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Faut-il vraiment avoir peur d'un retour de l'hydre inflationniste?

La Banque Centrale Européenne pourrait ce jeudi relever les taux d'intérêt d'un quart de pourcent, alors que l'inflation semble tempérer. Qu'est-ce qui justifie ce resserrement monétaire?
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Nos banques centrales auraient-elles perdu la tête?

(l'echo) - A l'heure où l'inflation glisse à son plus bas niveau depuis trois ans et demi, la Banque centrale européenne s'apprête à relever ses taux directeurs d'un quart de point. Même le Fonds monétaire international (FMI) vient pourtant de lui recommander de ne pas se précipiter.

On est loin en effet de la décennie précédente. Ni la flambée du cours du brutni la croissance vigoureuse ne se sont traduites par un regain significatif de l'inflation. Même aux états-Unis, où la poussée s'avère plus significative que sur le Vieux Continent, l'inflation annuelle ne dépassait pas 3,2% en août.

La mondialisation croissante de l'économie a en effet profondément changé la donne. Par le biais des prix à l'importation hors pétrole, elle a en moyenne réduit l'inflation de 0,25 point par an dans les pays avancés, analyse le FMI dans son dernier «World economic outlook». Et l'effet s'est révélé encore plus prononcé aux USA, où la réduction a atteint un demi-point par an.

L'inflation, attention ! Danger

Il y a même eu des périodes de creux conjoncturel où l'impact a dépassé le pour-cent, ce qui incite les experts de l'institution à considérer qu'il n'est pas bon de se fixer des objectifs d'inflation trop proches de zéro.

Et c'est logique. La montée en force des pays émergents s'est traduite par un afflux sans précédent de biens en tous genres à très bas prix. La mondialisation a soutenu la désinflation mondiale depuis 15 ans par l'effet conjugué de l'apparition de nouveaux producteurs à faibles coûts, de l'ouverture accrue des marchés et de l'intensification de la concurrence, n'hésite pas à reconnaître le «Bulletin de la Banque de France» daté du mois d'août.

Mais celui-ci tend à croire que la vague baissière est en train de s'essouffler. La forte croissance asiatique n'a-t-elle en effet pas propulsé les prix des matières premières à la hausse, au risque de contrebalancer la baisse des prix industriels? Des tensions commencent également à apparaître sur les capacités mondiales de production ainsi que sur certains segments du marché du travail, insiste le document.

Cette analyse n'est toutefois pas partagée par tous les spécialistes.

En Belgique par exemple, l'inflation est passée à 1,2% en septembre sur un an. Difficile de dire que l'on est au bord d'une vague inflationniste, souligne Geert Noels, chief economist chez Petercam. Les tendances sous-jacentes restent beaucoup plus déflationnistes qu'autre chose, insiste-t-il.

Anton Brender, chef économiste chez Dexia Asset Management, ne voit pas non plus de menace majeure se profiler. «Nous sortons d'uns période où il y avait bien plus de déflation que d'inflation», explique-t-il. De plus, il rappelle qu'une partie des tensions sur le prix des matières premières était aussi spéculative et que l'un après l'autre les cours sont en train de se replier. Bien sûr, «les prix restent à des niveaux beaucoup plus élevés, mais on n'attend plus un doublement sur deux ans», insiste-t-il. Il ne pense pas non plus que l'on soit «au bout des pressions déflationnistes en provenance d'Asie».

Une menace qui diffère d'un continent à l'autre

Et si les prix des produits en provenance de Chine tendent à devenir moins attractifs, il suffirait de supprimer les mesures protectionnistes pour relâcher la pression à la hausse, estime-t-il. En même temps, la tendance à la baisse touche une gamme de plus en plus large de produits.

Il n'y a donc pas de quoi être trop inquiet au sujet de l'évolution des prix industriels. Or c'est surtout à cet égard que la dérive s'est fait sentir en Europe depuis un an, argumente Brender. Par contre,les prix des services sont restés stables à quelque 2% d'inflation.

Aux états-Unis, la situation s'avère un peu plus complexe. Les chiffres indiquent une dérive plus nette, l'inflation ayant atteint en août son plus haut depuis onze ans. Mais les signes de ralentissement économique sont de nature à contenir la pression, tandis que le calcul de l'indice semble surestimer les tensions.

Françoise Delstanche

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