La Bourse chinoise chute de 4,52%

Presque deux mois jour pour jour après la chute de la Bourse de Shanghai, qui avait entraîné dans son sillage les Bourses européennes et américaines, le même scénario semble se répéter.

(l'écho) Impressionnante, cette baisse de 4,52 hier n'a toutefois pas eu le même impact qu'en février dernier lorsque tous les marchés d'actions avaient décrochés dans son sillage. A leur ouverture, les Bourses européennes faisaient profil bas, enregistrant leur plus fort recul depuis trois semaines, mais le calme est rapidement revenu, le DJ Stoxx 600 clôturant finalement en recul d'à peine 0,39%.

Il est vrai que le décrochage chinois était loin des 9% dont le monde boursier avait été le témoin en février. Les marchés semblent en outre avoir déjà intégré le risque d'un changement de politique monétaire au pays du Soleil levant pour freiner l'ardeur toujours à la limite de la surchauffe de l'économie chinoise.

L'année 2007 semble, de l'avis des spécialistes, se promener globalement sur une corde raide entre déséquilibres mondiaux et bonne tenue de l'économie en général. «Tout se passe comme si tous ces déséquilibres maintenaient actuellement un équilibre global», nous confiait hier Peter De Keyzer, d'ABN Amro.

Explication

Hier, la Bourse de Shanghai a lâché 4,52%, plombée par des prises de bénéfice déclenchées par les inquiétudes des investisseurs sur de possibles mesures visant à ralentir l'économie chinoise.

Le bureau national des statistiques chinois a fait état d'une croissance de l'économie à deux chiffres: le produit intérieur brut a bondi de 11,1% sur un an. Et l'inflation s'est accentuée au premier trimestre, avec un indice des prix à la consommation en hausse de 2,7% en glissement annuel, se rapprochant dangereusement de la limite officielle fixée à 3% pour 2007. Pour le seul mois de mars, les prix ont progressé de 3,3%.

Tous ces éléments font craindre des mesures visant à resserrer les conditions de crédit.

Impact limité sur les autres Bourses

La chute des actions chinoises, après une série de records de clôture durant plus de trois semaines, a cette fois encore contaminé les autres marchés mais dans une moindre mesure qu'en février dernier.

En toute logique, la Bourse de Hong Kong s'est contractée de 2,30%, tandis que le Nikkei à Tokyo a abandonné 1,67%. A l'ouverture, les Bourses européennes étaient en net recul - leur plus forte baisse sur trois semaines - mais elles ont rattrapé leur retard en cours de séance pour finir proche de leur niveau de la veille. La mini-onde de choc chinoise a perturbé les marchés de part et d'autre de l'Atlantique sans néanmoins causer les dégâts occasionnés lors de la précédente correction de février. Wall Street reculait également à la clôture des Bourses européennes. Les intervenants ont, en outre, été déçus par la stat US relative au nombre hebdomadaire des demandeurs d'emploi, ainsi que par l'indice de la Réserve fédérale de Philadelphie qui est ressorti stable à 0,2 en avril.

Les marchés s'habituent

Cette baisse de la Bourse de Shanghai présage-t-elle d'une vague de correction des marchés d'actions, et de mois «difficiles» pour les investisseurs?

D'après Peter De Keyzer, chief investment advisor d'ABN Amro Belgique: «Les marchés se sont habitués. Ils avaient été particulièrement affectés par les attentats du 11 septembre 2001, mais avaient fait montre de plus de sang-froid lors des attentats de Londres et de Madrid. De plus, en février dernier, la Bourse de Shanghai avait perdu 9%; ici on parle d'un peu plus de 4%. Les investisseurs savent que l'économie chinoise doit ralentir un jour.» L'année dans son ensemble devrait être du même acabit que ce qu'on a connu au premier trimestre, avec des fondamentaux économiques mondiaux solides, mais aussi la persistance d'importants déséquilibres structurels. Parmi les déséquilibres, ABN pointe évidemment les crédits hypothécaires (surtout ceux à risque) et la consommation américains, mais aussi les «carry trade» favorisés par un yen faible. En contrepartie, certains facteurs stables devraient compenser les risques induits par ces déséquilibres: la croissance économique et l'emploi, ou encore la crédibilité des banques centrales.

Surpondérer les actions

La correction chinoise prouve néanmoins qu'il faut s'attendre à une résurgence régulière d'une certaine volatilité. Mais cela n'empêche pas les gestionnaires de surpondérer les actions en portefeuille. «Au sein de notre portefeuille mixte, continue Peter De Keyzer, nous marquons une préférence pour les valeurs financières, télécoms et pharmaceutiques dont le haut rendement des dividendes et les importantes capitalisations constituent un tampon défensif bienvenu». Dans la partie obligataire par contre, ABN Amro suggère de prendre ses bénéfices sur les obligations des marchés émergents et d'opter pour des fonds d'obligations convertibles.

Un euro à 1,45 dollar

Selon la banque, les taux directeurs européens devraient atteindre 4,25% cette année, contre une diminution outre-Atlantique de 0,25%. «Il y aura une discussion serrée avant d'atteindre les 4,50%, explique De Keyzer, car si l'inflation continue à poser des problèmes, l'euro fort devrait pouvoir les résoudre.» Par contre, il juge que la probabilité d'une récession américaine est faible, les risques sur le «subprime» aux Etats-Unis ayant été surévalués (il table sur une croissance US de 2,5% et 2,9% pour 2007 et 2008). Enfin, ABN Amro prévoit un euro à 1,45 dollar d'ici la fin de l'année. Karine Huet et Serge Quoidbach

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