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L'obligation, un produit de placement plus sophistiqué qu'on ne le croit...

Souvent, les investisseurs gardent leurs obligations jusqu'à l'échéance. Ils ne se rendent pas compte que leurs titres fluctuent!

On entend beaucoup dire en ce moment que "du fait de la hausse des taux d'intérêt, le marché obligataire accuse le coup". Certains épargnants ne comprennent pas: "la hausse des taux? Mais c'est excellent pour les obligations!" Explications.

Les obligations, tout le monde connaît. Ou plutôt tout le monde croit connaître. En fait, le produit est plus sophistiqué qu'on pense et, surtout, il ne réagit pas comme on pourrait superficiellement le croire.

Un titre coté en Bourse

A ce stade déjà, certains diront: "Réagir? Pourquoi réagir? Quand j'achète une obligation, je la garde jusqu'à l'échéance, c'est-à-dire jusqu'à son remboursement. Et je me f? pas mal de savoir ce qui peut arriver entre-temps." C'est une façon de voir les choses, mais ce n'est pas toujours la bonne. Notamment lorsqu'intervient la tuile qui oblige à revendre une obligation en cours de route.

Si dans l'intervalle les taux d'intérêt ont monté, il est exclu de vendre au pair. Il faut vendre au cours du jour. Et ce cours sera forcément plus bas pour que le rendement de l'obligation que l'on vend s'aligne sur celui des obligations nouvellement émises. Compliqué? Quand on le lit comme ça, oui. Mais quand on y réfléchit un peu, ce n'est que de l'arithmétique.

Cas pratique

Imaginons que vous ayez acheté une obligation au taux de 6%. Vous l'avez achetée au pair, c'est-à-dire à 100% de sa valeur. Son rendement est donc de 6%. Vous voulez revendre un an plus tard mais, entre-temps les taux d'intérêt ont monté (c'est du reste le cas depuis quelques mois) et les obligations nouvellement émises le sont au taux de 8%. Pour trouver quelqu'un qui rachète votre obligation à 6% alors que le taux du jour est de 8%, vous devrez faire des concessions sur le cours et la revendre à 75% de sa valeur. Pourquoi ? Parce que celui qui achète une obligation à 75 sur laquelle il touche un coupon de 6% a effectivement un rendement de 8%. S'il ne parvient pas à obtenir ce rendement, l'agent économique rationnel qu'il est va préférer une obligation nouvellement émise qu'il va payer 100 et sur laquelle il aura un rendement de 8%.

Lorsqu'on fait l'effort de prendre un bout de papier et d'y coucher le petit raisonnement ci-dessus, on comprend mieux pourquoi le marché obligataire apprécie tellement peu les hausses de taux d'intérêt. Beaucoup d'épargnants pensent l'inverse et se disent: "si les taux montent, tant mieux. Je ne vois pas où est le problème." Dans l'absolu, il n'est nulle part en effet. Mais pour celui qui a des obligations en portefeuille, le fait de voir les taux passer de 6 à 8% va ramener la valeur de son bien de 100 à 75, ce qui n'est guère réjouissant, vous en conviendrez. Entre les lignes, cela signifie donc que l'on peut perdre de l'argent avec des obligations puisque la mise de départ peut se vopir amputée.

Il faut donc bien comprendre ce que disent les analystes boursiers lorsqu'on les entend regretter, à la radio par exemple, que "la hausse des taux d'intérêt a fait chuter le marché obligataire". Il s'agit, sous-entendu, du marché des obligations existantes évidemment.

Ce mécanisme, souvent mal compris, est beaucoup plus visible sur le marché des Sicav d'obligations puisque la valeur d'inventaire (VNI) de ces instruments de placement est extrêmement sensible aux taux d'intérêt. Les temps sont durs pour ce type d'investissement puisque nous sommes effectivement en période de hausse des taux d'intérêt. Lorsque le mensuel "Fonds & Sicav" (1) publie, comme il le fait tous les mois, sa revue des marchés au cours des trente jours écoulés, il ne manque jamais de souligner l'effet qu'ont sur la valeur d'inventaire des Sicav obligataires les mouvements de taux d'intérêt.

Dans les deux sens d'ailleurs, puisque toute baisse des taux d'intérêt a pour effet d'augmenter la valeur d'inventaire de ces mêmes Sicav, exactement comme elle augmente la valeur des obligations existantes. C'est exactement l'inverse du mécanisme décrit plus haut.

Large panel de titres

Enfin, et ce n'est pas un détail, toutes les obligations ne réagissent pas de la même manière aux mêmes mouvements de taux. Généralement, on divise le marché obligataire en trois segments: court terme (1 à 3 ans), moyen terme (3 à 5 ans), long terme (au-delà de 5 ans). Plus la durée d'une obligation est longue, plus elle va réagir vivement aux mouvements de taux d'intérêt. Et, inversement, moins cette durée est longue, moins le cours de l'obligation concernée est sensible aux taux d'intérêt.

C'est une information importante pour celui qui investit en Sicav d'obligations. Une Sicav d'obligations n'est pas l'autre. Il faut tenir compte de la durée moyenne des obligations que la sicav a en portefeuille.

Plus cette durée moyenne est élevée, plus la sicav concernée sera sensible au contexte actuel de hausse des taux. Vous ne le saviez pas? Et bien, maintenant vous savez. Renseignez-vous sur la durée moyenne des obligations que votre Sicav a en portefeuille. C'est d'une grande importance pour évaluer le risque lié à votre avoir.

Jean Blavier

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