Le modèle fédéral d'Euronext montre des ratés

A quelques jours de la première cotation de Nyse Euronext, issu du mariage entre le groupe paneuropéen et la Bourse de New York, des voix s'élèvent en interne pour dénoncer l'axe avant tout franco-américain de l'union.

(l'echo) Mercredi, le premier marché transatlantique verra le jour au travers de son introduction en Bourse, à Paris et à New York. Au cours de cet événement historique, les dirigeants des deux groupes inaugureront la nouvelle société au Palais Brongniart de Paris, dans un premier temps, avant de s'envoler vers la Grosse Pomme pour assister à la clôture du titre. Ils emporteront avec leurs bagages des journalistes de différents pays, mais aussi la crème des employés et responsables d'Euronext.

Responsables d'Euronext

Pour la Belgique, Olivier Lefevbre, membre du comité de direction du groupe, et Vincent Van Dessel, directeur général d'Euronext Brussels, feront partie du voyage.

Mais, selon le quotidien néerlandais Het Financieel Dagblad, une nationalité sera surreprésentée au sein des représentants d'Euronext: les Français. Selon le journal, dix places auraient été réservées pour les Anglais du Liffe, le marché dérivés londonien du groupe, alors que celui-ci génère quelque 35% des bénéfices d'Euronext.

La personnalité de Jean-François Théodore, le patron d'Euronext, fait également l'objet de nombreuses critiques. Connu pour ses qualités de fin stratège, le Français aurait aussi une propension à vouloir tout contrôler dans les détails. Et à s'assurer que les ficelles du pouvoir soient tirées de mains françaises. Selon la répartition des fonctions au sein du groupe, Paris occupe une place prépondérante pour toutes les décisions importantes de la société. La gestion du personnel revient à Londres et Amsterdam gère l'audit interne. Comme Reto Francioni, le patron de Deutsche Börse, «Théo» aime s'entourer de lieutenants fidèles qui ont une longue expérience au sein de la Bourse de Paris.

Les couacs d'un management à cinq têtes

Artisan de la création d'Euronext en 2001, Jean-François Théodore avait voulu dès le départ mettre en place un modèle fédéré pour les Bourses composant le groupe. Chaque dirigeant de chaque place d'Euronext occupe ainsi un siège au comité de direction de la société, avec un traitement sur le même pied d'égalité que le Français. Toutefois, ce souhait initial s'est vite transformé en une prise de contrôle par Jean-François Théodore.

Son exercice solitaire du pouvoir aurait ainsi poussé George Möller, l'ancien directeur de la Bourse d'Amsterdam, à claquer la porte du groupe en 2004. Son poste au sein de la société a été repris par Joost van der Does de Willebois, nommé également directeur financier d'Euronext.

Nyse Euronext

Au sein de Nyse Euronext, le Français n'occupera plus que le poste de directeur adjoint de la nouvelle entité. Il en référera à John Thain, l'actuel patron du Nyse et le futur directeur du nouveau groupe. Certains observateurs voient mal comment cet énarque pourrait s'accommoder de ce nouveau tandem. Il se murmure qu'à 60 ans, le patron d'Euronext, à l'accent français toujours très marqué lorsqu'il s'exprime dans la langue de Shakespeare, pourrait envisager de raccrocher. Et quitter un groupe au sommet de son apogée. Jennifer Nille

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