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Quels vont être les effets du krach boursier chinois sur votre portefeuille?

©© Xinhua/Xinhua Press/Corbis

Depuis quelques jours, beaucoup d’investisseurs ont un nœud à l’estomac. La crise boursière mitonnée dans les cuisines chinoises ne passe pas. Et l’addition est très lourde: en moins d’un mois, la capitalisation boursière des marchés chinois a fondu de plus de 3.000 milliards d’euros, pour s’établir à 5.872 milliards d’euros vendredi, contre 8.914 milliards le 14 juin, selon les statistiques de Bloomberg sur la capitalisation boursière totale en Chine.

Les indices boursiers de Shanghai et Shenzhen illustrent l’ampleur des dégâts. Malgré leur rebond de plus de 10% des deux derniers jours, l’indice composite de la Bourse de Shanghai et l’indice CSI 300 des plus grandes capitalisations de Shenzhen et Shanghai affichent encore des reculs de 25% et 23% respectivement, par rapport aux sommets qu’ils avaient atteints à la mi-juin.

Les valeurs belges exposées? Solvay, AB InBev, Bekaert, D’Ieteren, Nyrstar…

Cette brutale correction est survenue après plus d’un an d’euphorie boursière en Chine. Pour rappel, avant de subir la déroute des dernières semaines, les deux indices de référence des places financières chinoises avaient enregistré des gains supérieurs à 150% à partir du printemps 2014.

La spéculation effrénée basée sur des emprunts à effet de levier avait provoqué une ruée des investisseurs particuliers chinois sur les actions, rapidement suivie d’un éclatement de cette bulle boursière. Au-delà de l’analyse des causes de cette chute brutale, déjà largement évoquées dans ces colonnes ("L’Echo" du 09/07), il convient à présent de déterminer les effets potentiels de cette crise sur l’économie mondiale, les autres places boursières et, in fine, sur le portefeuille des investisseurs européens.

12 %
Dans le patrimoine des Chinois, les actions ne comptent que pour 12%, ce qui limite le risque de contagion via "l’effet richesse".

Les économistes sont très partagés sur les conséquences de cette crise boursière chinoise. Certains affirment qu’elle finira par affecter l’économie mondiale, d’autres y voient au contraire une opportunité d’achat dans l’attente d’une reprise de la tendance haussière. Comme souvent, la vérité est probablement entre ces deux positions.

1. Conséquences sur l’économie mondiale

La baisse de la Bourse chinoise va-t-elle accentuer le ralentissement de la croissance économique du pays et, au-delà, peser sur la croissance mondiale? "Ce ralentissement pourrait entraver le sentiment des consommateurs et les dépenses" en Chine, estime Craig Botham, économiste des marchés émergents chez Schröders. Ce dernier souligne qu’au premier trimestre, le secteur financier a contribué à la croissance chinoise à hauteur de 1,3%, contre 0,7% au trimestre précédent. Selon lui, la chute boursière ne permettra pas de reproduire cet apport positif des institutions financières. "Ceci pèsera probablement sur la croissance au troisième trimestre", conclut-il.

Les conséquences de la chute boursière en Chine ne sont pas clairement identifiées. Certains économistes s’attendent à un effet sur l’économie mondiale. D’autres voient le risque se limiter à l’Asie voire à la Chine elle-même.

Si l’éclatement de la bulle boursière chinoise provoquait un ralentissement plus marqué de la croissance du pays, les valeurs minières, automobiles ou du luxe seraient parmi les plus touchées.

Pour l’investisseur, il peut être utile de tenir à l’œil les titres des sociétés dont le chiffre d’affaires est particulièrement exposé à la Chine. Société Générale a publié une liste de 22 actions concernées, auxquelles on peut ajouter quelques noms bien connus.

On observe généralement une corrélation entre la Bourse et l’économie à travers "l’effet richesse": une hausse boursière augmente le patrimoine des détenteurs d’actions qui auront ainsi tendance à consommer davantage et, au contraire, en cas de contraction des marchés, ils verront leur patrimoine diminuer et vont moins consommer. Mais "le poids des actions dans le patrimoine des Chinois tourne autour de 12%, alors que cette proportion est trois fois plus importante aux Etats-Unis, par exemple", tempère Marc Craquelin, directeur de la gestion d’actifs de La Financière de l’Échiquier.

Jan Boudewijns, responsable de la gestion d’action des marchés émergents chez Candriam, abonde en ce sens: "La corrélation entre l’économie et la performance des marchés d’actions a toujours été plutôt faible (en Chine, NDLR), note-t-il. Au surplus, bien que la situation actuelle du marché n’aidera pas le gouvernement chinois dans ses efforts pour stabiliser la tendance baissière actuelle de l’économie, il dispose toujours de beaucoup de marge de manœuvre pour stimuler l’économie si la situation se détériore vraiment. Nous croyons donc que le risque d’une crise macroéconomique systémique reste faible."

Sans être alarmiste à ce stade, Deutsche Asset & Wealth Management reste pour sa part aux aguets: "Nous suivrons les développements en Chine avec attention parce qu’ils pourraient avoir des implications négatives pour la croissance économique mondiale si la volatilité des marchés d’actions s’étendait à l’économie réelle."

De son côté, Morgan Stanley avertit que "le processus d’ajustement (des marchés chinois, NDLR) pourrait être long et pèserait vraisemblablement sur la demande interne".

Peter Steffen, gestionnaire de portefeuille des fonds Ethna chez Ethenea se montre quant à lui beaucoup plus pessimiste: "Je n’ai pas connaissance d’un exemple historique d’économie dirigée qui soit restée stable à long terme, souligne-t-il. Nous pensons que le danger d’un atterrissage brutal de l’économie chinoise est l’un des risques les plus sous-estimés aujourd’hui. Plus généralement, nous considérons qu’un ralentissement concret en Asie implique un risque significatif parce qu’il signifierait une faible activité manufacturière à l’échelle mondiale."

2. Effet sur les Bourses mondiales

En début de semaine, les indices boursiers asiatiques ont subi la contagion de la crise des marchés chinois. Ils se sont ensuite redressés dans le sillage des indices boursiers chinois. La tendance des places financières occidentales semble quant à elle avoir surtout été influencée par les développements dans la crise grecque.

Juan Nevado, responsable de l’allocation dynamique et prudente de M & G signale que "les données des exportations des voisins de la Chine montrent une forte corrélation avec la faiblesse de l’économie chinoise". Toutefois, ajoute-t-il, "l’impact potentiel sur les économies plus lointaines est moins évident". Et de conclure: "Pour nous, c’est plus vraisemblablement une préoccupation pour la croissance asiatique que pour la croissance mondiale." Ceci pourrait expliquer la réaction boursière surtout concentrée sur l’Asie.

Quid des conséquences de la crise boursière chinoise sur les places financières occidentales? Si la croissance économique de la Chine ralentit davantage à cause de cette crise, tout dépendra des secteurs les plus exposés à ce pays.

3. Secteurs les plus exposés

Certains pans de l’activité économique occidentale sont plus sensibles que d’autres à la situation économique de la Chine. Déjà victimes du ralentissement de la deuxième économie mondiale, ces secteurs pourraient souffrir davantage à cause de la crise boursière que traverse le pays. "La croissance chinoise avait déjà tendance à ralentir depuis de nombreux mois", rappelle d’abord Marc Craquelin (La Financière de l’Échiquier). Compte tenu de la chute boursière, "il commence à y avoir plus de doutes à l’égard de cette économie depuis quelques jours. Les secteurs les plus exposés en Europe sont notamment les valeurs de l’automobile ou encore du luxe".

On y ajoutera les minières, dont les cours sont fortement corrélés à la demande de la Chine, premier importateur mondial de métaux et produits agricoles. En outre, plusieurs groupes financiers internationaux sont présents en Asie et risquent de voir leurs activités affectées en cas de conséquences du ralentissement chinois sur les économies de la région.

4. Actions potentiellement affectées

Même en l’absence de risque macroéconomique systémique, la crise boursière en Chine pourrait accélérer le ralentissement de la croissance économique du pays, ce qui affecterait certaines actions en particulier, à savoir celles des sociétés dont le chiffre d’affaires est exposé de manière significative à la deuxième économie mondiale.

Société Générale a publié vendredi une liste de 22 sociétés européennes répondant à cette caractéristique. On y trouve des valeurs de l’automobile, comme Valeo et BMW. Notons que dans ce secteur, Volkswagen pourrait aussi être concernée. Dans le secteur financier, SG épingle HSBC, Standard Chartered et Aberdeen AM. On pourrait y ajouter l’assureur britannique Prudential.

Dans les valeurs minières, la banque cite Anglo American, BHP Billiton, Glencore et Rio Tinto. Dans la liste de SG, le luxe est représenté par Hermès, LVMH et Richemont. Les producteurs de biens d’équipement ne sont pas en reste: SocGen évoque ABB, Atlas Copco, Schneider et SKF. Dans les services commerciaux, elle cite SGS et Intertek. Quelques noms bien connus complètent la liste de la banque: Rolls-Royce, Nokia, Infineon et le belge Solvay. À ce propos, d’autres valeurs belges sont également exposées à la Chine. On ne citera que AB InBev, Bekaert, Nyrstar ou encore D’Ieteren. Encore faut-il distinguer selon la part de chiffre d’affaires directement exposé au pays, ce qui n’est pas nécessairement évident, certaines sociétés se bornant à renseigner leur exposition à l’Asie en général.

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