La dynamique haussière de nombreuses matières premières demeure intacte

Le yoyo des prix des matières premières ayant pris une amplitude plus modérée ces derniers mois, les feux de la rampe médiatiques s'en sont détournés et les différents intervenants ont regagné en sérénité, tout au moins jusqu'aux prochaines secousses.

(l'écho) Nous avons profité de cette accalmie relative pour interroger des gestionnaires de fonds spécialisés dans les matières premières sur les tendances à long terme qui devraient être celles des ressources naturelles.

Questions à Jacqueline de Sanctis, client portfolio manager chez Credit Suisse

Quelles sont les matières premières qui disposent du potentiel de croissance le plus significatif?

Ce sont, en fait, toutes les ressources dont la demande est tirée vers le haut qui apparaissent comme les plus prometteuses, à savoir: l'énergie (pétrole, gaz, charbon, nucléaire) et les métaux tels que le cuivre, le zinc, le minerai de fer et le nickel. Toutes ces matières ont comme point commun de présenter un déficit significatif de l'offre par rapport à la demande.

La question sous-jacente à celle du cours est naturellement celle de la volatilité...

Les matières premières sont volatiles par nature, avec une exception possible pour le minerai de fer. En effet, de courtes interruptions de l'offre ou des décisions de stockage ou de déstockage prises par de gros consommateurs peuvent parfois jouer un rôle disproportionné dans l'évolution de leur cours.

En tant qu'investisseur dans les actions en ressources naturelles, il est important de se souvenir que leurs cours ne fluctuent pas de la même façon que les actions des entreprises investies dans ce secteur.

Quoi qu'il en soit, la raison fondamentale justifiant un investissement dans les actions en ressources naturelles tient à l'urbanisation et l'industrialisation à long terme qui rythmeront l'essor de l'Inde et en Chine au cours des 20 ou 30 prochaines années. Ce phénomène, étroitement lié aux tendances démographiques et au développement des pays émergents, relève d'une dynamique qui est, par nature, non volatile.

Comment l'équipe d'analystes du Credit Suisse juge-t-elle le potentiel de croissance du secteur de l'énergie?

Les perspectives d'une augmentation des investissements en énergie restent très positives. Nous continuons à penser que la demande de pétrole et de gaz augmentera encore dans les décennies à venir.

Les délais d'exécution sont très longs dans le secteur de l'énergie et n'importe quel projet pétrolier ou gazier de taille significative qui commencerait cette année n'atteindrait pas sa capacité de production avant 8 à 15 ans.

Les réserves mondiales de pétrole arrivent à maturité, le taux de déclin des champs existants et les ruptures causées par des problèmes d'infrastructures augmentent. Cela signifie qu'il devient de plus en plus difficile de conserver le niveau de production actuel.

La demande d'énergie, et de pétrole en particulier, reste relativement inélastique au prix et au revenu. L'utilisation en tant que carburant pour le transport et l'absence d'alternative dans ce domaine malgré des prix très élevés à la pompe indiquent que la réaction de la demande face à la hausse du prix du pétrole sera presque inexistante.

Quel secteur énergétique est favorisé dans votre portefeuille?

Nous considérons que la plupart des entreprises du secteur énergétique sont aujourd'hui sousévaluées. Néanmoins, nous concentrons nos efforts sur les producteurs de pétrole et de gaz pour leur potentiel à long terme, notamment ceux disposant de réserves importantes, comme les producteurs de sable bitumeux et certaines firmes des marchés émergents. Les fournisseurs de services et d'équipements pétroliers et gaziers offrent également d'immenses opportunités de croissance. Nous n'excluons pas non plus les sources d'énergie comme le charbon ou le nucléaire, qui représentent également de très bonnes opportunités de croissance à long terme.

Questions à Robin Batchelor et Poppy Allonby, gestionnaires des fonds Merrill Lynch World Energy Fund et MLIIF New Ernergy

Dans votre fonds énergétique, vous privilégiez les compagnies de taille moyenne. Pourquoi?

Nous possédons beaucoup d'entreprises avec des capitalisations situées entre 1 et 25 milliards de dollars. Beaucoup d'investisseurs pourraient les considérer comme de grandes sociétés mais à côté de géants de l'énergie comme Exxon, elles sont plus petites. Un grand nombre de ces entreprises de taille moyenne sontt capables de croître plus vite que les gigantesques compagnies pétrolières. De plus, elles nous permettent de gagner une position spécifique sur les bassins de production de pétrole et de gaz ou de sélectionner des zones du secteur des services pétroliers. Nous pouvons donc mieux cibler les zones du secteur que nous trouvons attractives. AEvy Hambro, gestionnaire du fonds World Mining World Gold de Merrill Lynch.

Quelles sont les métaux de base les plus prometteurs?

Nous pensons qu'il y a un potentiel considérable pour la plupart des principaux métaux car la progression de la demande continue à surpasser celle de l'offre. Ceci se traduit donc par une pression supplémentaire sur les prix des métaux qui sera source de solides cash-flows et des résultats positifs pour les compagnies du secteur minier. Le zinc et le nickel sont, à cet égard, deux métaux de choix. Dans le domaine des métaux précieux, nous apprécions le platine, les diamants et l'or.

Tout est une question de cycle

L'opinion dominante est donc que le niveau élevé des prix des produits de base, conséutif au déséquilibre entre l'offre et la demande, devrait être relativement peu affecté par le modeste ralentissement de l'économie américaine attendu dans les prochains mois. Cependant, il faut rappeler que la nature cyclique de cette classe d'actifs pousse certains gérants à la sous-pondérer voire même à l'exclure de leurs portefeuilles.

Marc Erpelding, analyste Fund Market

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