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L'Allemagne s'attaque à la spéculation boursière

La Haute Cour de justice allemande prépare un texte qui vise à empêcher les fonds de pension et les actionnaires minoritaires d'empocher de confortables plus-values lors des opérations de fusion-acquisition.

(l'écho) L'Allemagne continue plus que jamais a souffler le chaud et le froid sur le dossier sensible des fonds spéculatifs (hedge funds). La dernière réforme actuellement à l'étude ne facilitera pas la tâche aux investisseurs boursiers.

Réglementation actuelle

Les compensations financières versées aux minoritaires sont calculées en fonction du cours moyen en Bourse de la société rachetée durant les trois mois précédant l'offre finale du repreneur. Cette réglementation encourage les spéculateurs à acheter en masse des titres le jour même de l'annonce d'une OPA car ils savent que l'assaillant devra normalement augmenter son offre au moins une fois afin d'avoir une chance d'obtenir le soutien des actionnaires de l'entreprise qu'il souhaite contrôler. La loi allemande oblige en effet les entreprises qui ont pris le contrôle de 75% du capital d'un de leurs concurrents d'offrir aux actionnaires restants de leur racheter leurs titres. Le prix payé est donc calculé en fonction du cours moyen de la société lors des trois derniers mois. Cela représente généralement un surcoût énorme pour les entreprises «assaillantes».

Proposition de réforme

La compensation financière devrait être calculée en fonction du cours moyen en Bourse du groupe «attaqué» durant les trois mois précédant le lancement de l'OPA. Cette réforme empêcherait de fait les investisseurs à la recherche d'une plus-value rapide de venir s'immiscer dans les grandes opérations de fusion-acquisition. Ce texte représente donc une bonne nouvelle pour les entreprises à la recherche d'acquisition mais un coup dur pour les spéculateurs boursiers.

Exemple concret

Lorsque le groupe pharmaceutique Bayer a acquis son rival Schering, il a ainsi été contraint de verser 96,41 euros par titre aux minoritaires.

La nouvelle loi en préparation lui aurait permis d'offrir seulement 86,68 euros par action.

Stratégie

Le gouvernement fédéral cherche à résoudre la difficile équation qui lui permettrait de relancer les opérations boursières tout en décourageant les actionnaires n'ayant qu'une stratégie sur le très court terme. Les Allemands ont toujours eu une attitude hostile vis-à-vis des fonds d'investissement. Angela Merkel profite de sa présidence au G8 pour encourager ses partenaires à voter une nouvelle réglementation obligeant les fonds d'investissement à s'inscrire auprès des autorités financières dans les pays où ils sont basés et de fournir une série d'informations sur les financements dont ils disposent et les entreprises où ils ont investi.

Mais dans le même temps, la Chancelière jure ne pas vouloir «mettre en place une orgie de régulations étatiques». Elle a même été plus loin en expliquant qu'elle souhaitait «améliorer les possibilités des fonds d'investissement» de prendre des participations dans les entreprises allemandes. «Il ne peut y avoir de grandes économies qui fonctionnent sans des marchés des capitaux efficaces», expliquait alors la chef de la grande coalition au pouvoir.

Marché prometteur

De 1998 à 2005, les fonds ont ainsi investi moins de 25,6 milliards d'euros en Allemagne, soit moins du quart de la somme dépensée au Royaume-Uni (103,18 milliards d'euros). Mais le temps de la prudence semble aujourd'hui arriver à son terme. Les plus gros acteurs tels que KKR, Blackstone ou Carlyle parviennent en effet à persuader les banques et les fonds de pension de leur prêter des sommes toujours plus importantes en leur faisant miroiter des retours sur investissement très élevés. Et un des marchés les plus prometteurs en termes de proies à croquer est sans aucun doute l'Allemagne. L'équipementier automobile Continental a ainsi été approché à l'automne dernier et le voyagiste TUI représente une cible idéale. Le rachat d'une entreprise appartenant au Dax ne semble donc être qu'une histoire de temps selon la plupart des analystes. En attendant la première «méga-opération», les fonds multiplient les acquisitions plus «discrètes». L'an dernier, les rachats de sociétés allemandes ont atteint un volume total de 110,2 milliards d'euros, contre 108,4 milliards en 2005. Ce chiffre est bien supérieur à la moyenne (56 milliards) enregistrée lors des trois années précédentes. Et le phénomène est encore appelé à s'accélérer, que Berlin le veuille ou non… Frédéric Therin

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