L'industrie des fonds alternatifs, les fameux hedge funds, est en plein essor.

Les actifs sous gestion sont passés de 39 milliards de dollars en 1990 à plus de 1.500 milliards de dollars fin 2006. Ces fonds correspondent-ils à un nouvel eldorado, ou les sommes monumentales investies dans ces produits ne servent-elles qu'à gonfler une nouvelle bulle spéculative?

(l'echo) Auparavant destinés uniquement aux clients particuliers fortunés, les fonds alternatifs intéressent de plus en plus les investisseurs institutionnels, d'où cette formidable croissance. Si cette première catégorie pèse encore environ 75% des actifs, les institutionnels détiennent désormais 15% de l'industrie, le reste se partageant entre fondations et «endowments» (fonds provenant de donateurs, généralement non taxés).

Explication des performances

Les deux raisons principalement avancées: des ratios performance/risque particulièrement attractifs et une dé-corrélation de cette classe par rapport aux classes traditionnelles comme les obligations et actions.

Le gestionnaire de fonds Fund Market analyse la question et relativise les performances de ces actifs.

  • Sur le papier, les indices représentant l'industrie parviennent à des rendements tout à fait exceptionnels, tout en affichant une volatilité minime. Ainsi, l'indice provenant de la société Hedge Fund Research (HFR) présente sur les quinze dernières années une performance annualisée supérieure à 12%, tout en conservant une volatilité inférieure à 7%.

    Ces chiffres doivent néanmoins être relativisés. En effet, ces indices prennent uniquement en compte les fonds alternatifs encore existants. Ainsi, si un fonds implose comme ce fut le cas pour Amaranth en septembre 2006 (le fonds a perdu six milliards de dollars en quelques jours), celui-ci sera juste éliminé de la composition de l'indice, sans perte de valeur correspondante. Il s'agit du fameux «survivorship bias». La performance affichée par un indice alternatif ne représente donc que les fonds toujours en activité. Or il semble nécessaire de rappeler que la durée de vie médiane d'un fonds alternatif est comprise entre deux et trois ans. A ce titre, les indices dans lesquels il est possible d'investir affichent des performances nettement inférieures.

  • La décorrélation des principaux fonds alternatifs est réelle par rapport aux classes d'actifs traditionnelles telles que les obligations et les actions, mais s'accompagne généralement d'une autre forme de corrélation, beaucoup plus difficile à prendre en compte, même pour l'investisseur professionnel. Exemple : un fonds alternatif dit «market neutral» peut afficher une performance positive dans tous types de marché, que les actions progressent ou faiblissent. Les investisseurs peuvent donc en conclure que ce type de produit permet de conserver son capital en toutes circonstances, tout en affichant constamment des performances positives. Cependant, il n'existe pas de performance gratuite en finance, et tout rendement s'accompagne systématiquement d'un risque, même si celui-ci est difficilement perceptible. Reprenons notre exemple du fonds Market Neutral. Si ce fonds est, sur le papier, décorrélé par rapport aux marchés actions, il se peut qu'il joue à la hausse les actions de petite capitalisation, tout en vendant à découvert les actions de grande capitalisation. Ou encore qu'il favorise les obligations d'entreprise, tout en vendant à découvert les obligations d'état. Bref, si dans ces deux cas, le fonds peut sembler ne pas dépendre de l'évolution des principaux indices globaux, il sera en revanche sensible à la préférence des investisseurs pour les petites ou grandes capitalisations boursières, ou encore à l'écart de taux entre obligations gouvernementales et privées.
  • Les fonds alternatifs présentent généralement des structures de frais totalement disproportionnées. La règle qui prévaut est le 2-20, soit 2% de frais de gestion par an, plus 20% de frais sur la performance réalisée au-dessus d'un indice de référence. Si les principaux gestionnaires alternatifs sont dans l'ensemble extrêmement compétents et professionnels, ces frais s'avèrent tout de même très élevés.

Ces chiffres doivent néanmoins être relativisés. En effet, ces indices prennent uniquement en compte les fonds alternatifs encore existants. Ainsi, si un fonds implose comme ce fut le cas pour Amaranth en septembre 2006 (le fonds a perdu six milliards de dollars en quelques jours), celui-ci sera juste éliminé de la composition de l'indice, sans perte de valeur correspondante. Il s'agit du fameux «survivorship bias». La performance affichée par un indice alternatif ne représente donc que les fonds toujours en activité. Or il semble nécessaire de rappeler que la durée de vie médiane d'un fonds alternatif est comprise entre deux et trois ans. A ce titre, les indices dans lesquels il est possible d'investir affichent des performances nettement inférieures.

Conclusion

Si les fonds alternatifs ne sont pas sensibles aux indices traditionnels, ils peuvent être en revanche extrêmement sensibles à d'autres éléments «cachés» du marché. Une récente étude de la London Business School avance d'ailleurs que le fameux «alpha», c'est-à-dire la performance réalisée par le gérant sans l'appui du marché, serait en fait, dans plus de 90% des cas, le fruit de sensibilités au marché non visibles. La diversification constitue un élément indispensable que tout investisseur doit prendre en compte. Comme toujours, acheter un fonds de fonds diversifié et à l'historique connu permet de réduire systématiquent le risque. Maxime Pacan, analyste Fund-Market

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