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Septembre et octobre, des mois dangereux?

Rédacteur en chef-adjoint

La semaine de Marc Lambrechts | Comme dirait Mark Twain, les autres mois dangereux sont janvier, février, mars, avril… Les investisseurs sur le marché américain ne cessent de guetter, voire même d’espérer, une correction. Qui ne vient pas…

Cette fois, c’est bien la rentrée, il suffisait de se trouver cette semaine sur nos routes pour s’en rendre compte. Et c’est aussi la rentrée boursière. Souvent, tel un écolier, l’investisseur repart d’une page blanche. Mais que ceux qui n’ont pas scruté les indices boursiers en juillet et août se rassurent, ils n’ont finalement pas raté grand-chose. Globalement, les marchés ont un peu monté en juillet avant de reculer en août.

Depuis sa création, le Bel 20 a connu en septembre autant de périodes de baisses que de hausses.

Cela tranche avec l’année dernière lorsque l’indice Bel 20 avait pris 3,6% en juillet et encore 2,6% en août. La Bourse américaine avait quant à elle poursuivi son irrésistible ascension.

Précisément, l’année dernière lors de cette même période de rentrée, Bank of America Merrill Lynch avait publié une petite note avec 10 raisons pour lesquelles Wall Street devait (ou pouvait) corriger. Un an plus tard, on attend toujours cette correction boursière…

Grosso modo, les arguments avancés voici un an sont toujours d’actualité: les actions américaines sont chères historiquement selon les différents ratios (rapport cours/bénéfice…) et on s’interroge toujours autant sur la politique monétaire de la Réserve fédérale…

"Last but not least", le mois de septembre est historiquement le mois le plus faible de l’année: l’indice boursier S&P 500 a été en négatif pendant 58% du temps lors des mois de septembre.

Septembre est également le mois le moins performant à la Bourse de Bruxelles, avec un return moyen négatif de -1,2% depuis la création de l’indice Bel 20, selon les calculs de la firme Leleux. Les plus mauvais mois de septembre remontent à 2008 (-14,8%) et surtout à 2002 (-16,8%). C’était la période "post-11 septembre", la chute des valeurs technologiques, les scandales comptables. à oublier…

À noter qu’au niveau du Bel 20, il y a eu autant de mois de septembre en baisse qu’en hausse sur les 26 dernières années. Pas de quoi donc transformer septembre en mois de tous les dangers.

©AFP

Pour ce qui est de la cherté de la Bourse américaine, l’indicateur cours/bénéfices défini par Robert Shiller (le ratio Cape pour "cyclically adjusted price to earnings") se situe désormais à plus de 30, soit 80% plus haut que sa moyenne historique de 16,8. Il n’est plus très éloigné de ses niveaux de 1929 (32,60) tout en restant à distance de ses niveaux de 2000 en pleine bulle internet (44). Danger? Le prix Nobel d’économie lui-même relativise régulièrement la portée de son baromètre. Il n’indique pas quand il y aura une correction (et même s’il y en aura une…). Et puis cet indicateur est basé sur les bénéfices des dix dernières années. Comme il englobe la crise financière de 2007-2008 et la récession bénéficiaire de 2009, cela pousse le ratio vers le haut. Enfin, Shiller l’a déjà répété, la faiblesse persistante des taux d’intérêt a complètement brouillé les repères.

Reste que pas mal d’investisseurs sur le marché américain se couvrent actuellement contre une éventuelle correction. Certains espèrent même un tel repli des cours, synonyme d’opportunités d’achat.

Car si septembre n’est historiquement pas un bon mois boursier à Wall Street, les plus anciens se méfient aussi d’octobre, période de krachs retentissants. D’autant que cette année, on "fêtera" les 30 ans du krach du 19 octobre 1987, lorsque l’indice Dow Jones s’était écrasé de 22,6% en l’espace d’une séance, un record absolu.

Mais même l’indicateur "Bull & Bear" de Merrill Lynch, censé délivrer un signal de vente, vient de refluer ces dernières semaines. Comme si Wall Street désirait sans cesse reporter l’échéance d’une correction. Alors, rendez-vous à la rentrée de septembre 2018?

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