Quel avenir en Bourse pour Ferrari?

Ferrari devra se positionner seul sur le segment du luxe. Un pari risqué selon les analystes. ©AFP

Le secteur du luxe se porte mieux que l’automobile. Le groupe Fiat Chrysler espère relancer Ferrari en le repositionnant sur ce segment. Un pari jugé risqué par les analystes.

Le secteur du luxe résiste à la morosité du climat économique en Europe. Des sociétés comme Prada et Hermès se négocient à plus de 20 fois leurs bénéfices, en raison de l’engouement des investisseurs. Par contre, le secteur automobile se négocie à peine à 10 fois ses bénéfices. Mais les voitures de luxe continuent de se vendre comme des petits pains. Le groupe Bain a constaté une hausse des ventes de 10% en 2014, par rapport à l’année précédente. Et l’agence Bloomberg notait récemment que les Russes, en proie à un embargo depuis la crise ukrainienne, se tournent vers l’achat de Porsche comme investissement défensif.

Chez Fiat Chrysler, le PDG Sergio Marchionne veut le même sort pour Ferrari. Le constructeur automobile s’apprête à scinder Ferrari pour le mettre en Bourse d’ici la fin de cette année. Il espère lever 5 milliards de dollars avec cette opération, afin de financer un plan d’investissement de 48 milliards d’euros pour augmenter de 60% la fabrication de ses voitures d’ici 2018. Sergio Marchionne a révélé ses plans ce mardi lors de l’Auto Show de Detroit. Le titre Fiat Chrysler a progressé de 1,87% à 10,36 EUR à la Bourse de Milan ce mardi à la clôture. Depuis la fusion avec Chrysler en 2014, le titre a pris 45%, valorisant la société à 13,1 milliards d’euros.

Un projet ambitieux

Les analystes doutent toutefois de la capacité de Ferrari à se classer parmi les sociétés de luxe en raison de coûts de production et de développement plus élevés que pour les sacs à main de luxe. Crédit Suisse estime à 5,8 milliards d’euros la valeur de la société, tandis que BNP Paribas valorise celle-ci jusqu’à 10 milliard d’euros. Les paris sont ouverts pour la mise en Bourse. La marque a été mise en haut du classement de la firme de consultance Brand Company, devant Apple. Cette image devrait permettre au constructeur automobile de survivre en tant que manufacturier indépendant. Un défi alors que les autres marques de luxe dans le secteur automobile se sont réfugiées dans des grands groupes comme Volkswagen, qui détient Bentley et Lamborghini. Dieter Zetsche, le PDG de Mercedes-Benz, estime que Ferrari a ses chances en tant que société indépendante. "La scission avec Fiat Chrysler ne va pas endommager son futur", a-t-il déclaré.

Un secteur toujours en consolidation

Fiat Chrysler va mettre 10% de Ferrari en Bourse aux Etats-Unis. Quelque 80% du capital reviendront aux actionnaires de Fiat Chrysler et les 10% restants seront détenus par le vice-président de Ferrari, Piero Ferrari. La société pourrait aussi émettre des obligations, selon Sergio Marchionne.

5 milliards €
Ferrari devrait être valorisé à ce montant lors de son introduction en Bourse, prévue pour la fin de cette année, suite à la scission avec Fiat Chrysler.

L’agence de notation Fitch rappelle toutefois que le secteur automobile reste en proie à la consolidation. "Le secteur est voué à se consolider car il doit partager les investissements et les coûts de développement, et se diversifier. L’étape est inévitable pour les manufacturiers les plus faibles afin de survivre sur le long terme", relève l’agence dans une note. "Beaucoup de constructeurs se trouvent dans une meilleure santé financière qu’il y a quelques années" relève-t-elle.

Fitch ne se prononce pas sur Ferrari. En revanche, l’agence de notation estime que Fiat Chrysler est un des candidats potentiels à une fusion, aux côtés de PSA et de Volkswagen. "Fiat Chrysler présente le plus faible profil de crédit et manque d’exposition au marché asiatique, en particulier la Chine. Le groupe a un projet d’expansion ambitieux, il aura besoin d’un partenaire pour financer son développement", prédit l’agence.

Néanmoins, l’annonce de la scission de Ferrari profite au titre, dont la performance contraste avec le reste du secteur européen. Le titre Fiat Chrysler avait bondi de 19% le 29 octobre lorsque le groupe automobile a annoncé la mise en Bourse de Ferrari.

Quant au constructeur italien de voitures de luxe, sa destinée en Bourse s’annonce aussi sous de bons auspices. Car souvent, dans les dossiers de scission d’entreprise, l’entité scindée peut se retrouver comme cible de rachat par d’autres sociétés.

Ce n’est pas qu’une question de positionnement sur le segment du luxe, pour Ferrari.

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