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Ruée vers l'éthanol

C'est sur le New York Stock Exchange qu'une entreprise dont l'activité principale est la production d'éthanol a récemment effectué une entrée en Bourse très remarquée.

(l'echo) Le 14 juin dernier, la société Verasun (VSE) a été inscrite à la cote au prix de 23 USD, un cours fixé déjà au-dessus de la fourchette d'introduction initiale de 21-22 USD. L'émission de 18,3 millions d'actions avait été «sursouscrite» et après deux heures de cotations, l'action s'échangeait déjà à 30 USD (le cours est un peu retombé depuis).

D'autres introductions de sociétés productrices d'éthanol sont prévues prochainement dont celles de Avantine Renewable Energy (AVR) qui devrait être lancée la semaine prochaine et Hawkeye Energy dans le courant de l'été. Elles viennent s'ajouter à Archer Daniels Midland Company (ADM), l'un des plus importants transformateurs de produits agricoles dans le monde. Parmi les sociétés cotées dédiées à la production d'éthanol, on peut également mentionner, entre autres, Pacific Ethanol (PEIX dans laquelle Bill Gates aurait personnellement investi 84 millions de dollars) et Xethanol (XTHN).

Ces valeurs ont évidemment tiré profit de la hausse impressionnante du produit (+95% depuis le début de cette année pour culminer à 3,61 USD le gallon, record historique atteint le 12 juin dernier). L'agence de cotation Bloomberg estime que 14,3 milliards de dollars ont été investis dans les actions de sociétés liées à la production d'éthanol ces douze derniers mois.

Dans le domaine des énergies de remplacement issues de l'agriculture, la vieille Europe empêtrée dans un fatras de réglementations de taxations et de subsides accuse un retard par rapport aux continents nord et sud-américain (où le Brésil est de loin le plus avancé en la matière). Actuellement déjà plus de 30% de l'essence vendue aux USA contient de l'éthanol, c'est-à-dire de l'alcool éthylique d'origine végétale, principalement maïs, soya et colza (canne à sucre au Brésil) utilisé comme carburant.

On compte actuellement 556 stations -service sur le territoire des Etats-Unis (et plus de 1.000 au Canada) qui vendent, à des prix similaires à ceux des produits traditionnels, de l'éthanol pur ou mélangé à l'essence ou au diesel. Pour l'instant, ces stations sont surtout installées en zones rurales (dans les états producteurs de maïs) mais leur nombre et leur dissémination vont sans doute connaître une croissance spectaculaire dans les toutes prochaines années, voire même les prochains mois. A la fin des années 1970 la production de biocarburants aux Etats-Unis était de l'ordre de 20 millions de gallons. Elle était de 2,8 milliards de gallons en 2005, sera probablement de 4 milliards cette année et devrait atteindre 8 milliards en 2012.

Il est vrai que l'éthanol a reçu un fameux coup de pouce de l'agence de la protection environnementale américaine qui a dénoncé en août dernier l'usage du MTBE (methyl tertiary butyl ether), un additif d'origine pétrolière utilisé pour améliorer l'indice d'octane, jugé trop polluant et qui peut être avantageusement remplacé par de l'éthanol.

Les constructeurs automobiles, américains et étrangers, ont suivi et parfois précédé la tendance. Quasiment tous proposent en Amérique du Nord des véhicules dits hybrides ou à moteur «flex-fuel» qui peuvent fonctionner soit à l'essence conventionnelle, soit avec un mélange dont le plus répandu est commercialisé sous le label E 85 qui contient 85% d'éthanol.

Outre évidemment l'avantage d'être renouvelable à l'infini, l'éthanol est une énergie oxygénée, donc moins polluante, qui réduit très nettement les émissions de gaz à effet de serre, notamment et surtout le monoxyde de carbone. Le développement de l'énergie d'origine végétale aidera donc les Etats-Unis à se rapprocher des exigences du protocole de Kyoto. Mais l'atout majeur est bien plus d'ordre politique et économique qu'environnementaliste.

L'emploi de carburants de substitution d'origine végétale contribuera à réduire la dépendance des Etats-Unis vis-à-vis des pays producteurs de pétrole qui lui sont généralement hostiles. Ensuite il allégera le déficit de la balance commerciale et enfin viendra en aide aux agriculteurs américains. Cette année déjà, 10 millions d'acres supplémentaires seront consacrés à la culture du maïs destiné à alimenter les moteurs et ce chiffre devrait monter à 18 millions d'ici 2012. Un autre secteur industriel américain majeur devrait également profiter du développement des biocarburants, celui de la chimie.

Des sociétés comme Dow, DuPont et surtout Monsanto sont non seulement des négociants de semences et grains, des producteurs de pesticides et d'engrais mais aussi les spécialistes d'organismes génétiquement modifiés (OGM). Ces sociétés ont créé des plants végétaux plus productifs, plus résistants et plus fermentants qui parviennent à augmenter la production d'éthanol de 2 à 4% par rapport au maïs traditionnel.

Enfin, et ce n'est pas négligeable, le développement des biocarburants, toutes activités confondues, devrait créer aux Etats-Unis près de 200.000 emplois nouveaux dans les cinq prochaines années.

Tout semble donc aller pour le mieux, tant pour les investisseurs que pour les producteurs et les consommateurs d'éthanol américains mais voilà déjà que l'on met en garde contre une surproduction et une surabondance possible.

L'offre pourrait rapidement outrepasser la demande, notamment en raison du temps nécessaire à la mise en place des infrastructures requises.

Jean-Claude Seynave

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