluent les géants pétroliers et bancaires étatiques, perd ou gagne 7%, les échanges sont suspendus pour le reste de la séance afin d’éviter des "risques systémiques". En clair: éviter la panique.

Ce mécanisme de suspension des échanges entrait en vigueur hier et, ironie du calendrier, il a immédiatement dû être appliqué. Ce système de suspension des marchés n’est pas spécifique à la Chine. La Bourse de New York a mis en place un mécanisme similaire à la fin des années 80, mais il est rarement utilisé.

2. Pourquoi ce lundi noir?

Les Bourses chinoises paient d’abord les répercussions des tensions entre l’Iran et l’Arabie saoudite. Mais l’écroulement chinois intervient principalement suite à la publication d’indicateurs montrant une nouvelle contraction de l’activité manufacturière en décembre. Au moment de la suspension des cotations, Shanghai perdait 6,86% et Shenzhen 8,22%!

La chute brutale de lundi a également été déclenchée par l’expiration prochaine de mesures prises l’an passé par les autorités pour enrayer la chute des marchés. En juillet dernier, le gouvernement avait décidé d’interdire aux actionnaires possédant plus de 5% dans une entreprise cotée de vendre des actions. Une mesure prise pour tenter d’enrayer la folle débâcle des marchés à l’été dernier. L’initiative avait permis de stopper l’hémorragie, la Bourse de Shanghai finissant l’année en hausse de 9,4%, alors que la place boursière de Shenzhen affichait une nette progression de + 63% La Chine a également réduit lundi la valeur du yuan face au dollar, la monnaie chinoise passant sous la barre des 6,5 yuans pour un dollar pour la première fois en plus de quatre ans. La pression sur la devise s’accroît suite au ralentissement de la croissance chinoise.

3. Comment se porte l’économie chinoise?

Pas très bien. La croissance économique est au plus bas depuis la crise de 2009 et les différentes politiques de relance ne semblent pas porter leurs fruits.

La deuxième économie mondiale cherche une transition entre un modèle dépendant de l’industrie lourde et une croissance alimentée par les services comme par la consommation des ménages. Mais ce changement de braquet tarde à se traduire dans les chiffres. Baisse des importations, des exportations, productivité et croissance en berne… Les statistiques sont dans le rouge depuis près d’un an, même si le gouvernement chinois parle d’un simple "ajustement structurel normal".

Plus grave encore: les autorités de Pékin sont incapables de convaincre les marchés mondiaux de leur capacité à piloter efficacement l’économie. Après la dévaluation surprise du yuan en août dernier et l’effondrement de la Bourse cet été, l’année 2016 commence tout aussi mal.

99% des investisseurs chinois sont des petits porteurs.

4. Pourquoi ce yo-yo des places chinoises?

La Bourse de Shanghai fournit au secteur privé une source de financement cruciale en dehors des banques commerciales, qui préfèrent souvent prêter aux groupes étatiques, et une alternative aux épargnants dont les options d’investissement restent limitées. Mais le marché chinois reste un casino imprévisible et irrationnel, plombé par les délits d’initiés et par l’opacité entourant la véritable santé financière des entreprises.

Contrairement aux pays occidentaux où dominent les investisseurs institutionnels, 99% des 100 millions d’investisseurs chinois sont des petits porteurs. La Bourse a pour eux longtemps fait figure d’Eldorado où l’on gagnait souvent à tous les coups.

Avant la crise de l’été dernier, la place de Shanghai s’était envolée de 150% en une année, de façon totalement déconnectée de l’économie réelle.

5. Quelles conséquences sur les économies mondiales?

La Chine reste un moteur clef de la croissance planétaire et la première puissance commerciale du globe. Les premières victimes sont les pays trop dépendants de cette demande et des investissements chinois, notamment les pays asiatiques et le continent africain. "L’effondrement du marché chinois n’est pas un bon signe pour les pays du sud, nous explique Ravi Bhatia, analyste crédit chez S&P. C’est surtout le cas en Afrique, où les investissements chinois ont baissé de 40% l’année dernière. La croissance de l’économie africaine est due en partie à la demande chinoise en matières premières, en minerais et en pétrole. Le ralentissement chinois continuera donc à influer sur les prix des matières premières et les volumes d’exportations".

Selon le Fonds monétaire international, une baisse d’un point de l’investissement chinois en Afrique provoque en moyenne une baisse de 0,6% des exportations africaines! Et l’Europe a aussi des raisons de s’inquiéter: les exportations vers la Chine représentent 1,5% du PIB de la zone euro, mais l’Asie dans son ensemble pèse pour 4,6%, auxquels s’ajoutent le 1,3% de l’Afrique…

La première séance de l’année s’est inscrite franchement dans le rouge pour les indices d’actions européens et américains. Il s’agit même de la pire première séance des Bourses. La chute brutale de la Bourse chinoise a provoqué un regain d’inquiétude chez les investisseurs. Le Bel 20 a reculé de 1,68% tandis que le Stoxx 600 a perdu 2,63%. Le DAX allemand a glissé de 4,43% et le CAC 40 de 2,66%. Les valeurs refuges, telles que les obligations d’Etat, ont été recherchées ce lundi. Le rendement de l’obligation belge à dix ans a reculé de 5 points de base à 0,91%. Les cours de l’or sont remonté de 1,12% à 1072,95 USD l’once au fixing de Londres. Sur le marché des changes, l’euro a baissé face au dollar, de 0,6% à 1,079 USD.

Les tensions géopolitiques entre l’Iran et l’Arabie saoudite ont également pesé sur la tendance. "Aujourd’hui, l’Arabie saoudite, qui pénalise déjà les autres pays producteurs de pétrole avec ses quotas, s’en prend à l’Iran, qui doit ramener cette année du pétrole sur le marché", pointe Frank Vranken, responsable de la stratégie chez Puilaetco Dewaay. Ces tensions ont provoqué une brève remontée des prix du pétrole. Le baril de Brent perd toutefois 0,54% à 37,08 USD à Londres. Mais selonFrank Vranken, la Chine a davantage pesé dans la tendance sur les marchés. "C’était moins prévisible. On ne pouvait pas savoir les résultats de la confiance des PDG dans le secteur manufacturier et celui des services, qui se sont avérés mixtes. De plus, la faiblesse du yuan inquiète, car cela fait plus de deux mois qu’il baisse face au dollar".

Frank Vranken rappelle que l’année dernière, les deux premières semaines ont été assez difficiles sur les marchés. Ce qui n’a pas empêché les Bourses européennes de terminer sur une hausse à la fin de l’année. L’Euro Stoxx 50 avait gagné 3,8%, et le Bel 20 13% l’an dernier. Mais cette année s’annonce déjà comme très volatile. "Elle ne sera pas forcément négative. Notre scénario de base table sur un gain de 10% pour les marchés", nuance Philippe Gijsels, de BNP Paribas Fortis. Frank Vranken souligne lui beaucoup d’inconnues, à commencer par la Chine, la croissance économique en Europe et aux Etats-Unis, l’évolution des cours du pétrole et la hausse des taux d’intérêt. "Une chose est sûre, la volatilité sera très présente sur les marchés cette année", relève-t-il.

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