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Brevets échus : pilule amère, mais douce revanche ?

Pour une poignée de dollars... L'enjeu est naturellement plus important que cela mais c'est dans une belle ambiance de western et de course au magot que le secteur pharmaceutique voit actuellement ses brevets essuyer un feu nourri.

(l'écho) La menace pesant sur les grands laboratoires semble s'accentuer au fur et à mesure que les brevets sont pris à contre-pied par les fabricants de génériques bien avant leur échéance contractuelle. L'exemple tout récent du laboratoire Sanofi-Aventis, supplanté sur la production de son produit phare, le Plavix, deuxième médicament le plus vendu au monde, par le fabricant canadien de génériques Apotex en est une excellente illustration. Initialement protégé jusqu'en 2012, le Plavix a vu son procédé habilement contourné par Apotex, qui en débute donc dès maintenant la commercialisation aux états-Unis. Avec pour conséquence d'impacter très significativement les bénéfices de Sanofi-Aventis.

L'arbre qui cache la forêt

Cette affaire est loin d'être isolée. Sanofi-Aventis, encore lui, est soumis à des tensions sur ses produits Lovenox et Eloxatine. Pfizer a dû batailler pour conserver ses droits sur le Lipitor et Astellas est en procès pour sa molécule tamsulosin. Entre autres cas (importants). On le voit, les accrochages sont légion et de nombreux "intérêts" sont à prendre en considération pour mieux appréhender la situation.

D'un côté, les laboratoires pharmaceutiques investissent des sommes colossales en recherche et développement afin de mettre au point de nouvelles molécules et entendent bien rentabiliser ces coûts. D'où l'importance de la solidité des brevets qu'ils déposent. De l'autre côté, les fabricants de génériques sont censés reprendre à l'échéance du brevet la composition du médicament afin de le revendre à moindre coût, au plus grand profit du consommateur (et aussi du leur). Au centre se trouvent enfin les autorités gouvernementales, souvent confrontées à des systèmes de protection sociale battant de l'aile et qui affichent donc un penchant non dissimulé pour le développement des génériques.

L'investisseur au milieu du jeu de quilles

Face à l'immensité des marchés en jeu, chaque mois gagné dans un sens ou dans l'autre sur la protection d'une molécule équivaut à des sommes de plusieurs dizaines, voire centaines, de millions d'euros. Pour contrer les fabricants de génériques, les laboratoires tendent donc à modifier en cours de cycle de vie la composition de leur principe actif afin de renforcer son efficacité et de pouvoir prolonger le brevet. Les autorités valident parfois la prolongation du brevet. Parfois non. Dans ces conditions, faut-il toujours considérer le secteur pharmaceutique comme un placement défensif? En cas de remontée de l'aversion au risque des investisseurs, ne sera-t-il pas cette fois soumis au même traitement que l'ensemble du marché? à ce sujet, il n'est pas nécessaire d'aller trop vite en besogne. Les valeurs pharmaceutiques conservent en effet de nombreux atouts. Premièrement, elles ont sous-performé le marché depuis 3 ans (+20% pour l'indice MSCI World Health Care, +42% pour l'indice MSCI World), ce qui rend leur valorisation assez attrayante. Ensuite, elles sont par nature peu dépendantes du cycle économique et sont positionnées sur un marché dont la croissance ne peut être réellement remise en cause. De plus, leur faible niveau d'endettement les rend moins sensibles au durcissement des conditions de financement. Les menaces sur les brevets existent, certes, mais après tout, cela peut aussi être une façon pour les grands groupes pharmaceutiques de stimuler leurs chercheurs. Alors, bien entendu, de temps à autre, certains grands laboratoires vont voir un brevet attaqué de manière cavalière mais globalement, leurs perspectives bénéficiaires restent séduisantes. La clé d'un retour en grâce? Peut-être une plus grande réactivité dans le cycle de vie des produits et dans une meilleure communication de la part du management afin d'améliorer la visibilité de leurs entreprises, terrain qu'ils ont quelque peu (au gré de procès interminables) abandonné aux avocats et aux juges.

En attendant d'y voir plus clair, il est donc légitime de se poser des questions sur le futur de cette industrie. Mais le risque à y placer ses économies devrait demeurer inférieur à la moyenne, surtout en passant par l'intermédiaire d'un fonds de placement. Cela réduit en effet notamment le risque lié à la chute d'un brevet isolé.

Le secteur est indéniablement sous pression depuis quelque temps mais sa capacité d'investissement et la robustesse de son marché font qu'il ne serait guère judicieux de vouloir, séance tenante, le pendre haut et court.

Fabrice Kremer (Fund Research)

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