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«La consolidation est inquiétante pour les Bourses européennes»

Georges Ugeux, président de Galileo Global Advisors, porte un regard assez critique sur le processus actuel de consolidation des Bourses dans le monde. Il prédit que le processus de fusions dans le secteur est loin d'être terminé.
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(l'écho) Le conseiller de l'infortuné Deutsche Börse dans son opération de rachat d'Euronext s'est exprimé en marge de la convention annuelle des Bourses européennes, ce mardi à Bruxelles. A l'heure où les patrons d'entreprises de marché se félicitent des récentes fusions, le Belge exilé à New York estime que le processus est loin d'être terminé et pourrait réserver des surprises.

Depuis maintenant un an, le processus de consolidation des Bourses s'est accéléré. Euronext a fusionné avec le Nyse, le Nasdaq avec OMX et bientôt le London Stock Exchange avec Borsa Italiana. Comment expliquez-vous cet emballement?

Derrière le processus de consolidation se trouvent plusieurs forces. D'une part, on a une prise de conscience des dirigeants des différentes Bourses américaines des limites de leur marché et des limites de leur internationalisation. En clair, ils estiment que pour que ces Bourses soient globales, leurs dirigeants doivent privilégier la voie de l'acquisition plutôt que la croissance organique. D'autre part, grâce à la révolution technologique, les marchés évoluent plus vite que les frontières nationales: il devient possible d'opérer de manière mondialement au départ des principaux marchés. Cette mouvance s'est récemment traduite par le projet Turquoise, où l'on retrouve une série de grandes banques de marché.

Ce processus touche-t-il à sa fin?

Nous sommes actuellement au chapitre 5 ou 6 d'un roman qui en comporte 12. Mais du point de vue européen, ce phénomène de consolidation a quelque chose d'inquiétant. On assiste à une prise de contrôle de l'Europe par les Américains, avec le Nyse qui reprend Euronext et le Nasdaq qui s'empare de 30% du LSE et puis du groupe OMX. Mais il faut faire une distinction entre les marchés d'actions et les marchés de dérivés.

C'est- à -dire ?

Au niveau des marchés de dérivés, les interventions se font sur le plan mondial. La Deutsche Börse n'a pas eu de problème pour racheter l'International Stock Exchange ( ISE). Les autorités de contrôle américaines n'ont trouvé aucun problème à une fusion entre le Chicago Board of Trade ( CBoT) et le Chicago Mercantile Exchange ( CME). Sur les marchés d'actions, les Bourses américaines ont bénéficié d'un facteur technique avec des ratios cours/bénéfices considérablement plus élevés que celui de leurs pairs européens. Ce qui explique, entre autres, pourquoi les actions NYSE Euronext ont chuté de 25% en dollar, et même davantage en euro, depuis la cotation du titre en avril.

Le patron du NYSE, John Thain, avait récemment indiqué vouloir prendre part à la bataille sur les dérivés aux Etats-Unis. Croyez-vous que cela soit possible?

Avec la dégringolade du cours de NYSE Euronext depuis le mois d'avril, le groupe n'a plus les moyens de lancer une OPA agressive. Après la fusion entre le CME et le CBoT, la question ne sera plus de savoir si NYSE Euronext peut les racheter, mais plutôt si CME-CBoT peut racheter le groupe.

Le Nasdaq est-il mieux loti que le NYSE?

Le Nasdaq, après le rachat d'OMX, se retrouvera dans une situation de «junk company». Son endettement, déjà à la limite après le rachat de la plate-forme Instinet et des 30% du LSE, va être insoutenable après OMX. Soit ils vendront leurs parts dans le LSE, soit ils devront augmenter leurs fonds propres.

Jugez -vous pertinente la fusion annoncée entre le LSE et Borsa Italiana ?

La question est plutôt quel est l'avenir de la Bourse de Londres. Je m'attendais à ce que les dirigeants du LSE fassent l'acquisition d'un marché de dérivés. Je suis surpris de voir leur première fusion avec un autre marché d'actions dans lequel les synergies sont très peu évidentes. D'ailleurs, le marché a réagi avec scepticisme. Le cours du LSE pourrait encore en pâtir.

Certains observateurs prédisent que le LSE pourrait souffrir le plus de l'implémentation de la directive sur les marchés d'instruments financiers (MiFID) dès novembre. Sera-ce le cas?

MiFID tente de casser le monopole national des Bourses. On ne peut toutefois déplacer la liquidité du jour au lendemain par une réglementation. Les Bourses vont se retrouver en pole position. Tous ceux qui tenteront de les concurrencer vont devoir arracher cette position de centre de liquidité. Par contre, les Bourses seraient mal avisées si elles ne réalisaient pas en interne l'intégration de leurs liquidités. Même Euronext n'est pas un marché intégré aujourd'hui. Le groupe n'a pas cherché à créer un pôle de liquidités unique, si bien qu'il persiste des différences flagrantes de cours des actions cotées entre ses différents marchés.

Deutsche Börse, en rachetant le marché d'options américain ISE, a clairement privilégié la voie des dérivés. Cela la protège-t-il des impacts de MiFID?

Oui. Après son échec avec Euronext, Deutsche Börse a mis l'accent sur ses deux autres business. Elle mise sur son marché de dérivés. Et elle a entamé une stratégie transatlantique avec l'ISE, mais aussi pris des positions en Asie où elle est devenue l'actionnaire de référence de la Bourse de Bombay.

Propos recueillis par Jennifer Nille

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