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L'imposture de l'internet gratuit

Papoter avec ses amis, échanger des photos de famille, présenter son profil professionnel… Les sites de réseaux sociaux sont-ils vraiment gratuits ?
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(l'écho) - Les réseaux sociaux numériques proposent toute une série de fonctions qui permettent aux utilisateurs de projeter, et même de gérer, leur vie réelle dans le monde virtuel. Ces sites stars du web 2.0, et principalement Facebook, offrent gracieusement ces services aux internautes. Mais cette gratuité ne serait qu'apparente, selon Xavier Wauthy, professeur d'économie et chercheur. Il a réalisé une étude au titre évocateur : « No free lunch sur le web 2.0 ! Ce que cache la gratuité des réseaux sociaux numériques ».

 

Ce qu'on pense être gratuit sur le net ne l'est donc pas toujours ?

Ce n'est pas parce que nous consommons gratuitement un service que le prestataire de ce service n'est pas rémunéré par nous-mêmes… C'est un phénomène récurrent dans l'économie.

 

Quelle stratégie permet à ces sites du web 2.0 d'obtenir un bénéfice financier grâce à ses utilisateurs ?

Lorsque j'utilise Facebook, par exemple, je fournis gratuitement au gestionnaire de cette plateforme des informations qu'il serait prêt à payer. Il y a un manque à gagner pour l'utilisateur. Avec ces informations sur le profil des internautes, la société qui gère le site crée une base de données très développée permettant d'attirer des annonceurs publicitaires. Ceux-ci peuvent donc mener des campagnes très ciblées.

 

Les membres de ces réseaux sociaux numériques n'imaginent pas que toutes ces informations sont récoltées et utilisées. Ces sites profitent donc de leur naïveté ?

Selon moi, ce n'est pas un problème, tant que ces informations restent employées par la plate-forme qui les a récoltées. Actuellement, l'utilisateur profite gratuitement des services du site : on peut parler d'un système de « donnant-donnant ». Mais l'enjeu pour ces sociétés de l'internet social, c'est la vente des bases de données à des tiers.

 

L'utilisateur n'a pas le choix…

Le modèle actuel est dominant, notamment parce qu'il est plus simple pour l'utilisateur final. On pourrait imaginer que les gestionnaires du site laissent le choix à leurs membres : leur profil est utilisé et ils emploient les services gratuitement, ou les informations ne sont pas collectées mais l'internaute paie. Compliqué…

 

Ce modèle de la gratuité contre des informations, semblable à celui choisi par les supermarchés pour les cartes de fidélité, n'évolue pas ?

Si ! La particularité des sites sociaux, c'est qu'ils récoltent des informations très précises et permettent un ciblage très performant. Ce ciblage n'est pas encore poussé à l'extrême mais ça ne va pas tarder.

 

Le phénomène de concentration auquel on assiste dans le secteur de l'internet ne risque-t-il pas de faire passer des bases de données dans le giron d'autres gestionnaires de site, à l'insu des personnes dont le profil sera utilisé ?

Bien sûr. Mais le phénomène de la concentration appelle aussi d'autres problèmes. Souvent, ces plates-formes ne sont pas ce qu'on pense ! Tout le monde croit que Google est un moteur de recherche. Mais que produit réellement Google ? De l'audience. Son seul marché pertinent, c'est celui de la publicité en ligne. On s'imagine que Google n'est pas très dominant sur ces marchés mais en rachetant des opérateurs, même si ceux-ci ne sont pas actifs dans la publicité en ligne, il monopolise de l'audience. Les fusions dans ce secteur posent de nouveaux défis en matière de concurrence parce qu'il est difficile de définir le marché sur lequel la société est active. L'on aborde une théorie récente en économie, celle du marché « multifaces » ou « multiversants », qui n'est pas propre à ces réseaux. Le secteur des cartes de crédit fonctionne de cette manière. Il va falloir du temps pour débroussailler tout ça.

Propos recueillis par Sophie Leroy

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