Les élections présidentielles pourraient impacter la bourse de Paris

D'emblée les courtiers s'accordent pour dire que les élections en France devraient principalement peser sur les valeurs où l'état intervient directement, comme actionnaire ou client (l'énergie, le secteur bancaire, celui des médias et de la construction), ou indirectement en tant que législateur.

(l'écho) Dans le premier cas, l'événement le plus visible de la nouvelle présidence sera bien évidemment la fusion Suez-GDF. «Une victoire des socialistes se traduirait par l'annulation pure et simple du projet», estime la banque Lehman Brothers. Un tel abandon serait susceptible de bénéficier au titre Suez, «dont le statut spéculatif serait renforcé», selon IXIS Securities. à noter également la volonté du centriste François Bayrou de renationaliser GDF et de le fusionner avec EDF, ce qui indique, selon Morgan Stanley, que «Bayrou ne fait pas confiance au marché pour augmenter l'efficacité d'une économie». Pour Nicolas Sarkozy, la situation n'est pas aussi claire. Certains lui prêtent l'ambition de rapprocher GDF de l'algérien Sonatrach, pour assurer l'approvisionnement de la France. Avec ou sans Suez? Le candidat de l'UMP n'a pas non plus montré un grand enthousiasme pour ce mariage.

La défense, secteur à droite

Autre événement d'incertitude à teneur hautement politique: l'avenir d'EADS, détenu à 15% par l'état français. Le groupe d'aéronautique et de défense attend une possible prise de position sur le plan de restructuration d'Airbus, dont la socialiste Ségolène Royal réclame la suspension pure et simple, et sur d'éventuels changements au capital du groupe, préconisés par Nicolas Sarkozy. Dans les deux cas, le titre devrait être influencé… pour le meilleur et pour le pire.

Défense toujours, avec un groupe comme Thales qui devrait bénéficier d'une victoire de la droite. «Nous retenons un engagement qui paraît plus ferme de la part de Nicolas Sarkozy à lancer la construction d'un second porte-avions français», commente Ixis.

Les amis de Sarkozy

Le poids du candidat UMP se ferait également sentir sur une valeur comme Areva. Le courtier américain JP Morgan spécule sur un rapprochement Bouygues-Alstom-Areva, rappelant que Sarkozy, «un bon ami de Martin Bouygues», est considéré comme «plus ouvert» que Ségolène Royal à une privatisation d'Areva, dont profiterait le groupe de BTP. Morgan Stanley envisage «la possibilité d'une acquisition en dessous de sa valeur de marché actuelle». à noter dans la foulée tous les groupes «sarkozystes» qui bénéficierait d'un maintien de la droite au pouvoir: Bouygues déjà cité (et donc sa filiale TF1, d'autant plus que Ségolène Royal a proposé de taxer les publicités sur les médias commerciaux), Lagardère et Dassault. Ces groupes, à l'inverse, «pourraient être sanctionnés par une certaine hostilité d'un gouvernement socialiste à leur encontre», selon IXIS.

Les influences indirectes

De ce qui précède, il paraît normal de dire que l'UMP cultive une proximité plus grande avec les marchés. Mais tout n'est pas si simple et les programmes des différents candidats peuvent aussi avoir leur influence, indirecte certes mais réelle. Le secteur de la distribution alimentaire pourrait bien être un premier exemple. Ainsi la revalorisation du SMIC (salaire minimum interprofessionnel de croissance) à 1.500 euros, développée par Madame Royal et favorable à la consommation, «pourrait profiter à des valeurs de la grande distribution comme Carrefour», selon les analystes de la Société Générale. Alors que le programme du candidat UMP pourrait être moins amical: «le programme de la droite incluant un renforcement de la lutte contre la pratique des marges arrière (ndlr: rémunérations versées par le fournisseur au distributeur contre des services réels ou supposés comme des campagnes de promotion, …) est de nature à attaquer à nouveau les marges», assure IXIS Securities. Même si une loi d'une même nature passée en 2004 n'avait eu aucune conséquence.

La lutte contre les marges arrière aurait comme effet de faciliter la compétitivité de certains fournisseurs. «Danone pourrait en profiter», déclare IXIS. à noter également que la revalorisation du SMIC défendue par la socialiste pourrait en retour avoir un effet néfaste sur la distribution «qui emploie beaucoup de personnel au salaire minimum», nuance Morgan Stanley.

D'autres secteurs de consommation pourraient profiter de la hausse du salaire minimal comme la distribution spécialisée, l'automobile et l'alimentation. Selon IXIS, «les larges caps présentant une exposition élevée à la France dans ces secteurs sont PPR, Kingfisher, Renault, Peugeot».

La balle au centre? instabilité...

Pour les banques, «la gauche est nettement plus menaçante», continue IXIS. Ségolène Royal ayant fortement critiqué la tarification jugée trop élevée des tarifs bancaires dans sa lutte pour soutenir le pouvoir d'achat. Là où la droite est plus réservée, elle qui s'appuie plutôt sur l'accès à la propriété immobilière individuelle. Ce qui «aurait un effet bénéfique pour BNP Paribas et Crédit Agricole», selon Morgan Stanley.

Un accès également plus aisé pour les PME, proposé conjointement par Sarkozy et Bayrou pourrait également profiter au secteur (Natixis, Société Générale et BNP Paribas, selon Morgan Stanley). Tous les candidats ont à leur agenda des dépenses publiques importantes: une action «positive pour des banques finançant le secteur publique», comme Dexia, continue Morgan Stanley.

Des dépenses publiques qui sont surtout marquées dans le secteur de la construction comme solution au sujet épineux du logement auquel les candidats de gauche comme de droite ont fortement souscrit. Selon la Société Générale, «des valeurs comme Nexity ou Kaufmann & Broad (immobilier résidentiel) pourraient profiter de mesures visant à améliorer la situation de crise du logement en France». Reste également le secteur de l'environnement qui a les faveurs des trois candidats, avec en avant des valeurs comme Veolia environnement, EDF énergies Nouvelles, Theolia…

A noter, pour conclure, que les marchés verraient d'un œil circonspect l'arrivée de François Bayrou, les courtiers d'IXIS soulignant que la formation d'une coalition mêlant droite et gauche «impliquerait la négociation d'une plate-forme distincte» du programme actuel du candidat centriste. «Cela pourrait induire une période de flottement, toujours mal perçue par les marchés», confie à l'AFP Arnaud Riverain, responsable de la recherche pour Arkeon Finance.

Serge Quoidbach

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