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Le micro-crédit, un produit financier réellement éthique

Le micro-crédit fait partie des instruments qui donnent aux pauvres un accès au financement.

Les montants varient entre 50 et 1.000 euros

Le micro-crédit a connu un essor considérable depuis la tenue, en février 1997, d'un sommet qui a fixé pour objectif de servir 100 millions de clients pauvres en 8 ans. Ceci signifie, avec une moyenne de quatre habitants par famille au Sud, un impact sur 400 millions de personnes. En plus d'une implication majeure des ONG et du secteur bancaire, plusieurs organisations multilatérales, dont la Banque mondiale, la Banque interaméricaine de développement et le Programme des Nations unies pour le développement soutiennent le mouvement.

Le dernier rapport d'étape faisait état d'une progression considérable, le nombre de clients pauvres étant passé de 7,6 millions en décembre 1997 à 54,7 millions en décembre 2003. Cela représente une progression moyenne de 39% par an, progression qui, maintenue, devrait avoir permis d'atteindre l'objectif de 100 millions à fin 2005.

Si des formes locales et rudimentaires de micro-crédit ont toujours existé (les tontines en Afrique par exemple), le micro-crédit s'est largement professionnalisé ces dernières années sous l'impulsion d'organisations internationales telles que l'Onu.

Le micro-crédit fait partie des instruments soucieux non plus d'assister les pauvres ou les démunis mais de les libérer en leur donnant accès à un financement. D'un montant variant de 50 à 1.000 euros, les prêts sont généralement accordés à des personne insolvables et n'ayant pas accès aux services bancaires traditionnels.

Le taux de remboursement des prêts s'avère plus élevé que pour les prêts conventionnels, il est souvent supérieur à 95%.

Ceci explique l'engouement récent des banques pour le phénomène. Dans de nombreux cas, des initiatives ayant été impulsées par des ONG ont été ensuite relayées par des banques commerciales.

L'assistance, l'accompagnement et la présence sur le terrain des agents des institutions de micro-finance constituent des facteurs essentiels dans la réussite du micro-crédit. Cette même présence sur le terrain pourrait d'ailleurs constituer un frein à une duplication purement financière de ce système.

D'aucuns associent le micro-crédit à un outil d'économie sociale. Cette vision réductrice est contrebalancée par des expériences de micro-financement qui montrent qu'elles peuvent être des activités lucratives. La clé du succès du micro-financement est en effet la mise en place d'une solution gagnante autant pour le prêteur que pour l'emprunteur. Au-delà de l'aspect purement financier des opérations de micro-crédit, il faut également prendre en compte les éléments sociaux qui y sont liés: en accordant un crédit à une personne, on lui accorde également du crédit. Cette confiance placée dans l'individu permet une vision active et participative de l'avenir. En entourant le bénéficiaire d'un prêt de multiples normes (respect des échéances, respect des délais impartis pour la réalisation du projet?), ce dernier est placé au coeur d'une spirale responsabilisante dont l'étape ultime sera couronnée par la réalisation de son projet et le remboursement de sa dette.

On peut s'étonner du taux d'intérêt relativement élevé (30% par an en moyenne) et des contraintes de temps imposés aux clients. Pour séduisantes qu'elles soient, les alternatives au micro-crédit comme les prêteurs locaux n'en restent pas moins des pièges financiers avec des taux de 10% par mois. Un des autres éléments intéressants est la relative corrélation entre le pourcentage de femmes clients et le taux d'impayés: plus la féminisation de la clientèle est élevée, plus le taux d'impayé est faible.

Le micro-crédit est aussi utilisé dans les pays industrialisés, comme instrument de lutte contre la pauvreté ou pour le financement d'activités commerciales ou artisanales pour lesquelles les banques traditionnelles demandent des références et des garanties trop contraignantes.

L'engagement éthique

L'actuel engouement pour les questions éthiques de la part des milieux d'affaires ne doit pas cacher que l'objectif premier des fonds éthiques est bien le rendement. Ces fonds éthiques, véhicules de placements financiers, tentent de réconcilier la performance financière avec l'éthique sociale et environnementale. Si les politiques éthiquement correctes ne répondent bien souvent qu'à un souci d'intérêt bien compris et se manifestent sous la forme d'une concession à l'air du temps, il n'en reste pas moins que le micro-crédit est aujourd'hui une alternative crédible dans la lutte contre la pauvreté et pour le développement y compris sous sa version la plus industrialisée. Le micro-crédit n'est ni une panacée ni une baguette magique, mais il peut largement contribuer à réduire la pauvreté et à améliorer les conditions d'existence des populations.

Marc Erpelding, senior fund analyst chez Fund Market

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