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Sauve qui peut sur les marchés émergents. Et après?

La Bourse de Shanghai a chuté de 11% cette semaine, entraînant dans son sillage les autres marchés. ©AFP

La tempête souffle sur les marchés émergents.

Depuis la semaine passée, l’indice MSCI Emerging Markets se trouve en marché baissier, ce qui signifie qu’il a perdu plus de 20%, depuis le 28 avril. L’indice de la Bourse de Shanghai a chuté de 12% cette semaine, sa pire performance depuis le mois de juin. Il a perdu plus de 32% depuis le 12 juin. La récente dévaluation du yuan par la banque centrale chinoise a provoqué une onde de choc sur les autres marchés, émergents et développés. Comme le soulignent des analystes, l’aversion au risque est de retour sur les marchés. Au cœur des inquiétudes des intervenants se trouve la Chine, deuxième économie mondiale, dont les dernières statistiques économiques publiées font craindre un ralentissement économique plus marqué que prévu.

L’effet de contagion de la Chine aux marchés émergents est très important.

Dans cette période d’aversion au risque, les investisseurs se délestent de leurs placements les plus risqués. Les marchés émergents se trouvent en première ligne. Comme l’indique une étude de Bank of America/Merrill Lynch, les fonds investis dans les marchés émergents ont subi des retraits de 26 milliards de dollars (22,8 milliards d’euros) depuis six semaines. Les autres marchés, y compris européens, ne sont pas épargnés.

Un recul déjà depuis longtemps

Toutefois, plusieurs analystes indiquent ne pas changer leur stratégie face aux soubresauts des marchés depuis le début de l’été. Rappelons que les actions de la zone euro sont privilégiées par la majorité des analystes depuis janvier. Chez JPMorgan Asset Management, Vincent Juvyns, responsable de la stratégie, indique avoir sous-pondéré les marchés émergents depuis le début de l’année.

©EPA

Chez Carmignac, David Park, gestionnaire de fonds, indique que les problèmes des marchés émergents ne datent pas d’hier. "Durant toute cette année, les inquiétudes étaient présentes sur les marchés émergents. Aujourd’hui, ils traversent une longue période de ralentissement économique, qui se reflète dans les cours du pétrole. Au départ, on pensait que le repli des prix pétroliers était dû à la spéculation, mais on s’aperçoit désormais que cette chute reflète un ralentissement économique mondial, souligne-t-il. Les trois dernières années, les exportations des pays émergents ont ralenti. On croyait, à cause des chiffres de croissance des Etats-Unis et de la zone euro cette année, que la situation économique allait s’améliorer. Mais les pays émergents souffrent d’une faible demande externe. Elle avait touché un sommet en 2010, mais désormais, elle s’est affaiblie."

Franz Wenzel, responsable de la recherche chez Axa Investment Managers, constate lui aussi un tassement des performances des marchés émergents depuis 2010. Il relève que celles-ci restent atones alors que l’indice MSCI World a augmenté de 70% sur la période. Dans une note, il souligne que les marchés émergents ne voient pas encore le bout du tunnel. "La réduction des marges s’est encore accentuée ces deux dernières années, tandis que l’endettement des entreprises a augmenté pour retrouver les niveaux connus au début des années 2000", pointe-t-il. Il souligne que leur performance évolue parallèlement à leur taux de change, sous pression alors que la Réserve Fédérale américaine s’apprête à relever ses taux d’intérêt.

Pleins feux sur la Chine

Les problèmes de la Chine ont ajouté de l’huile sur le feu des marchés émergents. "Les problèmes de la Chine se sont avérés un déclencheur supplémentaire de la débâcle sur les émergents, indique David Park. Un ralentissement plus marqué de la croissance économique chinoise est déjà intégré dans les cours des matières premières. Mais si la Chine continue à décélérer, tous les marchés émergents vont en pâtir. Il sera difficile de se cacher. Des pays comme le Mexique et l’Inde peuvent profiter de faibles prix du pétrole. Ils peuvent compter sur leur demande domestique. Mais des pays comme l’Indonésie, le Brésil, Taiwan, le Pérou et le Chili vont être durement touchés à cause des retraits de capitaux. L’effet de contagion de la Chine aux émergents est très important."

Mais Vincent Juvyns ne croit pas à une détérioration de la croissance économique chinoise et reste positif. "Malgré tout le bruit, la transition de la Chine vers une économie de services reste en place. Le pays garde un pilote monétaire dans l’avion, ce qui est rassurant, souligne-t-il. La banque centrale chinoise se garde du mou et peut encore abaisser son ratio de réserve obligatoire", constate-t-il.

C’est aussi l’avis de David Park, mais le gestionnaire nuance: "De toutes les principales puissances économiques, la Chine est le seul pays à pouvoir abaisser ses taux d’intérêt et adopter des mesures de relance pour soutenir sa croissance. Mais le problème repose sur le manque de transparence de sa politique. Nous ne savons pas quand le pays compte agir. Et c’est ça qui inquiète les marchés."

La question des taux d’intérêt de la Fed

Les marchés émergents restent sensibles à une future hausse des taux d’intérêt de la Réserve Fédérale américaine, prévue en septembre par le consensus des analystes. Mais la récente dévaluation du yuan pourrait gêner la banque centrale américaine. Comme le souligne David Park, "la dépréciation du yuan face au dollar était inattendue. Il y a encore beaucoup de spéculations autour d’une prochaine dévaluation. C’est difficile de prévoir jusqu’où ils veulent déprécier le yuan. Je ne pense toutefois pas à une dévaluation de plus de 10%."

Le yuan doit rejoindre d’ici novembre le DTS (droits de tirage spéciaux), où il sera soumis aux forces du marché comme les autres devises, alors que jusqu’à présent, la banque centrale chinoise intervient pour contrôler son cours. Dans ce contexte, l’évolution future de la devise pourrait influencer jusqu’où elle pourrait être dévaluée. "les Etats-Unis ne veulent pas une trop grande dépréciation du yuan, qui conduirait à une exportation de la déflation en Chine aux autres pays à un moment où les Etats-Unis essaient de relancer leur économie", pointe David Park.

Les difficultés de la Chine pourraient conduire la Réserve Fédérale américaine à repousser sa hausse de taux d’intérêt, la première depuis 2008, à une prochaine échéance. Vincent Juvyns ne croit pas à une remontée en septembre. De plus en plus de participants de marchés commencent à penser de concert.

©Mediafin

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