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Papa cède sa PME: un virage délicat

Beaucoup de patrons de PME ne préparent pas leur succession. Un nouvel outil devrait permettre de les conscientiser et de les aider.
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(l'echo) D'ici 2010, près de 40% des patrons d'entreprises familiales seront amenés à devoir régler leur succession. Dès 2015, ils seront encore 23% supplémentaires à se retrouver dans la même situation. Or le principal objectif de ces entrepreneurs est de préserver le caractère familial de leur boîte. C'est un choix qui peut se défendre au plan macroéconomique quand on sait que, statistiquement, les PME familiales présentent une longévité plus importante que les autres entreprises. Force est toutefois de constater que cette aspiration n'est pas toujours facile à réaliser. La pratique montre qu'après la deuxième génération, moins de deux tiers des entreprises familiales sont toujours détenues par des membres de la famille. Et seules 13% d'entre elles ont conservé leur caractère familial après la troisième génération.

Pour garantir le succès de l'opération de transmission, il faut qu'un certain nombre de conditions soient réunies. Jozef Lievens, avocat (Eubelius), professeur (EHSAL et Solvay Business School) et auteur de plusieurs ouvrages de référence sur les entreprises familiales, a dressé un inventaire de ces conditions, au nombre de dix. Il les a réunies sur un site internet où chaque candidat cédant ou repreneur peut tester son propre état de préparation. Ce site fonctionne depuis le 8 juin déjà en Flandre. Il est à présent opérationnel en français ( www.scorecardtransmission.be .

D'emblée, Jozef Lievens relève que la plupart des responsables de PME familiales ne planifient pas leur succession. «Le paradoxe est que ces patrons souhaitent vivement qu'un de leurs enfants reprenne le flambeau, mais ils ne font rien pour anticiper cette situation.» Aux Pays-Bas, les pouvoirs publics ont saisi l'urgence du problème et envoient d'office à chaque entrepreneur de plus de 55 ans un paquet comprenant infos et conseils. De son côté, la ministre flamande de l'économie Fientje Moerman publiera dès la rentrée politique un Livre blanc dressant un état des lieux sur la question.

L'outil mis au point par Jozef Lievens propose une dizaine de critères au cédant et au repreneur afin de tester leur degré de préparation. Quatre critères sont considérés comme principaux, les autres n'intervenant qu'à titre secondaire. La première question concerne le rôle du cédant. «Le patriarche considère sa boîte à la fois comme son bébé et sa maîtresse. Il importe dès lors de définir un nouveau rôle pour le cédant», note Jozef Lievens. «Car ce qui est transmis, c'est davantage qu'une propriété, c'est aussi une vaste expérience et un réseau de relations.» L'étape suivante consiste à examiner les alternatives: céder la barre à un membre de la famille, conserver un droit de regard familial à travers l'actionnariat ou vendre purement et simplement?

Vient ensuite la recherche d'un repreneur motivé et compétent.

Enfin, il faut planifier la transmission. Ce qui implique avant tout l'existence d'un plan d'urgence en cas de décès prématuré (1 entreprise familiale sur 3 connaîtra un jour cette situation). La planification juridique et fiscale est tout aussi importante. «Avec l'Espagne, nous sommes le seul pays au monde où l'on pratique le tarif zéro grâce aux nouveaux décrets régionaux sur les droits de succession. C'est un cadeau énorme qu'il convient de ne pas louper», insiste Jozef Lievens.

Les critères secondaires ne doivent cependant pas être négligés. Ainsi, les relations dans la famille peuvent conditionner la réussite ou l'échec de la transmission. «L'existence d'un forum familial sera d'une grande aide: on y échange des idées de façon structurée sans déballages inopportuns», précise l'avocat courtraisien.

Le code Buysse enfin, auquel Jozef Lievens a étroitement collaboré, s'avérera également d'un concours précieux, même si l'expérience indique que jusqu'à présent ce sont surtout les grandes et moyennes PME qui l'appliquent. «Il faut lui donner encore un peu de temps d'entrer dans les moeurs.»

Jean-Paul Bombaerts

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