La Deutsche Börse s'empare d'ISE

La Deutsche Börse et SWX, déjà associés au capital d'Eurex, ont annoncé lundi avoir conclu le rachat du groupe américain International Securities Exchange pour environ 2,8 milliards de dollars (2,06 milliard d'euros) cash.

(l'écho) Cette opération amicale donnera naissance au plus important marché transatlantique de dérivés financiers. Eurex, la plateforme de dérivés de l'opérateur boursier allemand et de son partenaire suisse, offrira 67,50 dollars par action ISE, ce qui représentera une prime de près de 50% sur le cours de clôture d'ISE vendredi (45,72 dollars). La Deutsche Börse financera le rachat à hauteur de 85%, SWX apportant le solde, et l'opération devrait être achevée au quatrième trimestre. ISE, le plus important marché américain d'options, restera une entité séparée et conservera son identité et sa direction. Vers 18 heures hier , le titre ISE reculait de 0,67% après s'être envolé de plus de 47 % la veille à un plus haut historique à 67,45 USD. A la Bourse de Francfort, le titre Deutsche Börse avait, lui, été suspendu lundi sur un dernier cours de 172,55 euros (+1,38%).

Développement à l'international sur le marché des dérivés

En faisant main basse sur l'ISE, Deutsche Börse se renforce sur le très rentable marché des contrats d'options. Dans ce type de contrats, une partie confère à une autre le droit d'acheter ou de vendre un produit --action, obligation, devise ou marchandise-- à un prix convenu et durant une période prédéterminée.

La plate-forme américaine est le numéro deux aux Etats-Unis des contrats d'options avec une part de marché de 28%, derrière le Chicago Board Options Exchange (CBOE), avec 37%. La société, fondée en 2000, a enregistré un chiffre d'affaires de 178 millions de dollars l'an dernier et un bénéfice net de 55 millions de dollars. L'ISE est cotée depuis 2005 à la Bourse de New York.

Le rachat d'ISE renforcera les activités d'Eurex, la plateforme de dérivés que la Deutsche Börse détient en commun avec l'opérateur suisse SWX. L'entreprise de marché allemande cherche depuis des mois à se développer à l'international, en particulier sur le marché des dérivés. Elle avait déjà tenté une incursion aux Etats-Unis en lançant sa plateforme Eurex US en février 2004. Mais celle-ci n'a jamais réussi à capter les volumes du Chicago Mercantile Exchange et du Chicago Board of Trade. Résultat, la Deutsche Börse a dû se résoudre à la revendre l'année dernière à Man Group. Le groupe allemand, avec le rachat de l'ISE, semble passer à la vitesse supérieure depuis l'échec de son rapprochement avec la plateforme paneuropéenne Euronext. Celle-ci a finalement fusionné avec l'opérateur de la Bourse de New York, le Nyse.

Le mouvement de consolidation en cours des places financières mondiales permet aux opérateurs de réduire leurs coûts et de diversifier leurs activités. Dans ce contexte, les marchés d'options sont devenus très séduisants, leurs volumes d'échanges croissant plus rapidement que ceux des actions et futures. Le Nyse et le Nasdaq ont tous deux annoncé récemment leur volonté de se prendre pied sur ce juteux marché outre-Atlantique.

Une contre-attaque envisageable du NYSE

Les analystes s'accordent pour dire que le prix proposé par la Deutsche Börse est élevé, preuve, selon eux, de la détermination de la société allemande à parvenir rapidement à un accord. «C'est un chiffre très élevé, en particulier pour l'ISE», commente Richard Herr, analyste chez Keefe Bruyette & Woods. «La Deutsche Börse souhaite peut-être cette fois décourager la concurrence, après avoir échoué sur Euronext», ajoute-t-il .

La Deutsche Börse a présenté en mars un plan de réorganisation en trois divisions spécialisées, qui, avaient estimé les experts à l'époque, pourrait aboutir à la distribution aux actionnaires de liquidités atteignant jusqu'à deux milliards de dollars. Des fonds spéculatifs actionnaires de la Deutsche Börse réclamaient depuis longtemps cette réorganisation. "(Ce rapprochement) pourrait couper l'herbe sous le pied (aux actionnaires)", estime Andreas Präsier, chez MM Warburg. ISE était déjà considéré par les observateurs comme une cible potentielle, après l'approche faite par le Nasdaq sur l'opérateur de Philadelphie, le numéro trois américain des options. "L'ISE fait face à une concurrence de plus en plus vive», assure Richard Herr."Etant donné les défis auxquels ils sont confrontés, ils ne devraient pas refuser une telle prime. Malgré la prime offerte, le rachat de l'ISE reste une opération bon marché, surtout si on le compare aux acquisitions annoncées récemment dans le secteur. Avec cette transaction, Deutsche Börse met également la main sur une plate-forme très bien positionnée sur le plan technologique." Il ajoute toutefois que le groupe Nyse Euronext pourrait être tenté par une contre-offre sur ISE. "Le Nyse a évoqué sa volonté de grossir sur le marché américain des dérivés et l'ISE est assurément l'un des acteurs les plus intéressants. Le Nyse a de plus les moyens de surenchérir sur la Deutsche Börse avec un multiple plus élevé", précise-t-il. La Deutsche Börse est valorisée à environ 23 fois son bénéfice par action estimé 2007, contre 35 fois pour NYSE Euronext, selon les données de "Reuters".

J.N.

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