Les matières premières continuent leur cycle haussier

Bien que la croissance globale s'atténue quelque peu, elle reste excessivement dynamique. Valorisations attractives, déficit de l'offre, demande soutenue et prix réels "corrects" sont autant de facteurs plaidant en ce sens.

(l'echo) Les matières premières n'échappent pas au regain de volatilité observé sur les marchés financiers. Si bien que le trend haussier qui était le leur depuis le début des années 2000 semble avoir du plomb dans l'aile. L'indice générique de Goldman Sachs fait certes encore état d'un return (en USD) de près de 115%, mais ce gain est de 24% inférieur à ce qu'il était au début janvier 2005. En fait, tout se passe comme si les cours des produits de base, qui constituent normalement un excellent baromètre de la croissance mondiale, sont désormais plus influencés par la versatilité des investisseurs que par l'évolution de la conjoncture. Un constat qui fait bondir Ian Henderson, gestionnaire du fonds Global Natural Resources de JPMorgan.

Que l'on ne s'y trompe pas, "nous sommes, poursuit Ian Henderson, à l'aube d'une véritable révolution : les marchés émergents, la Chine, l'Inde, la Russie, ou le Brésil en tête, n'en sont qu'au début de leur expansion industrielle. Ce qui signifie que leur consommation de matières premières va continuer à croître et finalement dépasser celle des marchés déjà industrialisés".

Contagion boursière injustifiée

Lors de la correction de mai-juin 2006, qui s'était soldée par des pertes d'environ 25% pour les prix des produits de base, c'étaient les craintes de voir la Réserve fédérale américaine mener une politique monétaire trop restrictive qui avaient mis le feu aux poudre. A l'occasion du récent trou d'air de la fin février-début mars, ce furent, tour à tour, la valorisation excessive des actions chinoises, le débouclage des opérations de portage (en particulier sur le yen), et l'extrême fragilité du marché immobilier US (surtout celui des crédits hypothécaires à risque) qui ont troublé la confiance des investisseurs. Autant de facteurs qui, selon le gestionnaire de JPMorgan, n'ont pas de lien direct avec le dynamisme des économies émergentes.

Secteur bon marché

Le ratio cours/bénéfices (P/E) des mines d'or a fondu de plus de 50% à près de 35, celui des producteurs de métaux de base et des entreprises pétrolières de près d'un tiers à respectivement 16 et 10. Cette évolution, dont l'ampleur est sans comparaison avec celle observée dans le reste du marché (le multiple du MSCI monde pointe toujours à hauteur de 15), témoigne du caractère peu onéreux des sociétés concernées. Elle est surtout, insiste Ian Henderson, le reflet de leur forte croissance bénéficiaire. Pour ne prendre que le cas de Zinitex, qui offre une excellente porte d'entrée sur le marché du zinc, le titre ne se traite qu'à 5 fois ses bénéfices alors que son cours s'est envolé de 575% depuis début 2005.

Déficit de l'offre

Mais ce constat encourageant ne doit pas masquer le fait qu'il s'agit d'un marché non homogène où une certaine sélectivité doit tout de même être de mise.

A cet égard, il est un critère qui ne peut induire en erreur. Lorsque les réserves d'une matière première demeurent chroniquement peu fournies, comme c'est le cas pour les métaux industriels, son cours ne peut que rester élevé (voir graphique et lire plus bas).

Tenir compte de l'inflation

Si les prix nominaux de nombreuses matières premières peuvent donner le vertige tant ils sont élevés, c'est moins vrai lorsque l'on tient compte de l'inflation. à y regarder de plus près, les prix réels de l'or noir ne sont aujourd'hui pas plus élevés que ce qu'ils étaient aux pires moments des deux premiers chocs pétroliers.

Même son de cloche pour l'or jaune: si ses prix nominaux sont au plus haut depuis près de 25 ans, ses prix réels sont de près de 250% inférieurs à ce qu'ils étaient au début des années 80. Quant aux métaux industriels, leurs cours nominaux sont de près de 300% plus hauts qu'en 1981, alors que leurs prix réels sont encore inférieurs à leurs pics de 1988.

Bref, on peut considérer que, compte tenu de la vigueur économique du moment, la cherté relative des matières premières ne constitue pas encore un frein à la demande. Mieux encore, "le marché sous-estime grandement, conclut Ian Henderson, leur potentiel d'appréciation." Luc Charlier

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