Bonne nouvelle pour les gestionnaires de fonds: les investisseurs reviennent !

L'information n'est pas nouvelle en soi puisque l'année 2006 leur donnait déjà du pain sur la planche. Mais le comportement des investisseurs semble plus que jamais différer de pays à pays, selon l'analyse des trois premiers mois de l'année 2007.

Des différences sont en tout cas perceptibles dans les trois plus grands marchés en la matière: l'Italie, l'Allemagne et la France. Là où un Allemand ou un Italien privilégient les fonds monétaires, le Français se sent une âme d'investisseur en fonds d'actions. Ce comportement est d'abord gouverné par une certaine tradition. Mais il est aussi le fruit du jugement personnel des investisseurs, partagés entre :

  • les statistiques économiques propres à chaque nation. Ainsi, les Italiens continuent à quitter un marché obligataire devenu décevant comparé aux années précédant le passage à l'euro. Quant aux Français, ils auraient été particulièrement sensibles aux bonnes statistiques récentes de leur économie.
  • la nervosité des marchés au regard des décisions monétaires à venir des deux grandes banques centrales, la Fed et la BCE. Cela semble en tout cas avoir persuadé les Allemands de privilégier des fonds plus conservateurs.

Une chose est sûre: après la frayeur des années noires dues à l'éclatement de la bulle en 2000, les investisseurs ont retrouvé aujourd'hui le goût des fonds. Et cela se ressent dans les encours des fonds communs de placement.

L'allemagne et l'Italie préfèrent les fonds monétaires

«Les Italiens investissent beaucoup moins en obligations depuis le passage à l'euro», commente Xavier Timmermans, responsable allocation des produits spécialisés chez Fortis Investment Management. «Ils étaient habitués à un rendement obligataire extrêmement élevé avec la lire, maintenant ils doivent se contenter d'un gros 4%.» Les Italiens, qui avaient déjà déserté ce type de fonds en 2006, continuent à le faire en 2007: aux 28,5 milliards d'euros de décaissement l'année passée, il faut rajouter 10,7 milliards rien que sur les trois premiers mois de l'année, selon les chiffres publiés par Assogestioni, l'association italienne des gestionnaires d'actifs. De là à croire les Italiens attirés par le risque, rien n'est plus faux. «Ils préfèrent de loin les fonds monétaires et surtout en rendement absolu», continue Xavier Timmermans. Il faut dire que l'actualité n'a pas non plus tendance à privilégier les fonds obligataires. Le taux directeur de la Banque centrale européenne s'est élevé à 3,75%, et tout porte à croire qu'il atteindra 4% en juin prochain.

Les fonds monétaires ont aussi la cote chez les Allemands: sur les deux premiers mois de l'année, leur encours a augmenté de 10,7 milliards d'euros. Et comme leurs voisins d'outre-Alpes, ils ont sensiblement délaissé les fonds d'actions. «Pour l'Italie et l'Allemagne», commente Kristof Woutters, senior portofolio manager chez Dexia, «cela vient d'une certaine correction sur le marché des actions avec des prises de profit. C'est aussi la conséquence des soubresauts dans les crédits hypothécaires aux états-Unis».

La France penche pour les actions

En France, rien qu'en 2006, Sicav et fonds de placement ont globalement augmenté de 17,1% selon les données récoltées auprès des autorités financières françaises, l'AMF. Et la tendance sur les trois premiers mois de l'année 2007 semble se confirmer. En mars, les encours français en fonds d'actions ont augmenté de 34,7 milliards d'euros. «Historiquement la France a toujours été très prudente», continue Kristof Woutters, «ce qui explique naturellement les grandes allocations en fonds monétaires et obligataires (ce sont les meilleurs gestionnaires dans ce domaine). Mais les taux très bas de ces dernières années ont rendu les fonds obligataires moins attrayants, d'où l'engouement pour les fonds en actions. Il ne s'agit que d'une logique de rattrapage.» Le pays a également sorti une série de très bonnes statistiques en février: confiance des affaires, production industrielle et manufacturière, chiffre de croissance, tous sortis meilleurs que prévus. Une vision qui contraste avec l'atmosphère de morosité qui prévalait en 2006. «C'est une volée de statistiques qui montrent que l'économie n'est pas si mauvaise que ça», confirme Xavier Timmermans. «Ces bonnes nouvelles sont plus récentes qu'en Allemagne.»

La Belgique délaisse les fonds d'obligations

Pour la Belgique, les chiffres des premiers mois 2007 ne sont pas encore sortis. Les statistiques seraient toutefois difficilement comparables à cause d'un effet parasite: l'instauration en 2005 d'un précompte mobilier touchant le particulier belge en cas de vente d'un fonds investissant pour plus de 40% en valeurs à revenu fixe. En conséquence, les fonds obligataires voient leur actif net décroître de mois en mois. Selon le BEAMA, l'association belge des assets managers, l'encours des fonds obligataires et des fonds monétaires (calculés ensemble) a baissé de 2,0% sur l'année 2006. De quoi revoir sa stratégie d'investissement. Serge Quoidbach

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