Un rachat à 47 milliards de dollars dans le tabac

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British American Tobacco propose de racheter les 57,8% de Reynolds qu'il ne possède pas encore pour 47 milliards de dollars.

Le cigarettier britannique British American Tobacco (BAT) a annoncé vendredi qu'il mettait 47 milliards de dollars sur la table, en cash et en actions, pour acheter les 57,8% des parts qu'il ne possède pas encore dans l'américain Reynolds . Objectif: concurrencer directement le fabricant des Marlboro.

Le propriétaire des marques Dunhill, Lucky Strike, Kent et Pall Mall (entre autres) a annoncé qu'il avait présenté cette proposition au conseil d'administration de Reynolds (marque Camel, entre autres). Aucune négociation formelle n'a toutefois été conduite jusqu'à présent, a-t-il précisé.

Nicandro Durante, le directeur général de BAT précise que l'opération créerait le numéro un de la cigarette aux Etats-Unis. Il deviendrait aussi un acteur important dans les marchés émergents où la consommation de tabac est en forte croissance, en Amérique du Sud, Afrique, Moyen-Orient et Asie, ainsi que dans les "principaux marchés des pays développés". Le groupe a mis en avant aussi qu'il serait un des leaders dans le domaine de l'e-cigarette.

Au final, ce nouveau BAT deviendrait la première entreprise cotée de tabac du monde en terme de chiffre d'affaires et de bénéfice opérationnel.

BAT a présenté informellement cette offre au conseil d'administration de Reynolds American, ce qui l'oblige, de par la loi américaine, à immédiatement l'annoncer publiquement. Pour cette raison, le groupe britannique n'a pas pu encore engager de discussions formelles avec les dirigeants de sa cible.

BAT offre 56,50 dollars par action Reynolds, proposant d'en régler 24,13 dollars en cash et 32,37 dollars avec ses propres actions. L'offre représente une prime de 20% par rapport à la valeur du titre Reynolds à la clôture de la Bourse de New York jeudi. L'OPA, l'une des plus grosses lancées par une société britannique cette année, serait ainsi au total de 20 milliards de dollars en cash et de 27 milliards de dollars en titres. Avec cette proposition, Reynolds est valorisée à hauteur de 93 milliards de dollars, a précisé le groupe britannique. BAT est actionnaire de Reynolds depuis 2004. 

Diversification

L'action BAT a atteint des records depuis que la Grande-Bretagne a décidé de quitter l'Union européenne (UE) le 23 juin dernier, ce qui a eu pour effet de faire chuter la livre et de doper les cours des actions des entreprises qui réalisent l'essentiel de leur CA en dehors du Royaume-Uni. L'action, qui avait touché un pic à 5.135 pence en juillet, gagnait 2,55% à 4.925,5 pence en Bourse de Londres dans la matinée, l'un des plus gros gains des indices FTSEurofirst 300 et Stoxx 600. Elle est en hausse de 27% depuis le début de l'année.

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L'OPA de BAT est l'une des dernières qui reste encore possible dans un secteur du tabac dominé par six acteurs. Elle aurait pour avantage de créer le seul cigarettier qui soit très présent à la fois aux Etats-Unis et ailleurs.
Reynolds, qui a racheté Lorillard, le fabricant de la cigarette Newport, en 2014, et Altria Group dominent le marché américain. Les marques de BAT sont vendues dans plus de 200 pays et sont en tête dans 55 d'entre eux au moins.

Toutefois, fumer est moins répandu aux Etats-Unis et dans les pays occidentaux en général pour des raisons de santé publique et aussi parce que la réglementation et la fiscalité sont devenues plus strictes. C'est pourquoi tous les cigarettiers investissent dans la cigarette électronique et autres vapettes pour se diversifier.

Shane MacGuill, expert chez Euromonitor International, juge que l'opération "faisait sens car elle donnera à BAT l'accès au marché américain - très lucratif mais protégé par de hautes barrières" commerciales.

Le groupe britannique pense enfin que l'opération sera relutive dès la première année suivant l'acquisition et qu'elle permettra aussi d'accroître le dividende. La transaction devra toutefois franchir de nombreux obstacles, dont la validation des actionnaires des deux groupes, et celle des autorités de régulation.

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