Fonds indiciels sur matières premières et autres ETC

Permettre aux investisseurs particuliers d'accéder directement aux marchés physiques des matières premières, en plein essor, tel est le pari de nombreuses banques et organismes financiers.

(l'écho) L'essor des produits sur matières premières n'est pas sans risque. Si les ETF et ETC sur matières premières se multiplient à la plus grande satisfaction des particuliers, qui peuvent ainsi accéder au marché physique des ressources naturelles, certains redoutent que leur essor puisse, à terme, mettre à mal l'équilibre précaire entre l'offre et la demande qui prévaut sur de nombreux marchés comme celui du platine.

De nombreuses banques et organismes financiers ne cessent d'agrandir leur palette de produits chargés de répliquer la performance des futures sur matières premières individuelles ou d'indices relatifs aux produits de base.

ETC

Dernier exemple en date, la société ETF Securities (ETFS) et le London Stock Exchange (LSE) viennent d'annoncer conjointement le lancement de cinq ETC (exchange traded commodities) liés aux métaux précieux sur le LSE.

Il s'agit d'obligations zéro coupon reproduisant la performance d'indices basés sur des contrats à terme de matières premières et que les investisseurs peuvent échanger via une transaction boursière ordinaire, comme pour une action, sans devoir procéder à une livraison physique de la ressource concernée. Il s'apparente aux ETF (exchange traded funds), dit fonds indiciels ou «trackers», qui reflètent la performance de nombreux indices allant des indices boursiers et sectoriels aux indices de matières premières et en passant par les indices sectoriels ou des indices dits de stratégie.

Le succès rencontré par ces produits, qui donnent, in fine, la possibilité aux particuliers de jouer presque à armes égales avec les institutionnels actifs sur le marché des futures et options, et leur offre grandissante ont évidemment un effet haussier sur les cours des matières premières. Nombreuses sont, en effet, celles souffrant d'un déficit de l'offre par rapport à une demande industrielle particulièrement vigoureuse, comme en témoigne l'étroitesse de leurs réserves. L'arrivée d'ETF ou d'ETC vient donc encore renforcer ce déséquilibre et contribue à alimenter le trend haussier de leurs cours.

D'où la question: ces nouveaux véhicules financiers ne risquent-ils pas d'être la goutte qui fera déborder le vase en provoquant un tel renchérissement des matières premières que leur demande de long terme pourrait s'en trouver affectée?

Le platine, un cas exemplaire

Pour illustrer la problématique, le marché du platine constitue un bon exemple. L'once de platine, qui s'est appréciée de plus de 220% depuis ses planchers de fin 2001 et culmine aujourd'hui à des sommets avoisinant les 1.300 USD, semble en mesure de battre son précédent record historique de 2006 (1.395 USD). L'annonce du lancement hier sur le LSE par ETFS du premier ETC reproduisant la performance du cours du métal blanc et les rumeurs qui avaient précédé ledit lancement ont, en effet, relancé la dynamique haussière du métal précieux (voir graphique).

«Alors que l'équilibre entre l'offre et la demande sur le marché du platine est déjà serré, cette nouvelle a fait grimper le platine de plus d'une centaine de dollars en quelques jours», observe James Moore, analyste au Bullion Desk.

Il faut savoir que chaque part de l'ETC sur le platine représente en fait un dixième d'once de platine. Cela signifie donc qu'à chaque souscription faite par un investisseur au produit d'ETFS correspond un achat physique de métal par la banque HSBC qui le conservera dans ses coffres. En d'autres termes, le marché déficitaire du platine doit désormais composer avec une nouvelle demande, celles des investisseurs, qui vient se juxtaposer à la forte demande des industriels. Lorsque l'on sait qu'en 2006, la demande (7,02 millions d'onces) ne fut que partiellement satisfaite par les producteurs (7 millions d'once), il y a fort à parier que le déficit enregistré l'année passée (20.000 onces) s'aggrave encore cette année. ETFS table, en effet, sur une accumulation de 76.000 onces, auxquelles il faut ajouter les 70.000 onces d'ores et déjà anticipées par la Zurich Cantonal Bank qui compte, elle aussi, lancer tout prochainement un ETF relatif au marché du platine.

Réserves problématiques

Des chiffres prospectifs qu'il faut mettre en regard des stocks de platine qui sont pour l'essentiel, selon John Reade, «concentrés en Suisse, le centre de clearing du marché de gré à gré du platine.» Le responsable de la stratégie d'investissement sur les métaux pour le compte d'UBS les évalue à 860.000 onces.

Difficile dans ces conditions de ne pas envisager une poursuite de l'appréciation du métal blanc. D'autant que les normes plus strictes concernant les émissions de gaz carbonique par les véhicules automobiles incitent les constructeurs à recourir toujours plus au platine pour la confection des pots catalytiques. En 2006, ils ont consommé près de 15% de platine en plus qu'en 2005, à savoir 4,38 millions d'onces. Dans le même temps, la demande de platine émanant du secteur chimique et électronique a progressé de 12% à 770.000 onces.

ETF et ETC pour un mieux...

Du coup, à en croire John Reade, «chaque investissement de 100.000 onces de platine réalisé dans les ETF ou produits assimilables est susceptible de faire grimper le prix du métal de 40 USD/once».

Si d'autres produits similaires à ceux évoqués pour le platine venaient à être lancés, il ne fait pas de doute, poursuit David Holmes, directeur des ventes de métaux précieux auprès de la banque Dresdner Kleinwort Investment, que «le volume de matières premières retirées du marché, du fait des ETC et ETF, pourrait devenir significatif». Pour ne prendre que le cas des tout récents ETC sur métaux précieux lancés par ETFS, son président s'attend à ce qu'ils génèrent «une demande d'investissement comprise entre 250 à 500 millions d'onces».

... temporaire?

Mais ces prévisions, qui laissent entrevoir une poursuite du rally de nombreuses matières premières, ne font pas que des heureux.

Les producteurs de platine, comme Anglo Platinum ou Implats, les deux principaux acteurs de la filière, qui devraient pourtant apprécier la hausse du platine, s'inquiètent du fait que les ETF et ETC puissent pousser les prix trop haut et finalement nuire à la demande de long terme de platine en incitant les industriels à trouver des alternatives au platine. Comme le résume, Jon Bergtheil, stratégiste chez JPMorgan, «ce qu'ils craignent par- dessus tout, c'est que le prix du platine bondisse jusqu'à 1.600 USD/once et ne s'effondre par la suite à 900 USD/once».

Faut-il, dés lors, être opposé par principe aux ETF et ETC sur matières premières, comme l'est Trevor Raymond, senior manager chez Anglo Platinum? Tout est sans doute une question de nuance, les fondamentaux des ressources naturelles n'étant pas totalement homogènes. Une chose est sûre cependant, nombreuses sont celles qui sont confrontées à un équilibre précaire entre l'offre et la demande, un équilibre qui pourrait être, dans certains cas comme celui du platine, déstabilisé par l'arrivée de ces nouveaux entrants.

Luc Charlier

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